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Sourde à l’appel des pays consommateurs, l’OPEP+ suit sa ligne

Une maquette de pompe à pétrole devant le logo de l'OPEP, en anglais.

Les pays membres de l'OPEP+ veulent maximiser leurs profits, plutôt que d'accroître l'offre de pétrole.

Photo : Reuters / Dado Ruvic

Agence France-Presse

Les membres de l'OPEP+ ont décidé jeudi de limiter la hausse de leur production à 400 000 barils par jour en décembre, malgré l'insistance des pays consommateurs pour un geste plus important afin de tempérer la hausse des prix, tandis que les États-Unis ont affiché leur mécontentement.

La production mensuelle de l'alliance sera ajustée à la hausse de 400 000 barils par jour pour le mois de décembre, a annoncé l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) dans un communiqué publié à l'issue d'un sommet réunissant ses 13 membres et leurs 10 alliés en vertu de l'accord OPEP+.

Les 23 ministres réunis par visioconférence ont donc choisi de ne pas s'écarter de leur feuille de route.

En réaction, un porte-parole du Conseil américain à la Sécurité nationale (NSC) a affirmé jeudi que les États-Unis allaient examiner la gamme complète d'outils à leur disposition pour remédier au déséquilibre entre l'offre et la demande de pétrole, qui fait monter les prix.

Le moment est venu pour les principaux pays producteurs de stabiliser les prix de l'énergie et de s'assurer que les prix élevés n'entravent pas la reprise économique mondiale actuelle, a-t-il ajouté en semblant évoquer une initiative coordonnée des pays consommateurs pour puiser dans des réserves.

Nous avons discuté avec des pays consommateurs d'énergie et nous allons examiner la gamme complète d'outils à notre disposition pour renforcer la résilience et la confiance du public, a conclu le responsable américain.

Le marché, très nerveux depuis le début de la semaine, a basculé dans le rouge.

À New York, le baril de West Texas Intermediate (WTI) pour le mois de décembre a terminé en baisse de 2,05 $US, ou 2,53 %, pour revenir à 78,81 $US, au plus bas depuis presque un mois.

À Londres, le prix du baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en janvier a lâché 1,45 $US, ou 1,76 %, à 80,54 $US, revenant aussi à son niveau d'il y a un mois.

Le marché est plein de rumeurs sur une potentielle initiative coordonnée de puiser dans les réserves stratégiques de pétrole afin de combattre la hausse des prix, a résumé John Kilduff, analyste pour la firme de conseil en investissements Again Capital, évoquant les États-Unis, mais aussi le Japon et les pays de l'OCDE.

« La reprise ne devrait pas être fragilisée par un déséquilibre entre l'offre et la demande. L'OPEP+ semble ne pas vouloir utiliser sa capacité et son pouvoir [sur l'offre d'or noir] à ce moment crucial de la reprise mondiale. »

— Une citation de  Un porte-parole du Conseil de sécurité nationale des États-Unis

La décision de l'OPEP+ n'était pas une surprise, les membres de l'alliance ayant distillé plusieurs indices allant dans le sens de cette décision ces derniers jours.

La crise est en quelque sorte contenue, mais elle n'est pas encore terminée, nous devons faire attention à ne pas tenir les choses pour acquises, affirmait ainsi fin octobre le ministre saoudien de l'Énergie, Abdelaziz ben Salmane, chef de file de l'OPEP.

Le risque persistant de la pandémie

Le cartel insiste sur les facteurs de risque planant sur la demande afin de justifier le maintien de sa politique prudente, évoquant aussi les nouveaux pics de contaminations de la COVID-19 observés en Russie et en Chine.

Le vice-premier ministre russe Alexandre Novak, chargé du pétrole, a d'ailleurs insisté jeudi sur la menace de la COVID-19 planant toujours sur la demande de pétrole, lors d'une conférence de presse organisée après le sommet.

Cette attitude prudente permet également de ménager une place à l'un de ses membres aujourd'hui exclu du marché, l'Iran, dont les barils pourraient revenir sur le marché à moyen terme.

Plusieurs observateurs ont par ailleurs partagé leurs doutes sur la capacité de certains membres du cartel à pouvoir augmenter davantage leur production, les installations de forage ayant souffert pendant la pandémie de retards d'entretien et de maintenance.

Les prix supérieurs à 80 $ le baril sont, bien entendu, une autre raison pour laquelle l'OPEP+ n'est pas pressée d'augmenter l'offre sur le marché, note Caroline Bain, analyste de Capital Economics.

S'il précise que l'OPEP+ conserve la marge nécessaire pour réagir en cas de forte reprise, M. Novak et ses partenaires sont pour l'instant restés sourds aux appels des pays consommateurs, notamment des États-Unis, en faveur d'une augmentation plus franche de la production.

Interrogé sur le sujet, M. Ben Salmane a convenu de discussions à tous les niveaux avec les États-Unis et affirmé qu'il croyait toujours que le groupe faisait ce qu'il fallait faire.

La prochaine réunion de l'OPEP+ est programmée le 2 décembre, a annoncé l'organisation sur son site Internet.

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