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Affaire Carpentier : la coroner reste sur son appétit

Norah et Romy Carpentier auraient pu être retrouvées plus vite et possiblement vivantes.

Une femme portant des lunettes et coiffée d'une tresse écoute attentivement une personne qui lui parle.

Me Sophie Régnière, coroner

Photo : Radio-Canada

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La coroner Sophie Régnière n’est pas totalement satisfaite de son rapport sur la mort des petites Norah et Romy, tuées par leur père Martin Carpentier en juillet 2020 à Saint-Apollinaire. Elle aurait aimé « boucher plus de trous » dans la chronologie des événements.

J'ai l'impression de ne pas avoir fait mon travail, alors que je l'ai fait, mais je suis rendue au bout du parcours, confie-t-elle en entrevue à Radio-Canada.

Me Sophie Régnière a présenté son rapport d’investigation et ses recommandations mercredi à l’occasion d’une conférence de presse. Elle met en lumière une série de problèmes de communication ayant nui à l’enquête en juillet 2020 à Saint-Apollinaire et montre du doigt la Sûreté du Québec (SQ).

La coroner aurait souhaité apporter encore plus de réponses aux questions que les familles vont se poser toute leur vie sur les allées et venues des filles et de leur père, notamment.

« Comment les filles se sentaient? Est-ce qu'elles avaient peur? [...] Est-ce qu’ils ont été confortables [tous les trois]? Parce que ce n’est pas parce qu'on est dans les scouts qu'on est bien dans le bois après un accident de voiture, ce n’est pas vrai là. »

— Une citation de  Me Sophie Régnière, coroner
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Romy, Norah et Martin Carpentier

Photo : Radio-Canada

Le plus difficile, selon Me Régnière, c’est de savoir s’arrêter malgré les questions qui subsistent. Même si je continuais pendant 1000 ans, je n'aurai pas ces réponses-là, se résigne la coroner.

Un dossier qui sort de l’ordinaire

Sophie Régnière admet que ça prend des épaules solides pour gérer ce dossier, le seul du genre qu’elle a eu à traiter depuis qu’elle a été nommée coroner en 2018. J'ai presque 500 dossiers de fait et il est tout seul dans sa catégorie.

Malgré la médiatisation de cette histoire, l’affaire Carpentier est comme toutes les autres, insiste la coroner. Parce que pour la famille ou les familles qui vivent un événement, c'est le dossier le plus important du monde. Ils n'en ont qu'un, et pour eux, c'est le plus important.

N'empêche, Me Régnière mentionne que la pression a été constante tout au long de l'investigation, considérant que son rapport était le seul espoir pour les proches et la population d'obtenir des réponses dans cette histoire si énigmatique au départ.

Trier les informations

Sophie Régnière a eu accès à différents documents et à des témoignages qui lui ont permis de déterminer l'état d'esprit de Martin Carpentier lorsqu'il a tué ses filles, Norah et Romy, avant de s'enlever la vie en juillet 2020 à la suite d'un accident.

J'ai des écrits de la main de Martin Carpentier. J'ai aussi des rapports médicaux, dossiers médicaux, confidences des familles et des proches, énumère la coroner.

Sans compter les rapports des pathologistes, de l'équipe de toxicologie et d'autres experts. Il y a un tri qu’on doit absolument faire pour retenir seulement les informations permettant d'éclaircir les causes et circonstances du décès.

« Tout ne s'écrit pas, tout ne se dit pas et dans ce dossier-ci, comme dans n'importe quel autre dossier d'ailleurs. »

— Une citation de  Me Sophie Régnière, coroner

Certaines informations recueillies pendant l'investigation peuvent parfois être intéressantes à transmettre aux familles pour répondre à certaines questions, selon la coroner.

En contrepartie, il y a des éléments qui ne sont pas pertinents à divulguer, que ce soit par respect pour les défunts ou pour les gens qui restent, ajoute-t-elle.

Lorsqu’elle rédige un rapport, la coroner tente de se mettre à la place du défunt. C’est de se dire en écrivant : "si moi [...], qu'est-ce que je ne voudrais pas qu'on écrive sur moi ou qu'est-ce qui serait plus délicat si on écrivait sur moi?" En se posant cette question-là, je pense que tu ne te trompes pas.

Théories farfelues

Devant la médiatisation et la sensibilité de l’affaire Carpentier, la coroner mentionne avoir entendu plusieurs hypothèses.

Elle dit ne pas avoir assez de doigts pour compter le nombre d’appels et de courriels reçus pour lui soumettre des théories.

« C'est très médiatisé, les journalistes ont leur théorie et il y a plein de gens du public qui pensent bien faire en écrivant au coroner leur propre théorie de cause. »

— Une citation de  Me Sophie Régnière, coroner
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L'alerte AMBER pour retrouver Norah et Romy Carpentier a attiré de nombreux journalistes pendant plusieurs jours à Saint-Apollinaire.

Photo : Facebook Recherche et sauvetage Québec-Métro (RSQM)

Sans élaborer davantage, Me Régnière a eu vent de théories de gens plus terre à terre, alors que d’autres étaient plus farfelues. Je peux vous dire qu'il y en a qui étaient de type complot international. J'en ai eu de toutes les sortes.

La coroner n’avait jamais été confrontée à une telle situation pour un dossier, mais c'est compréhensible, selon elle. C'est des enfants, c'est automatique, ça vient chercher l'âme des gens.

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Les agents doivent jongler avec les aléas de la météo. Après les journées plutôt humides et chaudes, maintenant il y a la pluie qui s'invite.

Photo : Radio-Canada

Le dévouement de policiers salué

Bien que la SQ aurait pu être plus proactive dans ce dossier d'après elle, la coroner Régnière tient à saluer le dévouement des policiers qui ont travaillé sur le terrain. Des gens de cœur, des gens qui ont mis de l'énergie, leur expertise, leur bon vouloir. [...] C'est les gars et les filles sur le terrain, donc ce n’est pas d'eux dont je parle [dans mon rapport].

Certaines personnes à la SQ ont pris des décisions qui n’étaient pas les meilleures [...] À ces gens-là, je fais des recommandations, estime Sophie Régnière.

Cinq des sept recommandations visent la SQ ou le ministère de la Sécurité publique. Me Régnière recommande notamment à la SQ de revoir ses façons de faire à la suite de cet événement et de revoir ses protocoles de communication.

Au lendemain de la sortie officielle du rapport, Me Régnière dit avoir un bon feeling que ces recommandations-là vont être prises au sérieux.

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