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Le Canada a fait connaître ses cinq « conditions » aux talibans

Au Qatar, un « haut fonctionnaire » du Canada a rencontré des responsables talibans à plusieurs reprises ces dernières semaines.

Deux talibans armés à Kandahar sur un char.

Les talibans ont repris le contrôle de l'Afghanistan en août 2021, après 20 ans de présence américaine au pays.

Photo : Getty Images / AFP/JAVED TANVEER

Le respect des droits de la personne, un passage sécuritaire pour quitter l'Afghanistan et un gouvernement inclusif font partie de la liste des conditions d’Ottawa pour en arriver à un « engagement officiel » entre le Canada et le régime taliban.

Ce n’est pas un ambassadeur qui est chargé des pourparlers avec les talibans, mais bien un haut fonctionnaire d’Affaires mondiales Canada. Le gouvernement Trudeau marche sur des œufs et veut à tout prix éviter de donner la moindre légitimité au nouveau régime en place, toujours considéré comme une organisation terroriste.

Selon nos informations, David Sproule, haut fonctionnaire du Canada pour l'Afghanistan, a participé à environ cinq rencontres, la dernière s’étant déroulée le 27 octobre, avec les représentants du régime taliban. Les discussions se déroulent en territoire neutre, à Doha, au Qatar, en compagnie d’autres représentants occidentaux.

Le ministère des Affaires mondiales a confirmé à Radio-Canada la liste des exigences canadiennes pour en arriver à un engagement officiel entre le Canada et le régime taliban. La liste fait écho à une déclaration des dirigeants du G7 rendue publique en août dernier.

Les cinq conditions du Canada en échange d’un engagement officiel

  1. Passage sûr pour les citoyens canadiens et les ressortissants afghans quittant l’Afghanistan;

  2. Accès sans restrictions et gratuit pour l’acheminement de l’aide humanitaire;

  3. Respect des droits de la personne, y compris ceux des femmes et des filles;

  4. Gouvernement « inclusif » en Afghanistan, incluant des femmes et des minorités ethniques et religieuses;

  5. Refus de permettre aux groupes terroristes de s’abriter en Afghanistan pour organiser et lancer des attaques hors du territoire afghan.

    * Source : Affaires mondiales Canada

Engagement officiel ne veut pas dire reconnaissance d'un gouvernement dirigé par les talibans, s'empresse de préciser le ministère.

Comme l'a déclaré le premier ministre, le Canada n'a pas l'intention de reconnaître les talibans, qui forment une organisation terroriste, a tenu à souligner une porte-parole d’Affaires mondiales Canada. Appelée à préciser la signification d’engagement officiel, elle a expliqué que cela signifie une relation diplomatique formelle.

En coulisses, le gouvernement Trudeau cherche toujours à rapatrier et à accueillir des ressortissants afghans qui sont venus en aide au Canada et qui sont toujours coincés dans le pays.

Notre haut fonctionnaire pour l'Afghanistan profitera de chaque occasion pour transmettre directement et clairement l'appel du Canada aux talibans de permettre le passage en toute sécurité hors de l'Afghanistan des citoyens canadiens et des Afghans associés au programme de mesures spéciales d'immigration du Canada, a fait savoir cette porte-parole.

David Sproule a lui-même été ambassadeur canadien en Afghanistan de 2005 à 2007.

Une rencontre entre des représentants du régime taliban et des représentants occidentaux à Doha, au Qatar.

David Sproule, haut fonctionnaire du Canada pour l'Afghanistan (à gauche), lors d’une rencontre entre des représentants talibans et occidentaux à Doha le 7 octobre. La photo a été publiée sur les médias sociaux par un représentant du régime taliban.

Photo : Crédit: Twitter/ Suhail Shaheen.

Un rapport de force « limité »

La liste des conditions du Canada constitue une rhétorique politique qui est très louable, selon François Audet, directeur de l'Observatoire canadien sur les crises et l'action humanitaire, mais il souligne que le rapport de force du Canada est très limité, voire pratiquement absent. Il y a énormément d’incidents documentés selon lesquels les talibans ne respectent pas ces conditions actuellement, explique M. Audet.

Pour lui, les conditions posées par Ottawa visent avant tout à envoyer un signal aux Occidentaux et aux Canadiens.

L’ancien ministre conservateur et ambassadeur du Canada en Afghanistan Chris Alexander abonde dans le même sens. Il y a très peu de chances que les talibans soient capables de reconnaître ou de protéger les droits des femmes ou les droits de la personne, souligne l’ancien diplomate.

Malgré tout, M. Alexander juge importante la présence du Canada à la table. Je pense que la démarche est bonne pour avoir des contacts avec les talibans, qui sont en train de contrôler l'Afghanistan.

À court terme, le Canada peut utiliser l’aide humanitaire comme outil de négociation, croit François Audet. En l’absence de liens diplomatiques formels, on sous-traite cette négociation aux organisations humanitaires, aux Nations unies, notamment, pour l’échange entre l’aide humanitaire et l’évacuation de certaines populations, explique M. Audet.

Des talibans habillés de blanc.

Le porte-parole des talibans, Zabihullah Muhajid, lors d'une conférence de presse à l'aéroport de Kaboul, le 31 août 2021.

Photo : Getty Images / WAKIL KOHSAR

Reconnaître ou pas?

Aux yeux de Chris Alexander, le gouvernement canadien doit aider le peuple afghan sans donner le moindre centimètre de terrain quant à la légitimation des talibans et de ce régime qui reste criminel, terroriste, violent, fait-il valoir. [Les talibans] veulent que la crise humanitaire s’accentue pour recevoir de la légitimité, de la reconnaissance internationale, souligne-t-il.

« La moitié des hauts représentants des talibans sont encore sanctionnés par les Nations unies comme des terroristes internationaux et ce serait complètement absurde de les reconnaître comme un gouvernement. »

— Une citation de  Chris Alexander, ancien ambassadeur canadien en Afghanistan

M. Alexander estime que le Canada doit contribuer à un programme humanitaire à très grande échelle, livré indépendamment des instances des talibans.

François Audet estime qu’une reconnaissance canadienne du régime en place est inévitable à long terme.

Éventuellement, il y aura un choix décisif à faire. Est-ce qu’on abandonne l’Afghanistan, ce qui est très peu probable, ou est-ce qu’on reconnaît les talibans et on tente de négocier certaines conditions pour que le pays ne s’enfonce pas dans une crise encore plus profonde qu’elle l’est actuellement? expose-t-il.

Éviter la catastrophe humanitaire

Un bébé dont on mesure le bras.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime que 22,8 millions d’Afghans feront face à une insécurité alimentaire aiguë en novembre.

Photo : Radio-Canada / Marie-Eve Bédard

À l'approche de l’hiver, les besoins de la population afghane sont criants pour de la nourriture et des médicaments.

Selon les représentants du Programme alimentaire mondial (PAM), plus de la moitié de la population du pays, soit 22,8 millions de personnes, fera face à une insécurité alimentaire aiguë en novembre, contre 14 millions il y a deux mois.

« Ce sera une année extrêmement difficile pour la population en Afghanistan. »

— Une citation de  François Audet, directeur de l'Observatoire canadien sur les crises et l'action humanitaire

En août, dans la foulée de l’évacuation chaotique d’Afghanistan, le Canada a annoncé une aide supplémentaire de 50 millions de dollars pour appuyer divers programmes des Nations unies et de la Croix-Rouge.

Les activités de la mission canadienne à Kaboul ont été suspendues et l’ambassadeur du Canada en Afghanistan, Reid Sirrs, a été rapatrié au Canada.

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