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Immigration Canada recrute des agents uniquement anglophones au Québec

Ottawa assure avoir trop de difficultés à recruter, dans la province, des personnes parlant aussi le français afin de répondre aux questions des immigrants.

Une console téléphonique avec un casque d'écoute et deux écrans d'ordinateur.

Immigration Canada se dit incapable de trouver des candidats bilingues pour son centre de soutien à la clientèle.

Photo : iStock

Connaître la langue française ne sera plus une obligation pour travailler au Québec au sein d’Immigration Canada. Du moins au Centre de soutien à la clientèle de ce ministère fédéral.

Ce dernier a pris la décision d’aller de l’avant avec la création de postes d’agents unilingues anglais pour ses bureaux de Montréal qui desservent l’ensemble du pays

Cette annonce a été faite fin octobre, en interne, dans un courriel qu’a pu consulter Radio-Canada.

Cette situation est inédite. Habituellement, comme le précise une offre d’emploi toujours en ligne sur le site du gouvernement fédéral, le bilinguisme est impératif pour travailler dans cette entité responsable de répondre aux demandes des immigrants. Le salaire annuel proposé varie de 55 543 $ à 60 130 $.

Les candidats doivent être bilingues et doivent pouvoir démontrer qu’ils sont en mesure de travailler en français et en anglais en obtenant au moins un niveau CBC/CBC (Nouvelle fenêtre) lors de l’évaluation de langue seconde (ELS) de la Commission de la fonction publique, est-il mentionné dans cette annonce.

Pour justifier ce changement, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) assure avoir des difficultés à trouver des personnes capables d’échanger en français.

Malgré nos efforts pour explorer d’autres stratégies d’embauche, un nombre important de candidats autrement qualifiés sont écartés parce qu’ils n’ont pas réussi le test de la deuxième langue officielle (français), peut-on lire dans ce courriel, signé par l’équipe de gestion.

On y ajoute que, de toute façon, la grande majorité des appels reçus sont en anglais.

« Compte tenu du fait que plus de 80 % des appels reçus au [Centre de soutien à la clientèle] sont en anglais, le CSC va de l’avant avec la création de postes d’agents unilingues anglais. »

— Une citation de  Extrait d’un courriel d’IRCC

Le nombre d’employés à recruter n’est pas précisé, mais depuis le début du mois de novembre, un groupe d’agents unilingues anglophones de la région de Montréal a déjà été formé sur la citoyenneté et la carte de résident permanent.

Immigration Canada promet également de mettre à jour ses offres d’emploi après une consultation approfondie avec notre équipe des ressources humaines.

Le bilinguisme reste la priorité, explique IRCC

Questionné par Radio-Canada, IRCC assure continuer d’embaucher des agents bilingues en priorité. À l'heure actuelle, le Centre de soutien à la clientèle emploie 519 personnes et tous les employés, à l'exception de 9, sont entièrement bilingues et offrent des services dans les deux langues officielles du Canada, précise une porte-parole. Aucun agent n'est cependant unilingue francophone.

Un scandale, selon les oppositions

Cette annonce a fait bondir les partis d’opposition à Ottawa.

Ça n’a aucun sens, clame le député du Bloc québécois, Mario Beaulieu. C’est absolument inacceptable, juge tout aussi sévèrement son homologue du Nouveau Parti démocratique Alexandre Boulerice, qui remet en question l'argumentaire d’IRCC.

C’est hautement improbable qu’au Québec le ministère n’arrive pas à recruter des gens avec un français fonctionnel. Le gouvernement ne peut pas contourner les règles du bilinguisme, juge-t-il.

« Ça démontre encore une fois que, pour le gouvernement fédéral, les francophones sont des citoyens de seconde zone. Au Québec, le français est la langue commune, c’est non négociable. »

— Une citation de  Mario Beaulieu, député du Bloc québécois

On voit qu’aussitôt il y a une petite difficulté, le français prend le bord, poursuit l’élu bloquiste. Le français n’est vraiment pas important pour le gouvernement fédéral.

Les agents qui travaillent à Montréal et qui doivent répondre au public doivent maîtriser les deux langues officielles du Canada, affirme de son côté le député conservateur Alain Rayes.

« Le gouvernement libéral de Justin Trudeau démontre une fois de plus qu’il ne se soucie aucunement du déclin du français à Montréal. »

— Une citation de  Alain Rayes, député du Parti conservateur du Canada

Les oppositions dénoncent le double discours du gouvernement de Justin Trudeau, alors qu'il promet au même moment d’augmenter le nombre d’immigrants francophones au Canada.

On nous dit qu’on veut recruter plus d’immigrants francophones, mais on engage des agents d’immigration qui parlent seulement anglais, ça n’a pas de sens, soutient Mario Beaulieu.

« Trop souvent, le gouvernement ferme les yeux. C’est complètement contraire à tous les discours du gouvernement libéral. »

— Une citation de  Alexandre Boulerice, député du Nouveau Parti démocratique

Un centre d’appel déjà critiqué

Les problèmes du service à la clientèle d’IRCC ont été montrés du doigt par le Vérificateur général du Canada au printemps 2019.

Selon ce rapport (Nouvelle fenêtre), les centres d’appels d’Immigration Canada étaient engorgés et des milliers d’immigrants étaient dans l’impossibilité de joindre un agent, malgré des dizaines de minutes d’attente.

Seuls 22 % des appelants parvenaient à parler à un agent, afin d’avoir, par exemple, des précisions concernant la progression de leur dossier d’immigration.

Pour cette raison, des fonds ont été accordés au Centre de soutien à la clientèle, est-il expliqué dans le courriel obtenu par Radio-Canada, pour embaucher des agents supplémentaires pour l’année 2021-2022 afin de contribuer à nos efforts pour maintenir l’excellence du service à la clientèle et aider les employés actuels à gérer la charge de travail accru.

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