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CHSLD privés : « On va tous être voués à la faillite »

La devanture du CHSLD Herron, à Dorval.

Le CHSLD Herron, privé et non conventionné, a été durement touché par la COVID-19 avant de fermer ses portes. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les CHSLD privés non conventionnés du Québec sont dans une « impasse », selon le président de leur association, Paul Arbec. Il implore le gouvernement Legault de leur donner rapidement le soutien financier dont ils ont besoin, car la réalité est simple : « le modèle d’affaires ne fonctionne plus », dit-il.

Au troisième jour du volet national de l’enquête publique du coroner concernant la gestion de la pandémie dans les milieux pour aînés, au palais de justice de Québec, M. Arbec a fait état de la fragilité financière de la quarantaine de Centre d'hébergement et de soins de longue durée privés non conventionnés qu’il représente.

On va tous être voués à la faillite, a laissé tomber le président de l’Association des établissements de longue durée privés du Québec (AELDPQ), qui rassemble plus de 3000 lits dans plusieurs régions de la province.

Il faut dire que la COVID-19 a frappé fort chez certains de ses membres lors de la première vague, comme le Centre d'hébergement et de soins de longue durée des Moulins, à Terrebonne, ou encore le Centre d'hébergement et de soins de longue durée Herron, à Dorval, jusqu’à ce qu’il ferme ses portes, à la fin 2020.

Selon M. Arbec, la COVID-19 a aggravé un problème de main-d’oeuvre qui était présent depuis quelques années déjà. Or, le modèle d’affaires des Centre d'hébergement et de soins de longue durée privés non conventionnés reposait essentiellement sur les préposés à bas salaire, dit-il.

Force est de constater que ce modèle a atteint sa limite, puisque les membres de l’Association des établissements de longue durée privés du Québec ne parviennent plus à embaucher le personnel nécessaire, a expliqué M. Arbec.

« Au Tim Horton’s et au McDonald’s, on a dépassé le salaire des Centre d'hébergement et de soins de longue durée privés non conventionnés. »

— Une citation de  Paul Arbec, président de l’Association des établissements de longue durée privés du Québec
Paul Arbec en entrevue dans un corridor.

Paul Arbec, président de l’Association des établissements de longue durée privés du Québec

Photo : Radio-Canada

Par conséquent, les Centre d'hébergement et de soins de longue durée privés non conventionnés doivent actuellement se tourner vers les agences de placement de personnel à deux, trois ou quatre fois le prix, mais cette solution ne peut qu'être temporaire.

Avant longtemps, les établissements vont s’écrouler sous le poids de cette pression financière, selon M. Arbec.

Ce dernier soutient aussi que les Centre d'hébergement et de soins de longue durée privés non conventionnés sont sous-financés par rapport aux établissements publics lorsqu'ils signent des ententes de services avec les Centre intégré de santé et de services sociaux et les Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux.

De l’aide toujours attendue

En mars dernier, la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, avait annoncé la mise sur pied d’un programme d’aide financière pour les Centre d'hébergement et de soins de longue durée privés non conventionnés, justement pour les aider à pallier le manque de main-d’oeuvre.

Huit mois plus tard, selon M. Arbec, cette aide financière se fait toujours attendre. Il faut rapidement mettre en place les mesures transitoires, implore-t-il.

Radio-Canada a contacté le cabinet de la ministre Marguerite Blais afin de comprendre où en est le programme d’aide promis, mais n’avait pas encore reçu d’explications au moment d’écrire ces lignes.

En prenant connaissance des propos tenus par le président de l'AELDPQ, le porte-parole de Québec solidaire pour les aînés, Sol Zanetti, n'a pas pu s'empêcher de réagir. Il se demande si les CHSLD privés conventionnés frôlent vraiment la faillite.

C’est étonnant avec les prix exorbitants qu’elles chargent et les salaires minables qu’elles versent, a-t-il commenté, par courriel.

« Le gouvernement ne devrait pas leur donner un sous, il devrait plutôt les ramener dans le giron public. Il n’y a pas de profit à se faire avec la santé des aînés vulnérables. »

— Une citation de  Sol Zanetti, porte-parole de Québec solidaire pour les aînés

Vendredi, l'attachée de presse du cabinet de la ministre Blais, Lyann St-Hilaire, a confirmé à Radio-Canada que 35 millions de dollars avaient été alloués aux CHSLD privés non conventionnés depuis le printemps dernier, dont 18 millions en bonification de salaire pour les préposés, contredisant les propos tenus par M. Arbec.

Conversion

Sur ce thème, l'AELDPQ plaide pour que le gouvernement convertisse le plus rapidement possible les Centre d'hébergement et de soins de longue durée privés non conventionnés, qui facturent parfois jusqu’à 15 000 $ par mois à leurs patients, en Centre d'hébergement et de soins de longue durée privés conventionnés, comme il en existe presque une soixantaine au Québec.

Bien qu’ils appartiennent aussi à des intérêts privés, les Centre d'hébergement et de soins de longue durée privés conventionnés sont financés par des fonds publics. Les frais facturés aux résidents sont fixés par la Régie de l’assurance maladie du Québec et les conditions de travail des employés sont semblables à celles du réseau public.

Dans le but d'harmoniser les soins et les services offerts dans les Centre d'hébergement et de soins de longue durée du Québec, la ministre Blais a récemment annoncé un projet pilote qui cible trois établissements membres de l’Association des établissements de longue durée privés du Québec. Il s'agit du Centre d'hébergement et de soins de longue durée Côté Jardins, du Centre d'hébergement et de soins de longue durée Les jardins du Haut-Saint-Laurent et de la Résidence du Bonheur.

Une affiche des Jardins du Haut-Saint-Laurent en hiver, le jour.

Le CHSLD privé Les jardins du Haut-Saint-Laurent est situé à Saint-Augustin-de-Desmaures.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

Selon M. Arbec, c’est un pas dans la bonne direction. Il est convaincu que cette démarche mènera à la conversion de ses établissements membres en Centre d'hébergement et de soins de longue durée privés conventionnés. Or, M. Arbec critique la lenteur avec laquelle agit le gouvernement.

« On ne comprend pas pourquoi on y va à la miette de même, parce que le modèle privé conventionné est établi depuis longtemps. »

— Une citation de  Paul Arbec, président de l’Association des établissements de longue durée privés du Québec

M. Arbec dénonce aussi un manque de transparence du gouvernement, car même si le projet pilote concerne trois de ses membres, il dit n’avoir reçu que des détails de manière très, très superficielle au sujet de cette harmonisation.

CHSLD paralysés

Plus tôt en journée, la représentante des Centre d'hébergement et de soins de longue durée privés conventionnés, Annick Lavoie, a détaillé les nombreux problèmes avec lesquels les membres de son association ont été aux prises durant la première vague, au printemps 2020.

Alors que le réseau de la santé avançait à tâtons vers l'inconnu le plus complet, les directives du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) étaient ambiguës, selon Mme Lavoie. De plus, les consignes parvenaient aux dirigeants des Centre d'hébergement et de soins de longue durée privés conventionnés avec un délai, a-t-elle dit.

La directrice générale de l'Association des établissements privés conventionnés (AEPC) s'est aussi montrée très critique de la décision du gouvernement de centraliser l'approvisionnement en équipement de protection individuelle.

« Le réseau a sauvagement pris le contrôle des établissements privés conventionnés en leur enlevant d'un seul coup leur agilité. »

— Une citation de  Annick Lavoie, directrice générale de l'Association des établissements privés conventionnés

Selon Mme Lavoie, les Centre d'hébergement et de soins de longue durée privés conventionnés s'en sont trouvés paralysés, car ils dépendaient désormais du réseau de la santé pour recevoir blouses, gants, écouvillons, etc.

Malheureusement, les inventaires étaient très restreints pour ces produits-là et on recevait les commandes au compte-gouttes, illustre-t-elle.

Mme Lavoie a notamment donné l'exemple d'un Centre d'hébergement et de soins de longue durée de Montréal qui, un soir, s'est retrouvé en pénurie. Ce sont les autres membres de l'Association des établissements privés conventionnés qui se sont serré les coudes pour envoyer le matériel manquant afin que le Centre d'hébergement et de soins de longue durée puisse traverser les jours suivants.

On espère mieux outiller les établissements

Critiqué plus tôt cette semaine par l'ex-ministre de la Santé du Québec Réjean Hébert, l'organisme Agrément Canada a admis que la pandémie avait révélé certaines failles dans sa manière d'évaluer les milieux d'hébergement pour aînés.

La directrice principale, Nelea Lungu, a expliqué qu'Agrément Canada avait mis au point un nouveau programme d'évaluation qui assurera un contact annuel avec chaque Centre d'hébergement et de soins de longue durée, alors qu'il n'y avait qu'une visite aux quatre ans auparavant.

De plus, les visites seront désormais sans préavis, pour obtenir une photo réelle de ce qui se passe dans l'établissement, a indiqué Mme Lungu. Jusqu'à maintenant, les visites des évaluateurs étaient annoncées.

Les directions travaillaient d'arrache-pied afin d'être prêtes pour la visite, selon Mme Lungu, mais force est de constater que le maintien du niveau de qualité [...] n'était pas suffisant par la suite.

« Après la visite, on observait un relâchement. Le maintien ne se faisait pas. »

— Une citation de  Nelea Lungu, directrice principale d'Agrément Canada

Malgré tout, Mme Lungu précise que le risque zéro n'existe pas, même si un Centre d'hébergement et de soins de longue durée passe son agrément. Elle a toutefois bon espoir que le nouveau programme d'évaluation permettra de mieux outiller les établissements.

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