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Éthiopie : le conflit au Tigré marqué par « une brutalité extrême »

Des dizaines de soldats en treillis militaire sont assis en rangées sur le sol en plein air.

Des soldats éthiopiens capturés par les forces tigréennes sont assis en plein air dans un centre de détention de Mekele, capitale de la région du Tigré, le 22 octobre 2021.

Photo : Associated Press

Agence France-Presse

Le conflit au Tigré est marqué par une « brutalité extrême », a dénoncé mercredi la haute-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, s'inquiétant aussi de l'instauration de l'état d'urgence qui pourrait aggraver encore une situation humanitaire et des droits de l'homme déjà très mal en point.

La haute-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme et ancienne présidente du Chili, Michelle Bachelet, présentait mercredi à Genève une enquête conjointe avec les Éthiopiens, qui conclut à de possibles crimes contre l'humanité commis par toutes les parties.

« La gravité des violations et des atteintes que nous avons recensées souligne la nécessité de tenir leurs auteurs responsables, quel que soit leur camp. »

— Une citation de  Michelle Bachelet, haute-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme

L'enquête a été menée conjointement par ses services et la Commission éthiopienne des droits de l'homme –  créée par le gouvernement éthiopien – sur le conflit qui fait des ravages depuis un an.

S'il existe des motifs raisonnables de croire que toutes les parties au conflit ont commis des violations dont certaines peuvent constituer des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, l'accusation de génocide nécessite de pousser les investigations plus avant, a indiqué Mme Bachelet lors d'un point de presse.

Le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, juge que le document montre clairement que les accusations de génocide sont fausses et [qu']elles n'ont absolument aucun fondement factuel, selon un communiqué du gouvernement. Il juge qu'il balaie aussi les accusations d'avoir affamé les populations civiles.

Un homme en veston portant des lunettes de soleil tient un micro de sa main droite.

Le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed lors d'un rassemblement politique dans la ville de Jimma, dans la région d'Oromia.

Photo : Associated Press / Mulugeta Ayene

Le document couvre la période du 3 novembre 2020 – quand le premier ministre et Prix Nobel de la paix avait déclenché l'offensive contre les autorités dissidentes du Tigré – au 28 juin, date à laquelle Addis Abeba avait déclaré un cessez-le-feu unilatéral.

Sur cette période, les troupes fédérales et érythréennes venues leur prêter main-forte ont commis la majorité des violences dénoncées.

Un état d'urgence qui suscite l'inquiétude

Mais la situation sur le terrain a depuis beaucoup évolué , y compris l'instauration mardi de l'état d'urgence dans tout le pays alors que le gouvernement craint que le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) ne marche sur la capitale.

Mme Bachelet, qui a souligné que les exactions commises par le TPLF avaient nettement augmenté depuis le 28 juin, s'est dite profondément inquiète de la déclaration de l'état d'urgence, qui risque d'aggraver encore la situation des droits de la personne dans le pays, tandis que de nouvelles restrictions dans l'accès à l'aide internationale pourraient faire basculer, pour le pire, une situation humanitaire déjà extrêmement difficile, selon un communiqué.

Elle y dénonce aussi de nouvelles exactions commises depuis le 28 juin.

L'enquête – qui a connu de nombreux obstacles sur le terrain – a aussi suscité des doutes sur son impartialité d'autant qu'un des enquêteurs du Haut-Commissariat a été expulsé par les autorités en même temps que six autres responsables de l'ONU.

Réagissant avant la publication, le TPLF a parlé de méthodologie biaisée qui salit la réputation du Haut-Commissariat.

Le gouvernement a vu dans la collaboration avec l'ONU la démonstration du sérieux avec lequel il aborde le respect des droits de la personne.

Tortures, exécutions, rapts et viols

Le rapport dénonce, témoignages à l'appui, des attaques aveugles contre les civils, des exécutions extrajudiciaires, de la torture, des enlèvements et des détentions arbitraires ou encore des violences sexuelles et des pillages.

Les enquêteurs ont rencontré des survivantes, dont presque la moitié ont été victimes de viol collectif, mais aussi des cas de violences sexuelles contre des hommes et ils rapportent le cas d'un garçon de 16 ans, violé par des soldats érythréens, qui s'est ensuite suicidé.

La torture est endémique et le rapport fait aussi état de massacres suivis de représailles qui ont coûté la vie à des centaines de civils.

Il souligne également que toutes les parties au conflit ont directement ciblé des civils et des écoles, hôpitaux ou lieux de culte.

Le rapport met aussi en exergue le rôle et les violences des troupes érythréennes, notamment en obligeant des réfugiés au Tigré à rentrer en Érythrée. Mme Bachelet a aussi dénoncé le manque total de coopération des autorités érythréennes dans l'enquête.

Le rapport fait un certain nombre de recommandations, demandant notamment au gouvernement de poursuivre les auteurs de crimes.

Le rapport note comme une bonne chose l'engagement des autorités à poursuivre les auteurs des exactions et estime que la communauté internationale doit s'assurer que les auteurs seront redevables de leurs actes, en mettant sur pied une commission internationale d'enquête en vue de poursuites.

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