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Le milieu culturel poursuit son retour vers la normale, mais le public ne suit pas

Une foule est debout devant une scène.

Des concerts en salle devant un public debout pourront à nouveau être donnés au Québec à partir du 15 novembre.

Photo : Unsplash / Yvette de Wit

Radio-Canada

L'assouplissement des restrictions sanitaires prévu le 15 novembre et annoncé mardi par gouvernement Legault réjouit le milieu de la nuit, les salles accueillant des concerts debout et les festivals. Toutefois, la sortie de la crise pandémique reste compliquée pour le secteur des arts de la scène.

J’hésite entre dire "enfin!" et "alléluia!". Cela faisait des semaines qu’on attendait cette journée, exprime Martin Roy, président-directeur général du Regroupement des événements majeurs internationaux (RÉMI).

À partir du 15 novembre, la capacité d'accueil des festivals et des autres rassemblements culturels en extérieur ne sera plus limitée comme c’est le cas actuellement.

Cela devenait critique pour les événements hivernaux – Igloofest, Montréal en lumière et le Carnaval de Québec – qui avaient des décisions opérationnelles à prendre, a-t-il ajouté. Et c’est une bonne nouvelle aussi pour les événements estivaux, qui vont pouvoir avancer dans la préparation de l’été 2022.

La réouverture des pistes de danse dans les bars et les discothèques était également réclamée par le milieu de la culture nocturne, qui se sentait oublié par les pouvoirs publics depuis plusieurs mois.

On était très contents. Cela va permettre de relancer les boîtes de nuit [qui n’étaient toujours pas autorisées à faire danser les gens depuis le début de la pandémie], a indiqué Mathieu Grondin, directeur général de MTL 24/24. Cette organisation vise notamment à structurer la vie nocturne dans la métropole québécoise.

Une foule rassemblée devant une scène lors d'un concert au festival Igloofest, à Montréal.

Igloofest fera son retour au Vieux-Port de Montréal au mois de janvier.

Photo : Miguel Legault

Des concerts devant une foule debout

Mardi, le ministre de la Santé et de Services sociaux, Christian Dubé, a aussi annoncé que les salles de spectacle allaient pouvoir permettre au public d'être debout plutôt qu’assis. Cette nouvelle ravit donc ceux et celles qui organisent des concerts où le public est debout.

Les gens sont soulagés, car avec les concerts assis, la plupart de nos salles ne pouvaient être remplies qu’à 50 ou 60 % de leur jauge en configuration debout, explique John Weiz, directeur général des Scènes de musique alternatives du Québec (SMAQ).

C’est un pas en avant, renchérit Michel Sabourin, porte-parole de l’Association des salles de spectacles indépendantes du Québec (ASSIQ) et président du Club Soda. J’en suis presque surpris, car je ne m’attendais pas à ce que cela arrive si tôt.

Ce changement permettra à plus de mélomanes de retourner dans les salles, mais aussi d’attirer des artistes en quête d’une atmosphère festive.

« Beaucoup de groupes ne souhaitent pas se produire devant un public assis, car ce n’est pas l’ambiance qu’ils veulent pour leurs concerts. »

— Une citation de  John Weiz, directeur général des SMAQ

Le masque, toujours obligatoire

Un bémol toutefois : le port du masque sera obligatoire dans ces salles (et sur les pistes de danse aussi) pendant toute la durée du spectacle.

C’est une mesure difficile à faire respecter, estime Michel Sabourin. On ne peut pas intervenir au milieu de la foule si des gens ne mettent pas leur masque.

C’est plus facile de la faire respecter dans de petits endroits, nuance Mathieu Grondin. 

Des personnes masquées sont assises dans un théâtre.

Le port du masque reste obligatoire en tout temps dans les théâtres.

Photo : Getty Images / Sean Gallup

Julie-Anne Richard est directrice générale de RIDEAU, l’association professionnelle des diffuseurs de spectacles.

« Nous demandons toutefois toujours pourquoi, avec une clientèle entièrement vaccinée, dans des lieux où il n’y a eu aucune éclosion, le masque est obligatoire alors qu’on déconfine de plus en plus partout. »

— Une citation de  Julie-Anne Richard, directrice générale de RIDEAU

Le défi de faire salle comble

Si l’allègement des restrictions sanitaires satisfait les SMAQ et l’ASSIQ, il reste à trouver des personnes pour acheter ces billets supplémentaires. 

Les lieux accueillant un public assis ont déjà retrouvé leur pleine capacité d’accueil depuis le 8 octobre. Toutefois, si certains spectacles affichent complet, les salles peinent globalement à se remplir. 

Dès l’annonce de l’augmentation des jauges et du retour du port obligatoire du masque pendant tout le concert, on a vu un arrêt des ventes, constate Dominic Trudel, directeur général du Conseil québécois de la musique (CQM). Cette organisation regroupe le milieu de la musique dite de concert : musique classique, jazz, opéra, musiques du monde, etc.

Cela reprend dernièrement, mais on a perdu de la vitesse, ajoute-t-il, précisant tout de même que le concert de la célèbre pianiste française Hélène Grimaud avec l’Orchestre métropolitain a fait salle comble le 30 septembre dernier.

Des personnes jouent de la musique.

La musique classique tarde à retrouver l'ensemble de son public.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Julie-Anne Richard confirme aussi que la reprise est lente et que les achats se font souvent à la dernière minute.

Sur le terrain, la situation est contrastée : les billets pour voir des humoristes sur scène se vendent plus facilement que ceux pour des spectacles plus nichés. Les promoteurs et les diffuseurs des spectacles qui sont de gros vendeurs habituellement attendent 2022, dit-elle.

John Weiz juge la situation inquiétante.

« Plusieurs grandes salles me disent que c’est difficile, même pour les artistes connus. Et c’est pire à Montréal et à Québec, car il y a plus de compétition. »

— Une citation de  John Weiz, directeur général des SMAQ

Quant à Dominic Trudel, il estime que le tiers de la clientèle qui avait l’habitude d’assister à un concert plusieurs fois par an est revenu, mais que le problème se situe sur le plan des gens qui ne vont à un concert en moyenne qu’une fois par an et qui représentent la majorité du marché. Il va falloir travailler très fort pour ramener cette clientèle occasionnelle.

Une reprise plus longue que prévu

Malgré les bonnes nouvelles de mardi, les SMAQ et l’ASSIQ restent donc lucides. Le problème du manque de fréquentation des salles demeure, analyse John Weiz. On a eu plusieurs annulations de gens qui n’avaient pas envie de rester masqués. D’autres personnes ne sont pas à l’aise de revenir dans des salles pleines de monde.

Pendant deux ans, les gens ont eu comme message que sortir était dangereux. Ils n’ont plus l’habitude de sortir au concert. On commence à voir que la reprise post-pandémie va être encore plus dure que ce que l’on pensait. Je m’attends à trois voire cinq années difficiles, et non à deux ou trois comme au début de la pandémie.

Afin de donner envie au public de retourner voir des concerts, les salles membres des SMAQ ont mutualisé leurs forces pour lancer le site Branchez-vous sur les SMAQ, qui recense tous les concerts organisés dans le réseau.

De son côté, Catherine Voyer-Léger, la directrice du Conseil québécois du théâtre, ne planifie pas un retour à la normale avant la saison 2022-2023.

Le besoin d’aide continue de se faire sentir

La récente décision de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) et du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) d’étendre jusqu’au 31 décembre leurs mesures d’aide aux spectacles a apporté une bouffée d’oxygène au milieu des arts de la scène. Toutefois, ce dernier craint que le répit soit de courte durée.

On nous dit qu’il n’est pas question de nous abandonner le 1er janvier, indique Catherine Voyer-Léger. Le milieu a hâte de pouvoir dormir sur ses deux oreilles. On risque encore de passer les vacances de Noël à ne pas savoir ce qui va nous attendre.

Une programmation ne s’invente pas en deux mois et des billets ne se vendent pas en un mois, ajoute Michel Sabourin, qui aimerait aussi avoir davantage de prévisibilité.

Des gens sont assis dans une salle.

Le Club Soda en 2019

Photo : Facebook/Club Soda - Simon Laroche Photographie

Normalement, au mois de novembre, sa programmation est remplie jusqu’au mois de mai avec de 75 à 100 spectacles prévus en hiver et au printemps au Club Soda, une salle emblématique de Montréal. Présentement, seulement une petite vingtaine de spectacles sont inscrits à l’agenda.

« À la programmation, le téléphone ne sonne pas beaucoup. Les spectacles donnés actuellement sont surtout des shows reportés en raison de la pandémie. Peu de nouveaux spectacles sont mis en vente. Les promoteurs et les artistes sont extrêmement prudents, car ils ont peur de perdre de l’argent. »

— Une citation de  Michel Sabourin, propriétaire du Club Soda

De toute évidence, cela va prendre un accompagnement à plus long terme de la part du gouvernement. Comme après un accident, on a besoin d’une période de réadaptation.

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