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Analyse

Joe Biden, un président qui accumule les défaites depuis sa victoire

Chaos en Afghanistan, quatrième vague de la pandémie et inflation galopante : la cote de popularité du président démocrate ne cesse de chuter un an après son élection.

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Il y a un an, Joe Biden remportait la présidence après une campagne électorale présidentielle très disputée. Aujourd'hui, les obstacles pour de nouveaux succès électoraux s'accumulent.

Photo : Getty Images / Ian Forsyth

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Il y a un an (et quelques jours si l’on considère que le résultat final n’a été connu que le samedi suivant), Joe Biden émergeait en vainqueur d’une élection présidentielle étrange et chaotique. Après 10 mois passés à la Maison-Blanche, on ne peut pas dire que les affaires roulent comme sur des roulettes pour le président américain. Et les principaux responsables sont malheureusement ses propres troupes démocrates.

Deux mois et demi après son élection, le président démocrate héritait d’une situation peu enviable en accédant finalement au 1600, avenue Pennsylvanie, le 20 janvier 2021. D'abord, quelques jours plus tôt, un mouvement d'insurrection menaçait les fondements de la démocratie américaine.

Ensuite, il a dû passer bien du temps à défaire les lois et règlements imposés par son prédécesseur Donald Trump : interdiction des voyageurs musulmans en sol américain, mur à la frontière mexicaine, balayage de l'Obamacare, claquage de portes aux Accords de Paris et à l’OMS, abolition de l'accord iranien sur le nucléaire et autres dossiers contentieux.

Enfin, alors que la pandémie faisait rage, l’économie était dans un sale état. Et l’ambiance était morose...

Accomplir beaucoup et très vite

Il existe une loi non écrite, aussi solide que celle de la gravité : dans la première année de mandat, les présidents essaient d’accomplir énormément de choses en un temps record.

Dans le cas de Joe Biden, il aura fait adopter un plan de sauvetage de l’économie de 1900 milliards de dollars (American Rescue Plan) qui a permis entre autres de sauver les meubles pour les travailleurs frappés de plein fouet par la pandémie.

La campagne de vaccination, qui avait stagné sous Donald Trump, a progressé rapidement. Joe Biden a parlé d'un taux de vaccination de 70 % pour le 4 juillet, fête de l'indépendance des États-Unis, et peut-être même davantage.

Mais l'apparition d'une résistance persistante à la vaccination et aux mesures sanitaires au sein d'une partie importante de l'électorat républicain, entretenue par des élus républicains, a freiné cet élan. Malgré tout, l’équipe Biden a permis d’avoir au pays aujourd’hui 80 % d’Américains vaccinés avec la première dose et 70 % de doublement vaccinés.

Responsable de tout

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Vouloir changer les choses très rapidement en politique fait partie du programme politique des présidents transformationnels, mais ce n'est pas sans risque.

Photo : Getty Images / Chip Somodevilla

Mais quand on est un chef d’État, on est aussi responsable de ce qui ne va pas. Ainsi, il a hérité du chaos en Afghanistan, de la quatrième vague pandémique, de l’inflation galopante, de la hausse du prix de l’essence, des pénuries de main-d'œuvre et dans les chaînes d’approvisionnement.

Résultat, aujourd’hui, la cote de popularité de Joe Biden continue de chuter. Seulement 42 % des Américains sont satisfaits de leur président. Ce n’est pas le pire score du genre de l’histoire. Après tout, Donald Trump détient le sombre record avec 37 % de satisfaction seulement. Maigre consolation, toutefois, puisque Joe Biden a le deuxième pire chiffre.

Mais sept Américains sondés sur dix estiment que le pays s’en va dans la mauvaise direction. Sans surprise, ce taux d’insatisfaction grimpe à 93 % chez les républicains. Mais là où cela ne sent pas bon pour le locataire de la Maison-Blanche, c’est que 70 % des électeurs indépendants sont également déçus.

Chez les démocrates, ce chiffre est actuellement de 48 %. Cela constitue un sérieux drapeau rouge à un an des élections de mi-mandat.

L’inévitable chute de popularité

Si l’on regarde les programmes politiques parfois transformationnels de certains présidents américains, force est de constater que leurs accomplissements majeurs n'ont pas nécessairement contribué à l'appui populaire de la part des électeurs.

Quand Lyndon Johnson a fait adopter en 1966 sa loi sur la Great Society avec ses droits civiques, il a reçu une sévère correction lors des élections de mi-mandat (47 sièges de moins à la Chambre et 4 de moins au Sénat).

Même Ronald Reagan, avec sa révolution conservatrice de 1980, a perdu des plumes.

Et que dire de Barack Obama avec son Obamacare, sur l'accès aux soins de santé? Les électeurs lui ont infligé une des pires gifles politiques de l’histoire avec 63 sièges de moins à la Chambre et 6 de moins au Sénat.

Donc, il est pratiquement impossible de gagner en popularité la première année d'un mandat, peu importe que le programme politique soit ambitieux ou pas.

Le don de se peinturer dans le coin

Mais là où le bât blesse, c’est que les problèmes de crédibilité des démocrates proviennent surtout de leur façon de gérer leurs dossiers politiques. Car ils ont vraiment le don de s’infliger des échéances quasi impossibles à respecter.

Une élection capitale pour le poste de gouverneur en Virginie début novembre? Vite, faisons adopter le projet de loi de 1500 milliards de dollars d’investissement en infrastructures pour donner un coup de pouce au candidat démocrate!

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Le président Biden aura fait campagne en Virginie pour tenter sauvegarder le poste de gouverneur aux mains des démocrates.

Photo : Getty Images / Win McNamee

Un sommet de la COP26 au Royaume-Uni? Vite, il faut que le mégaprojet de loi de 1750 milliards (la moitié de ce qui était prévu initialement) avec des centaines de milliards pour lutter contre les changements climatiques réussisse à faire le plein de votes à la Chambre et au Sénat.

Or, ni l’un ni l’autre ne se sont encore matérialisés, Biden n'ayant pas été capable de mettre au pas l’ensemble de ses troupes démocrates tiraillées entre les progressistes et les modérés. Même si ces deux énormes enveloppes seront probablement libérées prochainement, le mal est fait dans l’opinion publique.

Hier soir, le poste de gouverneur de Virginie est passé aux mains des républicains. Ce qui serait une première depuis 12 ans dans cet État pourpre. Faut-il y voir une sanction réelle à l’endroit des politiques de Joe Biden? Difficile à dire et encore trop tôt pour l’affirmer, mais ce n’est certainement pas un bon signal en ce qui concerne la mobilisation des démocrates.

Des promesses, toujours des promesses

Parce que ces échéances probablement trop ambitieuses n’ont pu être respectées, l’électeur a l’impression que ces démocrates qui ont le contrôle de la Maison-Blanche, du Sénat et de la Chambre des représentants, même avec une très courte majorité, ne sont pas capables de réussir quoi que ce soit.

Où sont les promesses tenues en matière de meilleur accès aux soins de santé, de services de garde pour enfant, de politiques climatiques, de réformes des corps de police, de protection du droit de vote et des réformes en immigration?

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La pression pour faire avancer les dossiers urgents pour les démocrates provient entre autres du leadership de Nancy Pelosi à la Chambre des représentants, qui marche à droite du président Joe Biden.

Photo : Getty Images / Samuel Corum

Pas une fatalité

Est-ce dire que le destin de Joe Biden est coulé dans le béton? Deux ans seulement avec une majorité vacillante et un seul mandat non renouvelé en 2024, faute d’appuis? Pas forcément. Les Reagan, Clinton et Obama ont été reconduits dans leurs fonctions après avoir essuyé des revers en cours de route.

Est-il encore temps pour Joe Biden de redresser la barre? L’avenir nous le dira. On sait que les républicains, dont l’efficacité redoutable de mener des guerres électorales et politiques n’est plus à démontrer, ne feront aucun cadeau. Tout dépendra donc de l’attitude des démocrates envers eux-mêmes. La balle est dans leur camp, mais le temps commence à presser.

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