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Archives

Thérèse Casgrain : donner une voix aux femmes du Québec

Visage de Thérèse Casgrain.

Thérèse Casgrain à l'émission « Entretien d’été », le 16 juin 1967.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Il y a 40 ans, le 3 novembre 1981, décédait la militante, politicienne et sénatrice Thérèse Casgrain. Nos archives témoignent des luttes menées par cette aristocrate humaniste qui ne reculait devant rien pour faire progresser les droits des femmes et des laissés-pour-compte.

Thérèse Casgrain, née Marie-Thérèse Forget le 10 juillet 1896, est issue d’une des plus riches familles de Montréal. Elle est la fille de Sir Rodolphe Forget, un important financier, homme d’affaires et député conservateur dans Charlevoix.

À son décès le 3 novembre 1981, le journaliste Camil Bouchard retrace la vie personnelle et la carrière de cette femme politique d’exception pour le Téléjournal.

Téléjournal, 3 novembre 1981

Thérèse Casgrain connaît une enfance paisible et dorée entre Montréal et la magnifique villa d’été de Saint-Irénée, dans Charlevoix. Une demeure qui compte 19 pièces et qui accueille à la belle saison des invités de renom issus du monde politique et de celui des affaires.

Tout au long de sa carrière, Thérèse Casgrain utilisera son précieux réseau de contacts pour se faire entendre auprès des personnes influentes.

À l’âge de 19 ans, elle épouse le député libéral fédéral Pierre-François Casgrain, qui succédera à son père comme député de Charlevoix. Elle devient pour lui une collaboratrice précieuse.

En 1921, Pierre-François Casgrain est atteint d’une sévère pleurésie. Alors âgée de 25 ans, Thérèse Casgrain le remplace pour prononcer un discours à La Malbaie. C’est une révélation et le début d’une longue carrière de militante.

Indignée du fait que les femmes ne peuvent exercer leur droit de vote sur la scène provinciale québécoise alors qu’elles votent au fédéral depuis 1918, elle forme le Comité provincial pour le suffrage féminin aux côtés de Marie Gérin-Lajoie et d’Idola Saint-Jean.

Dans une entrevue donnée à la journaliste Rachel Verdon à l’émission Femme d’aujourd’hui le 21 mars 1978, Thérèse Casgrain revient sur sa lutte pour le droit de vote des femmes au Québec.

Femme d’aujourd’hui, 21 mars 1978

À partir de 1922, les femmes du Comité provincial pour le suffrage féminin se rendront à 15 reprises à Québec revendiquer le droit de vote. Elles se buteront aux refus du clergé, des politiciens conservateurs comme libéraux et même de certaines femmes, jusqu’à ce que le gouvernement d’Adélard Godbout l’inscrive à son programme et s’engage à le leur octroyer s’il est élu.

Élu en 1939, Adélard Godbout tient sa promesse et donne le droit de vote aux femmes québécoises en 1940.

« Le seul moment où Duplessis et Taschereau s’entendaient, c’était pour nous dire non. […] Il n’y avait pas que le suffrage qui nous tracassait, il y avait les amendements au Code civil. Il y avait des injustices épouvantables dans le Code civil français. Ce Code-là datait de Napoléon et Napoléon n’était pas un féministe. »

— Une citation de  Thérèse Casgrain

Au sein de la Ligue des droits des femmes, dont elle est la présidente, Thérèse Casgrain se battra également pour que les allocations familiales fédérales soient remises aux mères de famille du Québec, comme c’était le cas partout ailleurs au Canada.

L’admission des femmes dans diverses professions, notamment au Barreau et au notariat, la révision du statut juridique des femmes mariées et les conditions de travail des institutrices et des ouvrières seront aussi ses chevaux de bataille.

En 1946, elle rompt avec le Parti libéral qui appuyait la conscription et l’armement nucléaire. Elle se joint alors à la Cooperative Commonwealth Federation (CCF) qui deviendra par la suite le Nouveau Parti démocratique (NPD). Elle en deviendra la dirigeante provinciale de 1951 à 1957, devenant ainsi la première femme de l’histoire canadienne à diriger un parti politique.

Les multiples défaites politiques qu’elle subit comme candidate, d’abord libérale, puis sous la bannière du NPD, n’ont jamais eu raison de sa ténacité.

Au courant des années soixante, alors que la menace nucléaire plane, elle prônera la paix sur toutes les tribunes.

« J’ai milité dans les rangs du Nouveau Parti démocratique, précisément parce qu’il s’opposait catégoriquement aux armes nucléaires. »

— Une citation de  Thérèse Casgrain

On peut l’entendre ici en entrevue avec l’animateur Wilfrid Lemoine à la suite de sa défaite électorale d’avril 1963.

Les élections fédérales 1963, 8 avril 1963

En 1970, le premier ministre Pierre Elliott Trudeau la nomme sénatrice. Elle siégera au Sénat durant neuf mois avant d’atteindre l’âge de la retraite sénatoriale, 75 ans.

Madame Casgrain n’aura été sénatrice que neuf mois, le temps de laisser la marque d’une femme infatigable, mentionne la journaliste Andréanne Lafond, qui la questionne sur son passage au Sénat à l’émission Format 30 diffusée le 16 juillet 1971.

Format 30, 16 juillet 1971

Durant cet entretien, Thérèse Casgrain se dissocie de certains mouvements féministes des années 1970. En 1980, la réformiste témoignera également son soutien au mouvement des Yvettes qui milite contre l’indépendance du Québec.

La gauchiste en collier de perles, c’est la formule qu’a empruntée Nicolle Forget (aucun lien de parenté) à la journaliste Maryse Darsigny pour intituler sa biographie de Thérèse Casgrain parue en 2015 aux éditions Fides.

Consciente de son statut de privilégiée et de son milieu bourgeois, Thérèse Casgrain aura été touchée toute sa vie par les cas d’injustice et de discrimination.

Sans jamais se faire élire, elle aura réussi à faire adopter sur la scène fédérale et provinciale des réformes majeures qui auront amélioré la qualité de vie de milliers de Canadiennes et de Canadiens.

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