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Captation du carbone : une solution, mais pas un miracle

Si le Canada veut atteindre en 2050 l’objectif de carboneutralité fixé par le premier ministre Justin Trudeau, le secteur pétrolier et gazier devra revoir de fond en comble ses façons de faire.

Un complexe industriel fait de tuyaux et de cheminées.

La pétrolière Shell a déjà un projet de capture et de stockage du carbone en Alberta.

Photo : La Presse canadienne / JASON FRANSON

Tandis qu’un nombre croissant de compagnies pétrolières promettent à leur tour de devenir carboneutres, la technologie de captation et d’enfouissement du carbone suscite de plus en plus d’intérêt. Mais aussi prometteuse soit-elle, la captation n’est pas une solution miracle.

Dans son laboratoire de l’Université de l’Alberta à Edmonton, le professeur de génie chimique Arvind Rajendran nous montre divers modèles miniatures de capteurs de carbone. Tuyaux, filtres, capteurs : pour l’industrie pétrolière, c’est à ça que ressemblera l’avenir.

Quand les émissions passent à travers ce filtre, le CO2 est capturé, illustre le professeur en désignant l’appareil rotatif qui ressemble vaguement au filtre qu’utilisent des millions de Canadiens dans leur fournaise.

Une fois capté, le carbone est ensuite concentré puis liquéfié. Il peut alors être réutilisé ou injecté profondément dans le sol.

Sous la forme solide, le carbone peut rester dans le sol pendant de très longues périodes. On a vu du carbone être séquestré dans le sol pendant des milliers d’années, explique le professeur Rajendran.

Le professeur Arvind Rajendran fait la démonstration d'un de ses modèles de captation du carbone.

Captation du carbone en Alberta

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Aujourd’hui capable de retenir jusqu’à 90 % des émissions de CO2, la technologie est devenue l'un des sujets de l’heure dans le monde pétrolier et gazier.

« Dans les deux dernières années, j'ai vu plus d'activité autour de la captation du carbone que n'importe quand avant. Autant au Canada que dans le monde. »

— Une citation de  Arvid Rajendran, professeur de génie chimique, Université de l'Alberta

Un engouement, malgré le prix

Grâce à cette technologie, l’industrie pétrolière albertaine espère pouvoir continuer à augmenter sa production tout en réduisant l’énorme empreinte carbone des sables bitumineux.

En entrevue dans son bureau de Calgary, le président de l’Association canadienne des producteurs pétroliers, Tim McMillan, considère la captation du carbone comme un outil important pour réduire les émissions du secteur.

Du même souffle, il admet toutefois qu’il ne s’agit pas d’une solution miracle.

Ce n'est pas le moment de chercher des solutions faciles. Il faut explorer toutes les options et se concentrer sur les plus prometteuses, soutient-il.

Tim McMillan en entrevue.

Le président de l'Association canadienne des producteurs pétroliers, Tim McMillan

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

C’est que, aussi prometteuse soit-elle, la captation du carbone demeure pour l’instant très coûteuse et les gouvernements doivent massivement subventionner son utilisation.

À Scotford, à une heure de route au nord d’Edmonton, la multinationale Shell est devenue la première pétrolière à appliquer à grande échelle la technologie en Alberta.

Si elle permet d’absorber 1 million de tonnes de CO2 par année, soit environ le tiers de toutes les émissions de la raffinerie, la technologie a coûté cher aux contribuables. D’une valeur de 1,3 milliard de dollars, le projet de captation Quest a reçu 745 millions de dollars du gouvernement albertain et 120 millions du fédéral. Le reste de la facture a été payé par Shell.

Même si le prix de la tonne de CO2 au Canada va passer de 50 $ en 2022 à 170 $ en 2030, la captation du carbone ne sera toujours pas rentable à court terme.

Des installations pétrolières.

Les installations de la pétrolière Syncrude à Fort McMurray

Photo : Emilio Avalos

La clé, c’est le prix que nous sommes prêts à payer, comme société, pour le carbone, convient Arvind Rajendran.

Encore loin de la rentabilité, la captation du carbone suscite néanmoins beaucoup d’intérêt de la part du gouvernement fédéral.

Dans son dernier budget, Ottawa investit 319 millions de dollars dans la recherche et le développement de la technologie.

Une somme importante, mais encore loin des 30 milliards de dollars que réclame le gouvernement albertain au fédéral au cours de la prochaine décennie pour en accélérer l’application. Encore lundi, en réaction à la promesse de Justin Trudeau de plafonner les GES des producteurs pétroliers, Jason Kenney a martelé que le gouvernement canadien devait en faire plus pour étendre l’application de la captation du carbone.

Nous disons au fédéral et à M. Trudeau que, si vous voulez atteindre vos objectifs en ce qui concerne les émissions, il faut travailler avec l’Alberta, il faut travailler avec l’industrie énergétique, a déclaré le premier ministre albertain.

D’autres solutions que la captation

Si la captation est un outil nécessaire dans la lutte contre les changements climatiques, son coût amène l’Institut de l’énergie Trottier de Polytechnique Montréal à dire que la technologie devrait être réservée à des secteurs comme l’agriculture, qui ont plus de mal à réduire leurs émissions à la source.

On ne peut pas se mettre à parier sur le captage dans tous les secteurs où on a des émissions. À un moment donné, ça fait une très, très grande quantité d’émissions à stocker chaque année par la suite, avance le chercheur Simon Langlois-Bertrand.

Simon Langlois-Bertrand en entrevue sur un écran d'ordinateur.

Simon Langlois-Bertrand est chercheur à l'Institut de l'énergie Trottier de Polytechnique Montréal.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Pour atteindre la carboneutralité, les gouvernements devraient miser davantage sur d’autres solutions, soutient-il.

« La majorité des investissements devraient être faits pour être capables de réduire les émissions. »

— Une citation de  Simon Langlois-Bertrand, chercheur, Institut de l'énergie Trottier

Sauf que, dans une province aussi profondément dépendante du pétrole que l’Alberta, la captation du carbone est vue comme une planche de salut.

Ce n’est pas une solution miracle. Je vois la captation comme une option parmi plusieurs. [...] Nous avons les ressources, les énergies fossiles, mais aussi l’infrastructure pour transporter le CO2. S’il y a un endroit dans le monde où la captation peut fonctionner, c’est en Alberta, croit le professeur Arvind Rajendran.

Comme elle n'a pas la capacité de surmonter, à elle seule, tous les défis environnementaux de l’Alberta, la captation du carbone pourrait toutefois permettre une transition énergétique moins difficile pour la province.

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