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COVID dans les CHSLD : « On avait la tempête parfaite », dit l’ex-ministre Hébert

Plan rapproché de Réjean Hébert, parlant, assis.

Réjean Hébert était le premier témoin à la reprise de l'enquête publique du coroner sur la gestion de la pandémie dans les CHSLD.

Photo : Radio-Canada / Jean-Pierre Gandin

Ce n’est pas par hasard que la COVID-19 a frappé si fort dans les CHSLD du Québec lors de la première vague, au printemps 2020. Selon l’ex-ministre de la Santé de la province, Réjean Hébert, les CHSLD étaient dans un « état de négligence préalable » qui a contribué à l’avènement de la « tempête parfaite ».

M. Hébert était le premier témoin à se présenter devant la coroner Géhane Kamel lundi matin, à la reprise de son enquête publique concernant la gestion de la pandémie dans les milieux d’hébergement pour aînés au Québec.

Expert en gériatrie, le Dr Hébert s’est montré très critique des décisions prises au Québec, qui ont affaibli le réseau des CHSLD au fil du temps et en ont fait un lieu prédestiné pour que la COVID-19 y fasse des ravages.

Critique des réformes libérales en matière de santé, il a réitéré que les réformes de 2003 et 2015 ont contribué à négliger les CHSLD, notamment en mettant le milieu hospitalier au centre de toutes les préoccupations, ce qui mène la province à un cul-de-sac. Selon lui, les CHSLD n'ont même plus la capacité de traiter les infections aiguës.

La vétusté des bâtiments, les problèmes de ventilation, le manque de personnel et l’expertise perdue en matière d’évaluation de la qualité des soins et des services sont aussi des facteurs antérieurs à la COVID-19, mais ayant contribué à laisser entrer la maladie dans les milieux pour aînés, selon le Dr Hébert.

« Cette crise de la COVID a mis en évidence de façon extrêmement dramatique les déficiences du réseau des CHSLD. »

— Une citation de  Le Dr Réjean Hébert, professeur au Département de gestion, d'évaluation et de politique de santé à l'École de santé publique de l'Université de Montréal

Le Dr Hébert a également affirmé que le Québec investit actuellement 14 % moins d’argent dans les CHSLD de la province qu’il y a 20 ans, en dollars constants, si l’on tient compte du vieillissement de la population.

Âgisme systémique

Pour être certain de bien marquer les esprits, l’ex-ministre a répété à deux reprises que presque 10 % des patients en CHSLD sont décédés de la COVID au Québec lors de la première vague, ce qui est de loin le plus haut taux parmi les provinces canadiennes.

Même s’il admet ne pas avoir tenu compte des différentes manières de comptabiliser les décès liés à la COVID-19 entre les provinces, le Dr Hébert est convaincu que le Québec est aux prises avec un problème d’âgisme systémique qui s’est révélé durant la pandémie.

« On n’a pas vu de mouvement "Old Age Matters". On n’a pas vu de démission de ministre [...] Même les wokes ne se sont pas insurgés pour critiquer cette hécatombe chez les personnes âgées. »

— Une citation de  Le Dr Réjean Hébert, professeur au Département de gestion, d'évaluation et de politique de santé à l'École de santé publique de l'Université de Montréal

Mauvaise gestion

Au-delà des facteurs préexistants, le gouvernement Legault n’a pas pris les bonnes mesures non plus, selon lui, pour contenir la maladie une fois qu’elle est arrivée en sol québécois.

Selon le Dr Hébert, toute la gomme a été mise sur les hôpitaux, possiblement en raison des images catastrophiques qui nous provenaient d’unités de soins intensifs en Italie, alors que les CHSLD étaient le vrai maillon faible.

« On n’avait pas vu venir la crise dans les CHSLD. On n’avait pas de masques disponibles, de tests de dépistage dans les CHSLD. »

— Une citation de  Le Dr Réjean Hébert, professeur au Département de gestion, d'évaluation et de politique de santé à l'École de santé publique de l'Université de Montréal

La mobilité du personnel et le recours aux agences ont aussi été des erreurs, d’après le Dr Hébert, tout comme l’interdiction des visites des proches aidants. On s’est privé de main-d’oeuvre au moment où on avait une pénurie de main-d’oeuvre!

Venu témoigner tout de suite après, l'épidémiologiste et gériatre Quoc Dinh Nguyen va encore plus loin : le retrait des proches aidants a carrément nui aux patients des CHSLD, qui ont perdu une voix capable de dire à quel point la COVID faisait des ravages.

« En ayant retiré les proches, on perd quelqu’un qui peut sonner l’alarme très fort. »

— Une citation de  Dr Quoc Dinh Nguyen, gériatre et épidémiologiste au Centre hospitalier de l'Université de Montréal
Dr Quoc Dinh Nguyen, gériatre et épidémiologiste au Centre hospitalier de l'Université de Montréal

Dr Quoc Dinh Nguyen, gériatre et épidémiologiste au Centre hospitalier de l'Université de Montréal

Photo : Radio-Canada

Lentille aînés

Le Dr Nguyen soutient lui aussi que les hôpitaux ont été priorisés au détriment des CHSLD et qu'il existait même une une disproportion assez importante entre ces deux milieux dans les ressources déployés pour gérer les cas de COVID.

Même les équipements de protection, comme les masques et les blouses, étaient distribués plus généreusement et efficacement dans les hôpitaux, alors que les CHSLD étaient aux prises avec des éclosions meurtrières, selon lui.

À l'avenir, le Dr Nguyen croit qu'il faudra imposer une lentille aînés dans le processus décisionnel gouvernemental, pour prendre en considération les particularités de cette tranche de la population.

« Ça devrait être à tous les échelons. À partir du moment où il y a une personne responsable, là on peut parler d’imputabilité, mais on peut aussi parler de créativité. »

— Une citation de  Dr Quoc Dinh Nguyen, gériatre et épidémiologiste au Centre hospitalier de l'Université de Montréal

Pour moi, c’est le fondement de tout changement, de toute transformation durable, précise-t-il.

Réjean Hébert croit quant à lui qu’il faut rapidement corriger les lacunes en matière de gouvernance et de gestion des CHSLD, en raison de la courbe démographique du Québec. À son avis, les maisons des aînés ne suffiront pas.

Il faudrait donc rénover les bâtiments existants, revaloriser le rôle des professionnels en hébergement, puis abolir les CHSLD privés non conventionnés - où les conditions de travail sont un frein à l’embauche et à la rétention de personnel - ainsi que les agences de placement, selon lui.

Une quarantaine de témoins

Au cours des trois prochaines semaines, une quarantaine de témoins de divers horizons se présenteront devant la coroner Géhane Kamel, au palais de justice de Québec, pour le volet national de son enquête publique sur la gestion de la pandémie dans les milieux d’hébergement pour aînés.

Géhane Kamel en salle d'audience.

La coroner Géhane Kamel mène l'enquête publique du Bureau du coroner sur les décès survenus dans les milieux de vie pour aînés lors de la première vague de COVID-19.

Photo : Radio-Canada

Une dernière semaine d’audiences doit avoir lieu au palais de justice de Shawinigan du 30 novembre au 3 décembre.

Avant d'en venir à ce volet national, Me Kamel a d'abord analysé séparément les cas de sept milieux d'hébergement qui ont connu d'importants éclosions, dont le CHSLD Herron. Ces audiences ont commencé en mars dernier, avec le cas du CHSLD des Moulins.

Au terme de son enquête, Me Kamel produira un rapport avec des recommandations dont le but sera d’éviter d’autres décès et de protéger la vie humaine.

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