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Un évêque et un chef autochtone travaillent ensemble à la visite du pape depuis 2016

Mgr Donald Bolen en conversation avec le pape.

L'archevêque de Regina, Donald Bolen, a soulevé la possibilité d'une visite du pape François en Saskatchewan lors d'une audience au Vatican en 2017.

Photo : gracieuseté Mgr Donald Bolen

Radio-Canada

Les démarches pour que le pape François vienne au Canada présenter les excuses de l’Église catholique pour le rôle qu’elle a joué dans la gestion des pensionnats pour Autochtones ne datent pas d’hier. En Saskatchewan, elles ont débuté par une conversation sur un trottoir de Saskatoon, entre un évêque et le chef d’une Première Nation.

Le chef du conseil tribal de Saskatoon Felix Thomas et l’évêque de Saskatoon Donald Bolen venaient de passer la nuit dans un parc, en tentant de se maintenir au chaud par une température anormalement fraîche pour le mois de juin.

Ils participaient à un événement de 36 heures organisé par un refuge destiné aux mères ayant le VIH.

Les organisateurs les avaient jumelés, leur avaient donné des vêtements usagés et des sacs de couchage, et ils devaient eux-mêmes trouver ce dont ils auraient besoin pour passer la fin de semaine : nourriture, soins de santé, toilettes et autres.

Nous avons passé pas mal de temps ensemble au cours de cette fin de semaine et nous sommes devenus de vraiment bons amis, raconte Felix Thomas, qui est maintenant le chef de la Nation saulteaux Kinistin.

Et ce qui a commencé par une conversation en 2016 a porté fruit cette semaine, quand le Vatican a annoncé que le pape François visitera le Canada à une date qui reste à préciser en 2022.

Felix Thomas et Donald Bolen, qui est maintenant l’archevêque de Regina, s’étaient croisés quatre ans plus tôt lors d’un événement de la Commission de vérité et de réconciliation. Des survivants des pensionnats pour Autochtones y avaient livré des témoignages poignants sur leur expérience des pensionnats et sur leurs effets tragiques dans les communautés.

Felix Thomas dit cependant que le moment clé est survenu pendant cette fin de semaine où ils ont vécu comme des sans-abri, loin des microphones et des projecteurs. Donald Bolen et lui mendiaient dans la rue, espérant que les participants à un brunch du samedi leur donneraient un peu de monnaie.

Les gens passaient simplement devant nous. lls nous ignoraient. Nous étions invisibles, dit-il.

J’ai dit à l’évêque Don : "s’ils nous ignorent, dans leur esprit le problème n’existe pas. Mais un problème dont on ne s’occupe pas ne sera jamais résolu", raconte-t-il.

Felix Thomas Donald Bolen et Brad Johner sont assis à un et able dans un parc, vêtus de vêtements usagés.

En 2016, le chef autochtone Felix Thomas et l'archévêque Donald Bolen ont participé à un événement se sensibilisation aux sans-abri. Ils sont ici avec le musicien Brad Johner (à droite), après avoir passé la nuit dans un parc de Regina.

Photo : Église catholique, diocèse de Saskatoon

Felix Thomas rappelle que parmi tous les enjeux soulevés et les besoins mis en lumière par cet événement de la Commission de vérité et de réconciliation à laquelle ils avaient participé, il y en avait un qui revenait sans cesse : les survivants voulaient que le pape vienne au Canada y porter les excuses officielles de l’Église, comme la Commission en a fait la recommandation dans son rapport final en 2015.

Felix Thomas et Donald Bolen se sont adressés aux survivants et ont identifié un site pour cette visite : le parc Wanuskewin Heritage Park, au nord de Saskatoon, un lieu de rassemblement des Autochtones depuis plus de 6000 ans.

Wanuskewin a aussi une importance géographique, explique Felix Thomas, puisque la plus grande concentration de pensionnats se trouvait sur les territoires des traités du centre et du sud de la Saskatchewan.

Felix Thomas imagine des milliers de personnes assises un peu partout dans la vallée pour assister aux excuses du pape, dans une cérémonie qui comprendrait des éléments des différentes cultures autochtones. Le bâtiment principal du parc pourrait abriter une autre cérémonie plus intime entre le souverain pontife et des survivants.

Ils pourraient vraiment raconter leurs histoires, dit-il.

Felix Thomas a obtenu plusieurs appuis à l’époque, de la part d’organisations autochtones, mais aussi du premier ministre Brad Wall. L’archevêque Bolen et lui, avec des aînés autochtones catholiques respectés tels que Harry Lafond, se sont donc mis au travail avec des responsables de l’Église, et avec l’appui de la Conférence des évêques catholiques du Canada, raconte Felix Thomas.

Dans une entrevue accordée à CBC en novembre 2016, le nonce apostolique, l’archevêque Luigi Bonazzi, a déclaré que la réconciliation était une priorité pour le pape François et précisé que tous les efforts seraient déployés pour organiser sa visite au pays.

En mars 2017, Mgr Bolen et d’autres évêques de l’Ouest canadien ont soulevé la question lors d’une audience avec le pape au Vatican.

Le premier ministre Justin Trudeau en a aussi parlé en audience avec le pape deux mois plus tard.

Felix Thomas raconte qu'ensuite, les mois ont passé sans qu’ils reçoivent de réponse. En 2018, les évêques canadiens ont publié une déclaration, affirmant que si le pape était sympathique aux demandes des Premières Nations, il ne pouvait personnellement y répondre avec des excuses.

Cette déclaration a énormément déçu, relève Felix Thomas, mais, depuis, il semble que la position du Vatican a changé.

L’annonce de la venue du pape vient après la découverte, l’été dernier, de nombreuses tombes anonymes d'enfants disparus alors qu’ils étaient placés sous la responsabilité des pensionnats. De plus, des questions subsistent quant aux 79 millions de dollars que l’Église catholique s’était engagée à verser aux survivants.

Les évêques canadiens ont récemment promis d’organiser une nouvelle campagne de collecte de fonds de 30 millions de dollars pour les survivants des pensionnats.

Felix Thomas dit que si beaucoup de choses ont changé depuis 2016, l’invitation au pape est maintenue.

Mais le pape François ne doit pas arriver les mains vides, prévient-il. Les Premières Nations veulent que les excuses soient accompagnées de dédommagements et que l’Église dévoile l’ensemble de ses dossiers relatifs aux pensionnats.

Il est essentiel que le pape visite les sites des sépultures non marquées, comme ceux de la Première Nation Tk'emlúps te Secwépemc en Colombie-Britannique et la Première Nation Cowessess en Saskatchewan, ajoute Felix Thomas.

Et il est aussi essentiel, dit-il, que le pape se rende à Wanuskewin pour célébrer la résilience et la culture des peuples autochtones.

Ça peut arriver et ça doit arriver, affirme-t-il. Tout est en place pour achever ce travail.

Avec des informations de Jason Warick

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