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Pourquoi ne pas former davantage de médecins de famille?

Une médecin examine une patiente avec un stéthoscope.

879 320 Québécois sont sans médecin de famille. Quelles sont les solutions? (archives)

Photo : iStock

Chaque année, des milliers d’étudiants soumettent leur candidature dans les facultés de médecine, mais seulement la crème de la crème est choisie. Pourquoi ne pas en former davantage alors que 879 320 Québécois sont sans médecin de famille?

Le nombre d’admissions en médecine est fixé par le gouvernement. Il a plus que doublé depuis l’an 2000 et le gouvernement Legault envisage de l'augmenter davantage.

Elles sont passées à 901 en 2020-2021, soit une augmentation de 7,9 %. Elles passeront à 915 en 2021-2022 (+1,5 %) et à 969 en 2022-2023 (+5,6 %).

Laura Vogler, une ancienne infirmière de 27 ans, est résidente en médecine familiale dans une clinique médicale universitaire de Québec. Malgré le manque d'omnipraticiens, elle ne pense pas que la solution passe par l'augmentation des admissions dans les facultés de médecine.

Sur papier, ça peut sembler être une solution efficace, mais c'est un peu simpliste, lance-t-elle.

La Fédération médicale étudiante du Québec (FMEQ) est du même avis. Sa présidente, Catherine Lajoie, étudiante de 5e année, constate que les ratios professeurs-étudiants sont déjà trop élevés.

Au point où en ce moment, c’est au détriment de la qualité de l’enseignement, affirme-t-elle.

Capacité d’accueil

Selon le Dr Patrick Cossette, doyen de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et porte-parole de la conférence des doyens des facultés de médecine du Québec, il ne suffit pas d’augmenter le nombre d’admis. Il faut aussi avoir la capacité de les accueillir.

Les hôpitaux disposent de ressources limitées pour assurer des formations supervisées.

On peut ajouter des classes pour la formation théorique, mais la formation en médecine a un côté pratique, donc il y a des stages que nous devons offrir et c’est là qu'arrive le goulot d'étranglement, explique le Dr Cossette.

C'est vrai pour la plupart des spécialités, mais ce n'est pas le cas en médecine familiale.

Au cours des dernières années, 425 postes de résidence n'ont pas été pourvus alors que le réseau avait la capacité de les former. Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), pense que c’est plutôt là qu’il faut mettre son énergie.

« Notre problème présentement à très, très court terme, ce n'est pas nécessairement d'augmenter les postes de résidence, mais c'est de s'assurer que les postes que l'on a soient pourvus. »

— Une citation de  Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec

Valorisation de la profession

Pour cela, il faut valoriser la profession, autant dans la sphère publique que dans les universités, dit Louis Godin. Il faut rétablir l’attractivité sans quoi la situation risque d’empirer dans les prochaines années, dit-il.

Le discours actuel du gouvernement ne nous donne pas le goût d’aller en médecine de famille, affirme quant à elle Catherine Lajoie.

Le gouvernement veut obliger tous les médecins de famille à suivre au moins 1000 patients.

Elle hésite présentement entre l’omnipratique et la gynécologie, et elle n’est pas la seule à s’interroger. Selon un sondage de la Fédération médicale étudiante du Québec, la majorité des étudiants ne choisissent pas la médecine de famille en raison du discours politique négatif envers la profession.

Selon Laura Vogler, il faut aussi mieux valoriser la médecine familiale dans les universités. Les étudiants sont exposés à la médecine familiale assez tard dans le cursus médical, au moment où nombre d'entre eux ont déjà fait leur choix de carrière, explique-t-elle.

« La plupart de nos professeurs sont des spécialistes, on n'a que très peu de modèles en médecine familiale. »

— Une citation de  Laura Vogler, résidente en médecine familiale

On est conscient de ce problème-là. On veut leur donner des modèles. [...] On a aussi créé des campus hors des grands centres pour former des médecins dans les régions, pour les régions. Ce sont des pratiques plus destinées à la médecine de famille, explique quant à lui le Dr Cossette.

Établir un plancher?

Selon Louis Godin, ce n’est pas une avenue intéressante d’établir un plancher pour assurer chaque année un nombre de diplômés en médecine familiale.

« C’est une spécialité exigeante. On veut des médecins qui font cela par choix et non pas par obligation. »

— Une citation de  Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec

Il faudra donc être patient, dit-il, avant que chaque Québécois ait son médecin de famille. C’est aussi ce que pense le Dr Cossette. Ça prend sept ans minimum pour former un médecin de famille. Les efforts que nous faisons présentement ne vont pas porter fruit immédiatement, conclut-il.

Chaque année, entre 50 et 80 médecins formés au Québec choisissent de faire leur résidence ailleurs au pays, selon le ministère de la Santé.

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