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Denis Coderre refuse de dévoiler ses revenus tirés du privé

De nouveau candidat au poste de maire de Montréal, il ne souhaite pas préciser ses activités dans le secteur privé depuis sa défaite en 2017.

Denis Coderre avec, au dessus de sa tête, une lampe ronde qui lui fait comme une auréole blanche.

De nouveau candidat au poste de maire, Denis Coderre a travaillé pour différentes entreprises privées entre 2018 et 2021, mais il refuse de dévoiler ses intérêts et revenus avant le scrutin électoral.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Quels ont été les revenus et les mandats précis de Denis Coderre au cours des quatre dernières années? « On ne donnera pas plus d’info », indique, sobrement, la porte-parole du candidat à la mairie de Montréal.

Quatre ans plus tôt, le ton était différent.

Le maire Coderre n’a rien à cacher et a toujours fait preuve de transparence, disait alors, en octobre 2017, la responsable des communications du maire sortant.

Ce dernier, à l’instar de son adversaire Valérie Plante, avait dévoilé sa dernière déclaration fiscale. Un exercice qu’il avait accepté de faire, déjà, en 2013.

Malgré plusieurs relances de Radio-Canada au cours des dernières semaines, l’entourage de Denis Coderre a refusé cette année d’ouvrir ses livres. Aucun détail n’a non plus été fourni concernant ses différentes activités et intérêts financiers dans le secteur privé, depuis son départ de l’Hôtel de Ville.

C’est une erreur de jugement, estime la politologue de l’UQAM Caroline Patsias. Les citoyens s’attendent maintenant à une démocratie plus transparente. On ne gouverne plus comme avant.

« C’est bien de connaître l’état de la fortune des personnes qui nous représentent. Ça ne veut pas dire que seuls les saints ont le droit d’exercer des fonctions publiques. »

— Une citation de  Caroline Patsias, professeure à l’UQAM

Connaître les engagements récents de Denis Coderre dans le secteur privé est tout à fait légitime, insiste pour sa part Philippe Dubois, membre du Groupe de recherche en communication politique à l’Université Laval.

C’est sain, démocratiquement, qu’on sache ce qu’ont fait des élus et aspirants maires, lance-t-il. La politique est aussi un exercice de perception.

Près de 200 000 $ de revenus pour Valérie Plante

La mairesse sortante, Valérie Plante, a fourni à Radio-Canada sa dernière déclaration fiscale. Un revenu d’emploi de 195 800 $ y est noté, soit la rémunération prévue pour son poste électif. Valérie Plante possède également, avec son conjoint, un immeuble dans l’arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie. Elle a déclaré, en 2020, avoir eu 28 740 $ de revenus de location.

Candidat lui aussi à la mairie de Montréal, Balarama Holness a refusé de dévoiler ses actifs. J’étais étudiant et sans emploi [avec] un revenu très faible, nous a-t-il déclaré.

De son côté, le chef de Montréal 2021, Luc Ménard, nous a envoyé l’ensemble de ses déclarations de revenus, ainsi que les documents fonciers de trois propriétés. En 2020, il a déclaré un revenu total de 303 029 $.

Denis Coderre et Valérie Plante débattent.

Valérie Plante et Denis Coderre s’affrontent pour le poste de maire de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Proche de la FIA et d’hommes d’affaires voulant le retour du baseball

Après sa défaite électorale surprise en novembre 2017, Denis Coderre avait décidé de quitter le monde politique. Invité sur différentes tribunes médiatiques, il avait clamé avoir besoin de prendre soin de lui et de passer du temps en famille.

Qu’a-t-il fait ensuite?

Sur les réseaux sociaux notamment, Denis Coderre a exposé, publiquement, une partie de ses activités, tout en restant discret sur ses mandats réels. Et il n’a pas chômé.

Moins de cinq mois après son départ de l’Hôtel de Ville, il a rejoint Stingray, une entreprise montréalaise de services musicaux et vidéo, comme conseiller spécial en matière de stratégie commerciale et de développement international.

Deux hommes regardent un appareil photo.

Denis Coderre et Eric Boyko, en juin 2017, lors d’une annonce concernant l’expansion du siège social de Stingray à Montréal.

Photo : Stingray

Cette firme, cotée en bourse, a été fondée par Eric Boyko et Alexandre Taillefer, qui était le président d’honneur des courses de formule électrique à Montréal. Ce dernier a affirmé à Radio-Canada n’avoir aucunement joué un rôle dans l’arrivée de Denis Coderre à Stingray.

Selon nos informations, le mandat de l’ancien maire était de dénicher des clients et de participer à la mise en valeur de l’entreprise.

Le président de Stingray, Eric Boyko, qui s’était publiquement rangé derrière Denis Coderre en 2017, a décliné notre demande d'entrevue. À l’instar de Denis Coderre, l’entreprise a refusé de donner des détails sur la rémunération de l’ancien maire, mais aussi sur ses activités précises.

Eric Boyko est l’un des hommes d’affaires, membres du Groupe de Montréal, qui insistent pour faire revenir une équipe de baseball professionnel à Montréal et qui souhaitent la construction d’un nouveau stade dans la métropole. Un projet qu’avait publiquement soutenu Denis Coderre lorsqu’il était maire de Montréal, avant de se montrer plus prudent dans les derniers mois.

Aux yeux de l’expert en communication politique Philippe Dubois, Denis Coderre devrait mettre carte sur table. Sinon, à chaque fois qu’on parlera du baseball, les gens se poseront des questions, estime-t-il.

« Ça peut devenir un caillou dans les souliers de M. Coderre. Ça peut lui être dommageable, car la transparence s’est imposée sur la scène municipale. »

— Une citation de  Philippe Dubois, doctorant en science politique à l’Université Laval
Denis Coderre avec un partisan des Expos

Denis Coderre a toujours plaidé pour le retour des Expos à Montréal, comme lors d’un séjour en Arizona en mars 2019.

Photo : Twitter / Denis Coderre

Député fédéral libéral entre 1997 et 2013, Denis Coderre a aussi fondé en avril 2018 son entreprise, une société à numéro qui, selon le registre des entreprises, est une société de gestion et de conseils.

À partir de 2018, le nom de Denis Coderre apparaît également dans divers documents de la Fédération internationale de l’automobile (FIA), qui organise de multiples épreuves, notamment la formule 1 et la formule E, dont la course montréalaise, durant l’été 2017, avait précipité la chute de l’ancien maire.

Denis Coderre a été nommé conseiller en mobilité urbaine par la FIA. Il a notamment participé à des conférences à Rome, à Mexico, à Stockholm et à Sun City, en Afrique du Sud, en agissant parfois comme modérateur d’ateliers de discussion. Il a aussi été membre d’un panel pour la sécurité routière, aux côtés de diverses personnalités, dont le président du comité olympique, Thomas Bach.

Rien n’indique cependant que Denis Coderre ait directement collaboré avec les responsables de la formule E, qui étaient, dans le même temps, en conflit judiciaire avec la Ville de Montréal, à la suite de la rupture du contrat décidée par Valérie Plante.

Quatre hommes devant un panneau de la FIA.

Denis Coderre était avec Jean Todt (à sa droite), le patron de la FIA, à Sun City, en Afrique du Sud, à la fin du mois d’avril 2019.

Photo : Twitter / Jean Todt

D’Eurostar à lobbyiste

En novembre 2018, Denis Coderre a obtenu une place au conseil d’administration d’Eurostar, l’entreprise gérant les trains rapides reliant Londres, Bruxelles et Paris. Celle-ci est détenue en partie par la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ).

Cette nomination a été décidée par la CDPQ en raison de la feuille de route impressionnante de l’ancien politicien, disait-elle au moment de cette annonce. La Caisse est aussi responsable de l’arrivée du Réseau express métropolitain (REM) à Montréal, et son développement dans l’est de Montréal est un enjeu phare pour les prochaines années.

Eurostar a redirigé nos questions vers la CDPQ. Et celle-ci a refusé de nous répondre et de dévoiler la rémunération accordée à Denis Coderre.

Ce dernier a également été inscrit aux registres des lobbyistes fédéral et québécois pour le compte de Felix & Paul Studios, un studio de divertissement, entre février 2020 et mars 2021. Son mandat, d’après ces registres, était notamment de faire des représentations [auprès de différents ministères] dans le but d’obtenir une subvention.

Dans le même temps, Denis Coderre a été employé de la Fondation de l’Hôpital général juif (FHGJ) en tant qu’ambassadeur à partir du 1er mai 2018, nous a écrit la Fondation.

Son rôle? M. Coderre a travaillé en étroite collaboration avec les membres de notre conseil d’administration et notre personnel pour faire avancer notre mission qui est de fournir un financement essentiel à l’hôpital, nous a-t-on précisé, en soulignant que M. Coderre a été rémunéré pour ses services.

Comme toutes les autres activités de Denis Coderre, ce mandat a pris fin en mars 2021.

Denis Coderre devant des trains.

Denis Coderre en visite d’un centre de maintenance d’Eurostar, à proximité de Londres, en janvier 2019.

Photo : Twitter / Denis Coderre

Pour la professeure à l’UQAM Caroline Patsias, ce flou peut accroître une forme de soupçon qui nuit à la démocratie. Il existe, juge-t-elle, un principe d’apparence d’impartialité.

Les élus, comme M. Coderre, qui sortent de leur carrière municipale, sont comme tout le monde. Ils doivent travailler. Des entreprises vont vouloir profiter de leur expérience et de leurs réseaux. Mais la transparence est importante, surtout pour des gens qui ont beaucoup de réseaux, estime-t-elle.

Selon Philippe Dubois, il peut aussi y avoir un intérêt stratégique de la part de l’équipe autour de Denis Coderre, qui s’est entouré de stratèges politiques. « Parler [des emplois et liens précédents] ouvrirait la porte à des interrogations sur les liens qui ont été développés. Ça peut desservir le candidat. »

Avec la collaboration de Daniel Boily

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