•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des « refuges climatiques » pour préserver la biodiversité des Rocheuses

Mieux protéger les régions froides et humides pourrait permettre à certaines espèces de survivre.

Un troupeau de chèvres des montagnes sur une route enneigée. Une voiture tente de les contourner.

Les infrastructures humaines sont pour la plupart construites dans des corridors fauniques névralgiques.

Photo : Radio-Canada / François Joly

Vagues de chaleur en été, hivers plus doux, couverts de neige en déclin : les montagnes Rocheuses canadiennes et leurs parcs nationaux sont frappés de plein fouet par les changements climatiques. Des biologistes proposent la désignation de « zones refuges » pour en préserver la biodiversité.

L’hiver frappe déjà aux portes du parc national Banff. La neige qui tombe en abondance le long de la promenade des glaciers ne suffit cependant pas à masquer les conséquences du dôme de chaleur qui a frappé le nord-ouest de l’Amérique du Nord à la fin du mois de juin.

Cofondateur de l’initiative Yellowstone to Yukon et militant pour la conservation, Harvey Locke a rarement vu le niveau la rivière Bow aussi bas. La fonte de neige créée par le dôme de chaleur cet été a diminué la quantité de neige dans les montagnes. C’est cela, notre avenir partout et tout le temps dans cette zone, explique-t-il.

Une fonte plus rapide et des précipitations plus abondantes au printemps contribuent à déséquilibrer le débit des rivières. Celui-ci est plus important au printemps, mais diminue plus rapidement à mesure que l’été fait place à l’automne. L’accumulation de neige en hiver est également plus faible.

Harvey Locke devant la rivière Bow.

Harvey Locke participera à la COP26 à Glasgow au début du mois de novembre.

Photo : Radio-Canada / François Joly

Cela veut dire que l’écosystème doit s’adapter à des conditions plus chaudes et plus sèches, ajoute le professeur au département de géographie et d’environnement de l’Université de Lethbridge Stefan Kienzle. Avec d’autres chercheurs, il a créé une carte interactive des changements climatiques en Alberta. Celle-ci montre notamment que les épisodes de froids extrêmes sont beaucoup plus rares qu’avant dans les Rocheuses albertaines.

On voit vraiment les conséquences ici [...] C’est une instabilité profonde qui déstabilise les écosystèmes, qui déstabilise la synchronisation des animaux dans leurs migrations, explique Harvey Locke.

Un troupeau de chèvre des montagnes sur une route enneigée. Une voiture tente de les contourner.

Les infrastructures humaines sont pour la plupart construite dans des corridor faunique névralgiques.

Photo : Radio-Canada / François Joly

Zones refuges contre le réchauffement

Plusieurs biologistes croient donc que les mesures de conservation doivent se concentrer sur ce qu’ils appellent des refuges climatiques. Ce sont des zones où la progression des changements climatiques serait plus lente.

Il peut s’agir de régions en altitude, où les températures vont demeurer plus basses, de canyons étroits ou encore de lits de rivières où l’humidité permet de limiter l’impact des températures plus élevées.

Sarah Elmeligi.

Sarah Elmeligi estime qu'il faudra davantage de recherches pour identifier des zones refuges.

Photo : Radio-Canada / François Joly

Cela veut peut-être dire se concentrer un peu moins sur la protection d’une espèce en particulier et davantage sur la protection d’une zone qui est susceptible de rester fraîche plus longtemps, explique la coordonnatrice des Parcs nationaux du sud de l’Alberta à la Société pour la nature et les parcs, Sarah Elmeligi.

Les Rocheuses forment déjà un immense refuge pour de nombreuses espèces grâce à la présence de nombreuses aires protégées. Le concept peut cependant être appliqué à une échelle beaucoup plus petite.

Les travaux d’une équipe de chercheurs, publiés dans la revue Global Change Biology, montrent par exemple que les pentes rocheuses situées autour des glaciers pourraient servir de réserve d’eau et d’air froid à long terme. Celles-ci sont en mesure d’emmagasiner le froid pendant l’hiver, avant de lentement le relâcher pendant l’été. La glace souterraine qu’elles contiennent fond beaucoup moins rapidement que celle qui se trouve en surface.

Ce genre de microhabitat pourrait contribuer à la survie de certaines espèces de poissons qui dépendent de l’eau froide, de petits rongeurs, comme le pica à collier, ou encore de certains prédateurs comme le carcajou.

Un pica à collier sur un sol rocheux.

Le pica à collier est un des animaux qui pourraient survivre plus facilement grâce aux refuges climatiques.

Photo : Radio-Canada / Laureen Laboret

Sarah Elmeligi croit donc qu’il est nécessaire de recenser ces refuges climatiques, où certaines espèces animales et végétales pourraient survivre plus longtemps. Comment peut-on s’assurer que les gens continuent de visiter et de découvrir nos parcs nationaux et leurs paysages magnifiques sans avoir un effet négatif sur leur future capacité à s’adapter [aux changements climatiques]?

Le nouveau plan directeur provisoire pour le parc national Banff ne fait pas spécifiquement mention du concept de refuge, mais prévoit de poursuivre les recherches sur les conséquences des changements climatiques. Le plan, présenté par Parcs Canada, doit encore être approuvé par le gouvernement fédéral.

Faciliter le déménagement

Non seulement il faudra potentiellement limiter l’accès des humains à certaines zones sensibles sur le plan écologique, mais il sera essentiel de faciliter le déplacement des animaux et des plantes. Ceux-ci auront tendance à migrer vers les latitudes plus au nord, mais aussi en plus haute altitude et vers les versants de montagne moins exposés au soleil.

Selon Harvey Locke, il est donc nécessaire d’accroître la connectivité entre les différentes régions des Rocheuses, surtout à l’extérieur des parcs nationaux.

Ce qu'on a fait dans le Parc national Banff, soit construire des passerelles pour la faune au-dessus et en dessous de la route, est vraiment très impressionnant, mais on doit le faire dans les autres conditions similaires, explique-t-il. Par exemple, sur la route 3, dans le sud de l'Alberta et en Colombie-Britannique, et même plus au nord et aux États-Unis, sur la route Interstate 90.

« On a besoin de créer des systèmes, et pas seulement des exemples. »

— Une citation de  Harvey Locke, cofondateur, Yellowstone to Yukon

Tous admettent cependant que les stratégies d’adaptation ne sont pas des solutions miracles, en particulier si la diminution des émissions de gaz à effet de serre ne s’accélère pas.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !