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Affrontements meurtriers au Soudan au quatrième jour du coup d’État

Des manifestants marchent de dos dans la rue.

Des manifestants marchent dans les rues de Khartoum, où les barricades et les feux se multiplient depuis quatre jours.

Photo : AP / Ashraf Idris

Agence France-Presse

Les affrontements entre manifestants et forces de sécurité ont fait un nouveau mort jeudi à Khartoum, au quatrième jour d'un coup d'État militaire refusé par la rue et par la communauté internationale, qui veulent le retour des civils au pouvoir au Soudan.

Lundi, le général Abdel Fattah al-Burhane, désormais seul aux commandes de ce pays pauvre d'Afrique de l'Est miné par les conflits, a dissous le gouvernement censé assurer la transition vers la démocratie et arrêté ministres et hauts responsables civils.

Jeudi, le Conseil de sécurité de l'ONU a réclamé unanimement le rétablissement d'un gouvernement de transition dirigé par des civils dans le pays sorti il y a deux ans de 30 années de dictature. Le président américain Joe Biden a repris cette demande à son compte et promis de se tenir aux côtés du peuple soudanais.

« Notre message aux autorités militaires du Soudan est clair : le peuple soudanais doit être autorisé à manifester pacifiquement. »

— Une citation de  Joe Biden, président des États-Unis

Et ce, alors qu'entre les protestataires, décidés à rester dans la rue jusqu'au retour d'un cabinet civil, et les forces de sécurité armées de fusils, de grenades lacrymogènes et de balles en caoutchouc, au moins huit manifestants ont été tués et 170, blessés depuis lundi, selon des médecins.

Affrontements meurtriers

Des manifestants brandissent un drapeau dans la rue.

Des manifestants ont mis en place de nombreuses barricades de fortune dans les rues de la capitale Khartoum.

Photo : afp via getty images / -

Jeudi, en début de soirée, en plus d'un manifestant tué, six autres ont été blessés, plusieurs par balles, à Khartoum-Nord, ville séparée de la capitale soudanaise par le Nil, ont indiqué des médecins à l'AFP.

Il pourrait y avoir d'autres morts, mais il est difficile d'établir des contacts avec Khartoum-Nord pour avoir confirmation, prévient le Comité des médecins, un syndicat prodémocratie.

Les forces de sécurité tiraient, utilisaient des balles en caoutchouc et des grenades lacrymogènes sur les manifestants également dans le très turbulent quartier de Bourri, dans l'est de la capitale, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Dès l'annonce du coup d'État, les partisans d'un transfert du pouvoir aux civils se sont attelés à monter des barricades en travers des avenues de Khartoum.

Aujourd'hui, ils défendent leurs barrages de fortune pour paralyser le pays avec une campagne de désobéissance civile décrétée par la quasi-totalité des mouvements d'opposition.

De fait, seules quelques boulangeries sont ouvertes, où se pressent des familles. Les rideaux de fer des magasins, des banques et des restaurants restent baissés.

Les forces de sécurité tentent de démanteler toutes les barricades, explique à l'AFP Hatem Ahmed, un manifestant. On les réinstalle dès qu'elles partent. On ne partira que quand un gouvernement civil sera institué.

On ne veut pas du pouvoir militaire, on veut une vie démocratique libre, martèle un autre protestataire qui soutient la grève générale.

Sur les réseaux sociaux, accessibles en de rares endroits dans un pays où les autorités ont coupé Internet, les appels à la mobilisation massive samedi se multiplient.

Les militants veulent un million de manifestants pour réclamer que le général Burhane, commandant militaire durant les trois décennies de pouvoir sans partage d'Omar El-Béchir, rejoigne ce dernier en prison.

En 1989, M. Béchir, lui aussi général, avait pris le pouvoir par un coup d'État contre le premier ministre élu démocratiquement Sadeq al-Mahdi. Avant d'être mis à l'écart par l'armée en avril 2019 sous la pression d'une révolte populaire.

Lundi, c'est Abdallah Hamdok, le chef du gouvernement de transition mis en place en 2019, qui a été renversé par le général Burhane. Il est chez lui à Khartoum, mais n'est pas libre de ses mouvements, selon l'ONU.

La population et les élus résistent

Des soldats assis sur une camionnette munie d'une mitraillette.

L'armée est déployée dans les rues de Khartoum depuis le coup d'État militaire survenu lundi.

Photo : afp via getty images

Sa ministre des Affaires étrangères Mariam al-Sadek al-Mahdi, fille du premier ministre renversé par Béchir et une des rares responsables civils à ne pas être en détention, a salué les diplomates — au nombre de 68, selon l'un d'eux — ayant condamné le coup d'État.

Le général Burhane a limogé six ambassadeurs protestataires, dont ceux en Chine, auprès de l'Union européenne, en France et aux États-Unis.

Mercredi, l'émissaire de l'ONU Volker Perthes a redit devant MM. Hamdok et Burhane la nécessité d'un retour au processus de transition et d'une libération immédiate de tous ceux arrêtés arbitrairement.

Car le musellement de l'opposition se poursuit : les forces de sécurité ont arrêté, parfois jusque chez eux, militants et manifestants et, jeudi soir, la télévision d'État a annoncé limoger son directeur, Loqman Ahmed, défenseur de longue date d'un pouvoir civil.

Pour expliquer son coup de force, le général Burhane a invoqué mardi le risque de guerre civile après une manifestation massive contre l'armée. Sans convaincre l'Union africaine, qui a suspendu le Soudan, et les États-Unis et la Banque mondiale, qui ont cessé leur aide.

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