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La protectrice du citoyen dénonce un manque criant de places en CHSLD au Québec

Gros plan sur les mains d'une femme tenant la main d'une personne âgée qui se déplace avec une canne.

La protectrice du citoyen, Marie Rinfret, entrevoit des difficultés croissantes d'accès à l'hébergement dans les années à venir, si la tendance se maintient.

Photo : iStock

La Presse canadienne

Le sort réservé aux personnes âgées en perte d'autonomie et à la recherche d'un endroit où finir leurs jours donne froid dans le dos, à la lecture du rapport spécial rendu public jeudi par la protectrice du citoyen.

Le manque criant de places d'hébergement dans les Centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) est au cœur de ce rapport d'une centaine de pages, fruit d'une longue enquête menée par la protectrice, Marie Rinfret, qui va jusqu'à parler d'un manque d'humanité dans la façon dont on traite ces aînés vulnérables et du déni de leurs droits.

D'abord, il y a le manque flagrant de places. Alors que la population vieillit et que la demande pour ce type d'hébergement ne cesse de croître, le nombre de places offertes en CHSLD, donc dans le réseau public, ne suit pas la tendance.

Le nombre de personnes âgées de 75 ans et plus a augmenté de 24 % entre 2011 et 2019, tandis que le nombre total de places d'hébergement public offertes n'a augmenté que de 6 % durant la même période.

Dans les faits, toujours entre 2011 et 2019, on observe une diminution nette et graduelle du nombre de places d'hébergement existantes par tranche de 1000 personnes âgées de 75 ans et plus.

Globalement, la timide augmentation de l'offre d'hébergement entre en contradiction avec la croissance des besoins, tant actuelle que prévue, observe la protectrice dans son rapport, déposé à l'Assemblée nationale.

La protectrice se montre inquiète. Avec le vieillissement accéléré de la population dans les années à venir, alors que les baby boomers, inexorablement, formeront une cohorte de plus en plus importante et de plus en plus fragile, Mme Rinfret entrevoit des difficultés croissantes d'accès à l'hébergement dans les années à venir, si la tendance se maintient.

Comme c'est le cas dans d'autres domaines, qu'on pense aux soins de santé ou aux garderies, le manque chronique de places se traduit par une attente interminable.

Des personnes très âgées, malades, vulnérables, en train de perdre leurs repères, doivent attendre parfois des années avant de trouver refuge, enfin, dans un CHSLD. C'est le cas pour plusieurs centaines de personnes, déplore la protectrice, qui qualifie la situation d'inacceptable.

Elle note que 700 d'entre elles ont attendu plus de deux ans avant d'être admises en CHSLD, dont presque la moitié ont attendu plus de quatre ans.

Au 31 mars 2020, 10 404 personnes étaient en attente d'une place d'hébergement permanente, sans compter qu'on les tient dans l'ignorance de leur rang sur la liste d'attente.

« La personne âgée nouvellement en attente d'hébergement est en perte de repères et, de ce fait, en situation de grande vulnérabilité. La portée que revêt le choix de son futur milieu de vie est énorme. La proximité de ses proches peut faire toute la différence entre un quotidien imprégné de sécurité affective et une fin de vie dans la solitude. »

— Une citation de  Extrait du rapport de la protectrice du citoyen, Marie Rinfret
Une femme âgée effectue le coloriage d'un enfant patinant.

Le nombre de personnes âgées de 75 ans et plus a augmenté de 24 % entre 2011 et 2019, tandis que le nombre total de places d'hébergement public offertes n'a augmenté que de 6 % durant la même période, selon le rapport de la protectrice du citoyen.

Photo : Radio-Canada / Pasquale Harrison-Julien

Après l'attente, déménager en 24 heures

Et lorsque l'appel attendu depuis des années survient enfin, l'aventure peut vite tourner au cauchemar. On n'hésite pas à bousculer la personne âgée, qui doit faire ses valises en un temps record et changer de milieu de vie comme si de rien n'était. En prime, une bonne dose de stress et d'anxiété, surtout pour celles qui ne peuvent pas compter sur leur entourage.

Lorsque vient leur tour, elles se retrouvent devant un scénario invraisemblablement précipité, surtout pour une place en CHSLD. L'intervenante sociale ou l'intervenant social au dossier l'avise alors qu'elle a entre 24 heures et 48 heures pour répondre à l'offre d'une place disponible et y emménager. Pour la personne âgée et ses proches, tout se joue donc en accéléré : prévenir la famille, trouver un camion, faire les valises, se départir de certains biens, acheter les effets personnels nécessaires, etc., peut-on lire dans le rapport spécial intitulé Pour un accès à l'hébergement public qui respecte les droits et les besoins des personnes âgées et de leurs proches.

La première visite des lieux se fait souvent en même temps que l'admission.

Cette façon de faire est inadmissible, conclut la protectrice, qui considère que cette pratique est dénuée d'humanité et qu'elle constitue un déni des droits des usagères et usagers.

L'enquête menée par la protectrice du citoyen porte sur les nombreuses plaintes formulées entre 2015 et 2019 et les signalements reliés à l'hébergement des aînés vulnérables. Elle s'appuie aussi sur 394 témoignages recueillis auprès de personnes touchées de près par cet enjeu.

La protectrice déplore un manque de volonté gouvernementale dans ce dossier, en vue de prendre des décisions éclairées à partir de données factuelles et d'observations documentées.

Parmi ses recommandations au gouvernement, Mme Rinfret réclame donc de la part du ministère de la Santé et des Services sociaux de créer un système unique de consignation, de gestion et de partage des données.

Durant toute son enquête, la protectrice dit s'être butée à la disparité, voire l'absence de données quantitatives et qualitatives permettant de tracer un portrait juste de la situation.

Il est apparu clairement que le ministère manque d'outils d'analyse pour évaluer ses propres fonctionnements en matière d'hébergement, pour en mesurer l'efficience, pour les mettre à jour sur une base continue en fonction d'une réalité démographique en évolution et, ultimement, pour s'assurer de la réalisation d'une de ses missions fondamentales à l'égard des personnes âgées.

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