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Vers un ministère de la Cybersécurité et du Numérique au Québec

Un homme pose les mains sur le clavier d'un ordinateur portable dans l'obscurité.

Le projet de loi du ministre Éric Caire prévoit que les questions de cybersécurité seront bientôt gérées par un seul ministère.

Photo : iStock

Le Québec se dotera bientôt d’un nouveau ministère de la Cybersécurité et du Numérique, qui permettra notamment aux citoyens d’obtenir une nouvelle identité numérique offrant un accès simplifié aux services de l’État.

C’est ce que prévoit le projet de loi 6, qui a été déposé à l’Assemblée nationale jeudi matin par le ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire.

La pièce législative vise à rapatrier à un seul endroit les responsabilités de tous les ministères et organismes publics en matière de numérique, de cybersécurité et de services technologiques.

Ça va nous permettre d’abord de mieux protéger les données du gouvernement [et] d’être plus efficaces. Et ça va simplifier la vie des Québécois, a résumé le premier ministre François Legault.

« Ce que je souhaite, c’est que le Québec devienne l’un des meilleurs endroits au monde du côté de la cybersécurité et du numérique. Pour parler un peu en langage de hockey, on va avoir un avantage numérique. »

— Une citation de  François Legault, premier ministre du Québec

Selon le ministre Caire, la création de ce ministère s’impose en raison de la transformation numérique accélérée de la société, mais aussi de la menace croissante des cybermenaces qui accompagnent ce développement.

Aujourd’hui, nous sommes attaqués plus que jamais. Nous sommes sous le coup de cybermenaces plus que jamais, a-t-il fait valoir.

Qui plus est, le niveau de transformation numérique auquel on est rendu est loin d’être satisfaisant.

Concrètement, le ministère naîtra d’une fusion de l’organisme Infrastructures technologiques Québec (ITQ) et du sous-secrétariat du dirigeant principal de l’information, qui relève actuellement du Conseil du Trésor.

Il ne nécessitera donc pas l’embauche de nouveaux fonctionnaires. Des experts en cybersécurité devront cependant être embauchés, et des postes de sous-ministres ou de hauts fonctionnaires seront créés.

Au Conseil du Trésor, nous n'avions pas cette capacité de prendre en charge les projets communs, a expliqué M. Caire. Le ministère du Conseil du Trésor est un ministère de contrôle, ce n'est pas un ministère d'opérations.

« Conclusion : il faut un ministère pour assurer la conception, la réalisation et l'opération des systèmes collectifs, et il y en a. L'identité numérique est un bel exemple de ça. La consolidation des CTI [centres de traitement de l'information] est un bel exemple de ça. »

— Une citation de  Éric Caire, ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale

La fin des citoyens transformés en commis de l'État?

Selon M. Caire, l'identité numérique qui sera créée permettra aux citoyens d'accéder à la version numérique d'une panoplie de documents délivrés par l'État – permis de conduire, carte d'assurance maladie, certificats de naissance, etc.

Elle permettra en outre de sortir du modèle archaïque des cartes et autres documents en papier, a dit le ministre, même si ces documents conserveront leur validité.

L'identité numérique, qui devrait voir le jour l'an prochain, fera en sorte que les citoyens ne seront plus transformés en commis de l’État par des institutions publiques, a indiqué M. Caire.

Il a donné l’exemple des écoles relevant du ministère de l’Éducation qui demandent aux parents de leur fournir des bulletins remis par une autre école, laquelle relève pourtant aussi du ministère de l’Éducation.

« Le gouvernement demande aux parents d'aller chercher un document que le gouvernement fournit. C'est inacceptable. »

— Une citation de  Éric Caire, ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale

À terme, cet accès à des documents numériques pourrait être étendu à des documents qui ne sont pas publiés par le gouvernement, comme des polices d'assurance, des cartes de guichet ou de crédit.

Une fois que les Québécois auront été dûment authentifiés dans le cadre de la création de leur identité numérique, Québec s'assurera qu'ils auront des justificatifs numériques – questions secrètes, codes d'accès, etc. –, pour accéder à leurs documents.

Ce justificatif, on va regarder la possibilité qu'il soit biométrique, a aussi avancé M. Caire. Les Québécois semblent de plus en plus ouverts à l'idée d'avoir une identification, une authentification biométrique.

Selon M. Caire, le nouveau ministère qui doit voir le jour préconisera aussi un changement de culture en matière de sécurité. Il ne sera plus question, dit-il, de cacher des cyberattaques, considérées comme quelque chose de honteux.

Au contraire, il faut le divulguer, il faut en parler, il faut l'annoncer, il faut aller chercher de l'aide, il faut apprendre de ça collectivement, a-t-il dit.

Un bon projet... et des brèches, selon un expert

Éric Parent, enseignant à l’École polytechnique de Montréal, estime que le projet du gouvernement est positif.

Aujourd’hui, on est extrêmement dépendants à la technologie. Qu’on ait une entité gouvernementale qui se penche là-dessus est une bonne nouvelle, a-t-il souligné dans une entrevue à l’émission Le 15-18 d’ICI PREMIÈRE.

En tant que citoyen, je voudrais que le gouvernement se pose de sérieuses questions sur comment on devrait encadrer le cyberespace, a-t-il ajouté.

Cependant, M. Parent croit déceler quelques brèches dans le projet. Nous avons un document de 28 pages qui modifie plusieurs lois, qui me semble très intéressant. Je vois des lacunes, il y a des choses qui manquent, mais c’est la première version.

Parmi les brèches, M. Parent cite en exemple l’envoi aux candidats des élections municipales des listes de citoyens contenant leur date de naissance et leur adresse.

C’est ce qu’on reprochait à Desjardins, il y avait de l’information de trop, a-t-il indiqué.

« Pourquoi on envoie une liste à n’importe quelle personne qui n’a aucune raison d’avoir une date de naissance au complet? C’est la question qu’on devrait se poser : pourquoi on envoie des informations sensibles partout? »

— Une citation de  Éric Parent

Pour ce qui est de l’identité numérique, M. Parent estime qu’il faut faire davantage.

Il faut éliminer Equifax. Il faut se brancher dans les banques. Quand on va demander un prêt hypothécaire, il faut trouver une façon de confirmer que le citoyen qui est devant l’employé de la banque est vraiment la vraie personne, a-t-il soutenu.

Selon M. Parent, en trouvant un moyen d’identification, on élimine la fameuse attache à la date de naissance et au numéro d’assurance sociale.

L’expert en sécurité estime qu’il faut éliminer l’utilité de l’information de la date de naissance dans toutes les démarches qu’entreprennent les citoyens. C’est une piste qui contribuerait à la protection numérique, d'après lui.

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