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Affaire Carpentier : il faut revoir les règles des alertes Amber, dit un expert

Deux policiers et un chien effectuent des recherchent dans un secteur boisé.

La coroner Sophie Régnière affirme que les sœurs Carpentier auraient pu être retrouvées plus rapidement, ce qui aurait possiblement permis d'éviter leur mort (archives).

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les problèmes de communication qui ont fait perdre aux policiers de précieuses heures dans leurs efforts pour retrouver Norah et Romy Carpentier, à l’été 2020, démontrent la nécessité de revoir les protocoles du système d’alerte d’enlèvement d’enfant, croit un ex-haut gradé de la Sûreté du Québec (SQ).

Dans son rapport d’enquête portant sur le meurtre des deux fillettes et dont Radio-Canada a obtenu copie, la coroner Sophie Régnière affirme que de nombreux facteurs ont nui à l’efficacité des recherches.

Elle cite notamment le refus du médecin de famille de Martin Carpentier de communiquer aux policiers des renseignements sur l’état de santé de son patient, et ce, pour des raisons de confidentialité.

La coroner précise que le Code de déontologie des médecins l’autorisait pourtant, en de telles circonstances, à déroger à cet impératif de confidentialité.

Triptyque montrant Romy, Martin et Norah Carpentier.

La coroner a constaté des problèmes de communications dans les recherches visant à retrouver Romy, Norah et Martin Carpentier (archives).

Photo : Radio-Canada

En sachant plus tôt que Martin Carpentier était dépressif et qu’il vivait de l’anxiété en lien avec son divorce, les policiers auraient été mieux en mesure de déterminer le risque qu’il représentait pour son intégrité physique et celle de ses enfants, soutient Sophie Régnière.

Mauvaise connaissance

Selon Marcel Savard, ex-directeur général adjoint de la SQ, ce genre de situation arrive régulièrement. Il l’attribue en partie à une certaine incompréhension, voire une méconnaissance, de la part du personnel soignant, des circonstances qui l’autorisent à divulguer des renseignements aux autorités.

Il y a une mauvaise connaissance [de ce pouvoir de divulgation là]. On a une certaine crainte, aussi, de donner une information alors que les justifications ne sont pas bonnes, dans le fond, et là, tout ça fait que les délais augmentent et ça fait des années que ça existe, explique M. Savard en entrevue à RDI.

Marcel Savard accorde une entrevue en visioconférence.

Marcel Savard indique que les problèmes dans la transmission de renseignements confidentiels aux policiers dans les dossiers de disparition ne datent pas d'hier (archives).

Photo : Radio-Canada

Même si l’adoption de lois et de règlements a contribué à améliorer la communication d’informations au cours des dernières années, l’ex-haut gradé mentionne que les problèmes de communication persistent.

Ça reste encore difficile. Pourquoi? Parce que les gens ne sont pas sensibilisés à, justement, leur capacité et leur pouvoir de donner une information capitale pour [...] déterminer l'urgence de la situation et [...] la mobilisation de l'effectif qui va être nécessaire. Et ça, c'est capital dans un dossier [d’enlèvement], insiste Marcel Savard.

Déclenchement tardif

La coroner chargée de faire la lumière sur la mort de Norah et Romy Carpentier souligne également que les policiers ont tardé à publier un avis de recherche et à déclencher l'alerte Amber.

Un maître chien et des policiers sur une route de terre, lors d'une journée pluvieuse.

La coroner Sophie Régnière estime que les policiers ont mis trop de temps à solliciter l'aide des médias dans leurs recherches (archives).

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Depuis les tristes événements survenus à Saint-Apollinaire en juillet 2020, Marcel Savard dit avoir constaté que les policiers étaient un peu plus rapides à déclencher des alertes Amber pour signaler la disparition d’un enfant.

Comme crier au loup

L’ex-policier maintient toutefois que les protocoles de déclenchement devront être revus.

Maintenant [il reste à savoir] jusqu'où les différents partenaires vont être prêts à aller parce que, vous savez, c'est comme crier au loup trop souvent. [Si elle est déclenchée à répétition] l'alerte n'aura plus de portée dans le public [alors que] c’est ça, l’objectif, prévient M. Savard.

Invitée par Radio-Canada à réagir au rapport de la coroner Sophie Régnière, la Sûreté du Québec a indiqué qu’elle attendrait d’avoir pris connaissance de son contenu avant d’émettre quelque commentaire que ce soit.

Plan rapproché du logo de la Sûreté du Québec affiché sur la portière d'un véhicule de patrouille.

La Sûreté du Québec n'est pas encore prête à réagir au contenu du rapport de la coroner Sophie Régnière (archives).

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

De son côté, le Bureau du coroner a fait savoir qu’il n’y aura aucun commentaire de sa part ni de Mme Régnière d'ici à la conférence que cette dernière donnera la semaine prochaine.

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a quant à elle fait savoir que son gouvernement allait prendre connaissance du rapport de la coroner et examiner comment il doit améliorer ce qu’il y a à améliorer.

On fait également confiance à nos policiers pour qu’ils prennent connaissance du rapport une fois celui-ci déposé et posent les gestes requis, s'il y a lieu, a précisé la vice-première ministre dans une déclaration écrite transmise à Radio-Canada.

Avec la collaboration de Marie-Pier Bouchard

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