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COVID-19 : 5 millions de morts, et ce n’est pas fini

Un homme installe des roses sur des poteaux sur une plage, au coucher du soleil.

Sur la plage de Copacabana, au Brésil, un homme prépare un hommage aux victimes de la COVID-19. Un rapport de la commission d'enquête du Sénat a par ailleurs désigné le président Jair Bolsonaro comme ayant été le principal responsable des erreurs du gouvernement pendant la pandémie, qui a fait plus de 600 000 morts dans ce pays.

Photo : Reuters / LUCAS LANDAU

Le monde a franchi cette fin de semaine le triste le cap des 5 millions de décès liés à la COVID-19. Population vieillissante, systèmes de santé sous-financés, obésité, pauvreté : tous les éléments étaient en place au début de la pandémie pour une catastrophe.

Depuis le début de la pandémie, la COVID-19 est la quatrième cause de décès dans le monde, derrière les maladies coronariennes, les AVC et les bronchopneumopathies chroniques obstructives. Un décès sur 20 peut lui être attribué.

Au Canada, la COVID-19 a été la 3e cause de décès en 2020, mais la première à l'échelle des Amériques en 2020 et 2021.

L'hiver dernier, elle était aussi la principale cause de décès aux États-Unis, et en septembre, la cause principale de décès chez les 35 à 54 ans.

Au plus fort de la pandémie, en janvier 2021, on recensait environ 100 000 décès par semaine dans le monde. Ce nombre est en baisse depuis quelques semaines, mais demeure autour de 50 000 décès par semaine.

Six pays ont comptabilisé plus de 200 000 décès. Les États-Unis et le Brésil représentent à eux seuls près de 30 % de tous ceux qui sont survenus.

L'Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) évalue que plus d’Américains sont morts de la COVID-19 que de la grippe saisonnière au cours des dix dernières années. Douze États américains comptent plus de 20 000 morts chacun; quatre États (Californie, Texas, New York et Floride) en recensent plus de 50 000.

La Fondation Kaiser, un organisme à but non lucratif qui analyse l'état du système de santé américain, estime que si la population américaine avait davantage été vaccinée, 90 000 décès auraient pu être évités entre juin et septembre 2021.

Au loin, un homme marche à travers un océan de petits drapeaux plantés au sol.

À Washington, un homme marche à travers le mémorial pour les Américains décédés de la COVID-19. Chaque petit drapeau blanc représente l'une des 700 000 personnes mortes aux États-Unis depuis le début de la pandémie.

Photo : Reuters / LEAH MILLIS

La Russie compte pour sa part plus de 230 000 morts et son bilan augmente rapidement depuis quelques semaines. Le nombre de décès dépasse les 1000 par jour depuis le 19 octobre, un record depuis le début de la pandémie.

Plusieurs pays latino-américains, notamment le Brésil (+600 000), la Colombie (+127 000), l’Argentine (+115 000) et le Mexique (+287 000), ont eux aussi connu un nombre impressionnant de morts.

En Colombie, la présence du variant Mu – responsable de plus du tiers des cas – et une réticence à adopter des mesures sanitaires ont notamment contribué au lourd bilan.

Environ 1 % de la population péruvienne est décédée du COVID-19, un bilan plus dur que celui enregistré par le Royaume-Uni lors de la pandémie de grippe espagnole de 1918-20. En Amérique du Sud, ce pays est l'un de ceux qui disposent du plus faible nombre de lits aux soins intensifs. Il a en plus connu une pénurie d'oxygène.

Nombre de petits pays ont en fait été fortement frappés par la pandémie, comme le démontrent leurs taux de décès par tranche de 100 000 habitants. Quelque 28 pays ont enregistré plus de 200 décès pour 100 000, avec le Pérou, la Bosnie, la Bulgarie et la Hongrie en tête de liste.

Par exemple, la Hongrie, avec 10 millions d'habitants, compte plus de 30 000 décès, ce qui donne un taux de mortalité de 319 pour 100 000, soit quatre fois le taux du Canada. La Hongrie dépense la moitié moins que les autres pays européens pour son système de santé, selon un rapport de l’ONU (Nouvelle fenêtre), et le manque de ressources y est criant. De nombreuses personnes ont d'ailleurs été infectées lors d’un séjour à l’hôpital.

De plus, les deux tiers des personnes de 65 ans et plus y vivent avec une comorbidité, les rendant plus vulnérables aux complications de la COVID-19.

La Bulgarie, avec environ 7 millions d’habitants, compte plus de 23 000 décès liés à la COVID-19. Moins de 25 % de la population est vaccinée et le pays est sur le point de battre de nouveaux records de décès quotidiens.

Un bilan mondial incomplet

Une dizaine d'hommes placent un cercueil en bois dans le sol.

En Inde, des experts ont utilisé les données provenant des morgues pour mieux calculer le nombre réel de décès causés par la COVID-19.

Photo : Reuters / DANISH SIDDIQUI

Selon l’OMS, la COVID-19 aurait en réalité frappé bien plus durement l'humanité que ne le disent les chiffres disponibles. Le nombre de décès serait en réalité au moins 60 % plus élevé que ce qui a été jusqu'ici rapporté. Ce seraient en fait plus de 8 millions de personnes – soit l’équivalent de la population du Québec – qui auraient perdu la vie à cause du SRAS-CoV-2.

Qu’est-ce qui explique cette sous-estimation? D’abord, le fait que plusieurs pays n’ont pas les infrastructures pour faire ce décompte et que plusieurs, aussi, ne testent presque pas. Ensuite, que d’autres pays ont seulement déclaré les décès survenus dans les hôpitaux ou les établissements de santé.

Enfin, l’OMS rappelle que certains pays ne signalent pas le nombre réel de décès survenus pour des raisons politiques.

En Inde, on estime ainsi que seulement 10 % des décès liés à la COVID-19 ont été rapportés. Au Mexique, une étude évalue (Nouvelle fenêtre) qu'il y a eu plus de 600 000 décès, soit bien plus que les 287 000 signalés.

L'exemple du Pérou est aussi éloquent. Lorsqu'on y a réanalysé cet été les certificats de décès, le nombre de morts, évalué à 200 000, a triplé, ce qui cadre davantage avec les données sur la surmortalité.

Les aînés, principales victimes de la COVID-19

L’OCDE estime que 93 % des personnes décédées de la COVID-19 à travers le monde avaient plus de 60 ans; 58 % avaient plus de 80 ans.

Selon un rapport (Nouvelle fenêtre) de l'OCDE, environ 41 % des décès dans les pays membres de cette organisation sont survenus dans des centres de soins de longue durée.

En moyenne, le taux de mortalité en centres de soins de longue durée par million d’habitants de plus de 80 ans est d'environ 6000 pour les pays de l'OCDE; la Belgique, la Slovénie, le Luxembourg, les États-Unis et le Royaume-Uni ayant les taux les plus élevés.

Les taux de mortalité étaient généralement élevés dans les pays où la population est plus âgée. Par exemple, au Canada, 4,5 % de la population a 80 ans ou plus, mais représente 62,7 % de tous les décès depuis le début de la pandémie. En Slovénie et en Belgique, plus de 5 % de la population a plus de 80 ans et, respectivement, 50 % et 67 % des décès liés à la COVID-19 qui y sont survenus lors de la première vague étaient des personnes de cette tranche d'âge.

Si les personnes âgées ont davantage été frappées au début de la pandémie, la situation a changé avec la campagne de vaccination. Depuis mars 2021, au Brésil, en Colombie, au Costa Rica et au Pérou, plus de 30 % des personnes décédées avaient moins de 60 ans, indique l’Organisation panaméricaine de la santé (Nouvelle fenêtre).

Au Mexique, c’est près de la moitié des décès.

Pour plusieurs experts, c’est signe que les jeunes doivent être rapidement vaccinés, sans quoi, le taux de mortalité dans cette tranche d'âge continuera d’augmenter.

Par ailleurs, selon un rapport de la Banque mondiale (Nouvelle fenêtre), davantage de jeunes sont morts dans les pays à revenu faible comme le Bangladesh, l'Inde ou encore Indonésie. Les personnes de moins de 65 ans représentaient en moyenne 11 % des décès officiels dans les pays à revenu élevé, 40 % des décès officiels dans les pays à revenu intermédiaire, et 54 % des décès officiels dans les pays à revenu inférieur.

Le rapport précise que dans les pays à revenu faible, les jeunes ont notamment eu moins accès au télétravail pendant la pandémie, ce qui les rendait plus susceptibles d’être infectés et de mourir de la COVID-19.

Enfin, les pays à revenu élevé ont généralement davantage d’aînés vivant dans des centres de soins de longue durée, ce qui augmente leur risque d’infection. Les auteurs ajoutent que l’accès à des soins médicaux de haute qualité dans les pays riches permet de maintenir de nombreuses personnes âgées en vie, malgré de faibles conditions de santé qui les rendent vulnérables à la COVID-19.

Distribution des décès en 2020 selon l'âge

Graphique montrant que les pays plus pauvres ont davantage de jeunes qui sont décédés de la COVID-19

Graphique provenant de l'Étude « COVID-19 Age-Mortality Curves for 2020 Are Flatter in Developing Countries Using Both Official Death Counts and Excess Deaths » de Gabriel Demombynes, Damien de Walque, Paul Gubbins, Beatriz Piedad Urdinola et Jeremy Veillard.

Photo : Banque mondiale

Un lien avec l’obésité

Par ailleurs, le taux de mortalité est environ 10 fois plus élevé dans les pays où plus de la moitié de la population est en surpoids, selon un rapport de la World Obesity Federation (Nouvelle fenêtre).

Parmi 160 pays analysés, ceux dont moins de 40 % de la population est en surpoids avaient des taux de mortalité oscillant entre 10 et 100 décès pour 100 000 habitants. Les pays dont plus de 50 % de la population est en surpoids avaient, eux, généralement des taux de mortalité dépassant 100 pour 100 000.

Rappelons qu'un indice de masse corporelle élevé, l’hypertension et le diabète sont associés à un risque accru d'hospitalisation, d'admission en soins intensifs ou critiques et de décès en raison de la COVID-19.

Par exemple, le Vietnam a l’un des taux de mortalité les plus bas au monde (0,04 décès pour 100 000 habitants). Or, moins de 20 % des Vietnamiens sont en surpoids. En contrepartie, le Royaume-Uni a l’un des pires taux de mortalité (184 décès pour 100 000) et a un taux de surpoids de plus de 60 %.

Les États-Unis suivent de près avec un taux de mortalité de 153 morts pour 100 000 et près de 70 % de la population en surpoids.

Baisse mondiale de l’espérance de vie

La COVID-19 a par ailleurs causé une forte baisse de l'espérance de vie, selon une étude du Leverhulme Centre for Demographic Science de l’Université d'Oxford (Nouvelle fenêtre). Sur 29 pays analysés, l’espérance de vie a diminué dans 27 pays. Dans 11 pays, cette diminution est de plus d’un an. La plus forte diminution est chez les hommes aux États-Unis, qui ont vu leur taux d’espérance de vie diminuer de 2,2 ans.

La dernière fois que des baisses aussi importantes de l'espérance de vie à la naissance ont été observées en une seule année, c'était pendant la Seconde Guerre mondiale, écrivent les auteurs de l’étude.

On estime que l'espérance de vie à travers le Canada a diminué en moyenne de 0,41 an en 2020. La plus forte baisse était au Québec (-0,84 ans). Selon Statistique Canada, avant la pandémie, l'espérance de vie au pays a augmenté en moyenne de 0,13 an par an au cours de la dernière décennie.

Le 8 octobre dernier, le Brésil a franchi le cap des 600 000 morts. Une étude publiée dans la revue Nature (Nouvelle fenêtre) estime que l'espérance de vie à la naissance en 2020 a diminué de 1,3 an en raison de la COVID-19.

Selon l’OMS (Nouvelle fenêtre), la pandémie aurait tué entre 80 000 et 180 000 travailleurs de la santé entre janvier 2020 et mai 2021.

Il s'agit d'un portrait alarmant de l'impact de la pandémie sur les travailleurs de la santé, qui devraient bénéficier d'une meilleure protection (dont l'accès aux vaccins, aux équipements de protection individuelle, à la formation, aux tests et au soutien psychosocial) et de conditions de travail décentes (y compris une rémunération adéquate et une protection contre les charges de travail), peut-on lire dans le rapport. Enfin, selon une étude, plus (Nouvelle fenêtre) de 1,5 million d’enfants ont perdu leurs parents ou encore les grands-parents qui les avaient pris en charge.

Nous parlons souvent de l'impact de la COVID-19 en termes de nombre de vies fauchées par la maladie, mais comme le montre cette étude, il est également essentiel d'aborder l'impact plus large sur les personnes qui ont été laissées pour compte, a écrit le coauteur de l'étude, Charles A. Nelson III.

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