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La pression de Québec choque les médecins de famille

Vue rapprochée d'une personne qui prend la pression d'une autre personne.

Des milliers de médecins omnipraticiens travaillent autant en clinique que dans les hôpitaux, notamment aux urgences.

Photo : Radio-Canada

Les omnipraticiens sont excédés par l’approche de Québec qui leur demande d’inscrire plus de patients. C’est que des milliers de médecins omnipraticiens travaillent autant en clinique que dans les hôpitaux, notamment aux urgences. Plusieurs craignent qu’on aggrave la situation dans les hôpitaux si on les force à passer plus d’heures en clinique.

Le premier ministre Legault et son ministre de la Santé, Christian Dubé, ont multiplié les offensives mercredi à l’endroit des médecins de famille.

Des milliers de médecins sur les 10 000 ne prennent pas en charge suffisamment de patients, a d’abord rappelé M. Legault en matinée.

En après-midi, le ministre Dubé en rajoutait en rappelant que les médecins en clinique groupe de médecine de famille doivent aussi respecter les heures d’ouverture.

Il faut dire que le nombre de personnes inscrites au Guichet d’accès à un médecin de famille ne cesse d’augmenter, on y compte maintenant 880 000 personnes.

Mais l’offensive de Québec sur ce terrain a accentué la frustration grandissante des omnipraticiens.

« C'est vraiment très très cheap de la part du gouvernement. »

— Une citation de  Georges Zaarour, omnipraticien

Comme plusieurs omnipraticiens, il estime que le gouvernement déforme la réalité en présentant les chiffres sur le nombre de patients par médecins.

Selon les données du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), moins de 10 % des médecins omnipraticiens comme le docteur Zaarour affichent plus de 2000 patients inscrits.

Sur le terrain, bien des médecins omnipraticiens disent qu’on ne peut pas leur en demander davantage, parce qu’ils ne travaillent pas uniquement en clinique.

Rencontré à la clinique District médical à Montréal, le médecin Georges Zaarour explique son emploi du temps.

J'ai 2120 patients inscrits, je travaille trois jours en clinique et deux jours à l'urgence, précise-t-il.

Si je veux faire plus de patients en clinique, il va falloir que je déleste les activités hospitalières, que je déleste l'urgence, affirme le docteur Zaarour, qui a fait sa résidence en médecine familiale et travaille aussi comme urgentologue à l’hôpital de Lachine.

La pression exercée par Québec choque les médecins de famille

Selon lui, on déshabille une personne pour en habiller une autre.

Son collègue Michel Tran anticipe lui aussi des effets pervers. J'ai 800 patients inscrits pour la prise en charge et ça occupe le quart de mon temps, dit-il. Le reste du temps, je fais des accidentés du travail et des victimes d'actes criminels. Probablement que je devrais réduire le temps de travail pour les accidentés du travail et les victimes d'actes criminels.

Selon les données du Ministère de la Santé et des Services sociaux, près de 5400 médecins omnipraticiens enregistrent jusqu’à 40 % de leurs revenus dans des activités ailleurs qu’en clinique.

Au Québec, 39 % du travail des omnipraticiens se fait dans les établissements, par exemple pour l’hospitalisation, dans les urgences ou en obstétrique.

Alors qu’en Ontario, c’est seulement 20 % du travail des omnipraticiens qui est réalisé dans ces milieux.

Dans certains hôpitaux québécois, les omnipraticiens font plus de 50 % du travail d’hospitalisation, ce qui les éloigne de la prise en charge de patients.

La médecin Geneviève Dechêne estime qu’il faut réduire la charge de travail des omnipraticiens dans les hôpitaux.

« Il suffirait que nos confrères les spécialistes reprennent leur tâche d’hospitalisation et des milliers de médecins de famille vont être disponibles pour prendre en charge des nouveaux patients à domicile et à leur bureau. »

— Une citation de  Geneviève Dechêne, médecin omnipraticienne

Mais plusieurs omnipraticiens souhaitent faire de la médecine hors des cliniques, par exemple aux urgences.

Difficile de déléguer aux autres professionnels

Québec offre de l’appui financier et des ressources humaines aux Groupes de médecine familiale pour que les omnipraticiens partagent la prise en charge des patients.

À la Clinique District Médical, une travailleuse sociale et un pharmacien s’ajoutent à l’équipe de 28 médecins. Mais le recrutement d’infirmières semble très ardu.

On est supposé en avoir 12 et présentement on en a qu'une seule. Donc c'est tough de déléguer, indique le médecin Georges Zaarour.

Son collègue Michel Tran pense qu’une partie de la solution passe par l’intégration de médecins étrangers.

Il y a des centaines de postes qui ne sont pas comblés au Québec et on continue à refuser des médecins étrangers malgré le fait qu’ils ont fait leurs équivalences, explique le jeune médecin.

Une chose est certaine, le défi va demeurer entier puisque les médecins sont nombreux à prendre leur retraite. Le quart des omnipraticiens québécois ont plus de 60 ans.

Une situation difficile pour les jeunes médecins comme Michel Tran qui ont l’impression de devenir des boucs émissaires.

Quand on voit plus de monde, c'est comme si les patients sentent qu'on ne passe pas assez de temps avec eux, et si on refuse du monde, ils nous reprochent de pas voir assez de monde. Peu importe ce que l'on fait, on a des reproches, déplore le docteur Tran.

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