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Le cercle vicieux de la pénurie de main-d’œuvre

La pénurie de main-d'œuvre fait mal aux régions du Québec. Faute d'employés, 70 % des entreprises disent avoir refusé des contrats et l'immigration n'arrive pas à combler tous les besoins.

Une enseigne « Nous embauchons » est placée en évidence derrière la fenêtre d'une entreprise.

Le long des larges rues de Val-d'Or et de Rouyn-Noranda, les enseignes « nous embauchons » se succèdent devant les entreprises.

Photo : Radio-Canada

En Abitibi-Témiscamingue, les efforts de recrutement à l'étranger sont minés par le manque d'accès à des services essentiels dans la région. C'est le cas notamment pour les services de garde, qui peinent eux aussi à recruter.

Garages, restaurants, hôtels, fournisseurs de services miniers, résidences pour personnes âgées... Aucun secteur n'échappe à la pénurie de main-d'œuvre. Le long des larges rues de Val-d'Or et de Rouyn-Noranda, les enseignes nous embauchons se succèdent devant les entreprises.

On a actuellement 4000 postes à combler en Abitibi-Témiscamingue. C'est deux fois plus qu'il y a cinq ans, explique Mariève Migneault, directrice générale du Centre local de développement de Rouyn-Noranda. Ce manque à gagner freine sérieusement le développement des entreprises.

« On fait des sacrifices comme ça plusieurs fois par mois. On laisse passer des projets. »

— Une citation de  Jean-François Couillard, président et chef de la direction d'Adria Power Systems

Dans son usine du quartier industriel de Rouyn-Noranda, Adria Power Systems fabrique de l'équipement destiné à l'industrie minière, principalement à des centres de distribution électrique. La demande est là, mais il manque d'employés dans tous les départements.

C'est très grave. Les projets sont sur le coin de la table, mais la main-d'œuvre n'est pas là, déplore Jean-François Couillard, président et chef de la direction de l'entreprise.

Jean-François Couillard, président et chef de la direction d'Adria Power Systems.

Jean-François Couillard, président et chef de la direction d'Adria Power Systems

Photo : Radio-Canada

La situation est particulièrement fragile en Abitibi-Témiscamingue. La région affiche l'un des indices de remplacement de la main-d'œuvre les plus bas au Québec. Alors que ce taux s'établit à 82 % dans la province, en Abitibi, il est de 69 %. Autrement dit, lorsque 100 travailleurs prennent leur retraite, il y en a seulement 69 pour les remplacer.

Pour faire face au manque à gagner, Jean-François Couillard s'est tourné vers l'immigration. Présentement, on a deux soudeurs qui ont leurs permis de travail, un Colombien et un Mexicain. On est en train de terminer un processus pour cinq travailleurs étrangers et on fait des démarches pour cinq autres, explique l'homme d'affaires.

Mission familles

Le Centre local de développement de Rouyn-Noranda (CLDRN) multiplie les missions de recrutement à l'étranger. Cet automne, des représentants de l'organisme ont effectué une tournée en France. Le CLDRN tente une nouvelle stratégie, qui ne vise pas seulement à attirer des travailleurs spécialisés, mais à séduire des familles entières.

On recrute des familles pour que, par exemple, le conjoint aille aux études, la mère travaille, les enfants aillent à l'école et deviennent de futurs travailleurs, résume la directrice générale Mariève Migneault. L'objectif est de recruter dix familles d'ici deux ans.

Mariève Migneault, en entrevue.

Mariève Migneault, directrice générale du Centre local de développement de Rouyn-Noranda

Photo : Radio-Canada

Mais ce n'est pas tout d'attirer des travailleurs : il faut ensuite être capable de les garder dans la région. En Abitibi-Témiscamingue, la compétition est forte avec le Nord de l'Ontario qui a essentiellement les mêmes besoins.

« On comprend que le Québec a une gestion différente de l'immigration. Mais nous, en étant un bassin minier près de l'Ontario, on a des besoins différents. »

— Une citation de  Mariève Migneault, directrice générale du Centre local de développement de Rouyn-Noranda

Il y a beaucoup de maraudage, précise Mme Migneault, qui envie les programmes régionalisés d'immigration dont bénéficient ces régions.

Ils ont jusqu'à 150 postes à pourvoir chaque année pour des travailleurs qui peuvent ensuite bénéficier d'une résidence permanente en trois mois comparativement à trois ans et demi au Québec, explique-t-elle.

La pénurie qui aggrave la pénurie

Même après avoir attiré et retenu des travailleurs étrangers, la partie n'est pas encore gagnée pour l'Abitibi. La pénurie dans les services essentiels réduit grandement la capacité d'accueil de la région.

Le manque d'éducatrices a d'ailleurs forcé le CPE Vallée des loupiots de Val-d'Or à fermer ses portes en août dernier.

Lorsqu'on a fait notre portrait de main-d'œuvre pour l'automne, on s'est rendu compte qu'on avait suffisamment d'éducatrices pour deux installations, pas pour trois, se désole Joël Gagné, directeur général du CPE. Ce sont donc 80 enfants qui ont été privés d'une place en garderie.

Joël Gagné, le directeur général, CPE La vallée des Loupiots.

Pénurie de main-d'oeuvre en Abitibi

Photo : Radio-Canada

Depuis, le service de garde a pu reprendre une partie de ses activités, mais l'avenir est incertain.

Ça va être difficile. Au Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue, aux dernières nouvelles, il y avait seulement huit étudiants en technique de l'éducation à l'enfance, constate M. Gagné.

Les deux axes, c'est vraiment ça : CPE et immigration. Ça doit être accéléré, ces processus-là, plaide Jean-François Couillard.

Pour sortir du cercle vicieux de la pénurie de main-d'œuvre, l'homme d'affaires a décidé de se lancer dans une nouvelle aventure, bien loin de l'industrie minière. En effet, il a décidé de fonder son propre CPE. Il a acheté une maison qu'il est en train de transformer en service de garde. L'établissement devrait ouvrir ses portes au printemps. Le ministère de la Famille lui a octroyé 44 places et plusieurs d'entre elles seront attribuées à ses employés.

Comme ses employés sont toujours plus nombreux à provenir de l'immigration, la garderie portera le nom « Explorateur du monde ». Un service de garde qu'il veut à l'image de l'Abitibi d'aujourd'hui et, espère-t-il, de demain.

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