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Une ex-employée poursuit le gouvernement albertain après avoir dénoncé du harcèlement

Le premier ministre de l'Alberta, Jason Kenney.

Le premier ministre n'a pas répondu aux allégations concernant son ministre Devin Dreeshen.

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Une ex-chef de cabinet du gouvernement de Jason Kenney a déposé une poursuite contre le gouvernement de l’Alberta, alléguant qu’elle avait été congédiée injustement après avoir dénoncé le harcèlement sexuel et les comportements inappropriés dont elle aurait été témoin.

CBC a obtenu une copie de la déclaration soumise en cour par Ariella Kimmel. Aucune des allégations n’a été prouvée en cour.

Ariella Kimmel était chef de cabinet du ministre de l’Emploi, de l’Économie et de l’Innovation d’août 2020 à février 2021 quand elle a été renvoyée. Elle travaillait au sein du gouvernement conservateur uni de Jason Kenney depuis mai 2019.

Dans sa déclaration, Ariella Kimmel affirme qu’à la mi-octobre 2020 le ministre de l’Agriculture, Devin Dreeshen, l’aurait agressée verbalement après qu’elle eut soulevé des inquiétudes sur son niveau d’alcoolémie élevé lors d’une soirée dans le bureau d’un ministre. Devin Dreeshen lui aurait crié dessus, au point où elle était en larmes et qu’un passant inquiet est intervenu, allègue la poursuite.

Avant d’être nommée chef de cabinet, Ariella Kimmel entretenait une relation amoureuse intermittente avec Devin Dreeshen.

Le ministre de l'Agriculture, Devin Dreeshen.

Le ministre de l'Agriculture, Devin Dreeshen, n'a pas répondu à nos multiples demandes d'entrevue.

Photo : Radio-Canada / Nathan Gross

Allégations de harcèlement sexuel

Deux jours plus tard, l’un des conseillers principaux du ministre, Ivan Bernardo, aurait fait un commentaire à caractère sexuel à une employée d’Ariella Kimmel, devant celle-ci, lors d’une soirée arrosée dans les bureaux du ministre de la Santé.

Je ne t’ai jamais vue sur cet étage, car avec un corps comme ça, je t’aurais remarquée, aurait affirmé Ivan Bernardo, selon la déclaration d’Ariella Kimmel. La poursuite allègue qu’Ivan Bernardo avait la réputation de faire des commentaires sexuels inappropriés aux femmes.

Le lendemain, Ariella Kimmel aurait rapporté l’incident à deux hauts dirigeants du gouvernement. Elle affirme n’avoir eu aucune réponse pendant environ un mois.

Le 17 novembre 2020, le secrétaire principal du premier ministre, Larry Kaumeyer, a demandé à Ariella Kimmel de la rencontrer. Elle dit lui avoir signalé l’incident avec Devin Dreeshen, l’alcool excessif dans les bureaux du gouvernement et le commentaire inapproprié d’Ivan Bernardo à son employée.

Selon la déclaration, Larry Kaumeyer aurait affirmé qu’Ivan Bernardo ne serait pas renvoyé et qu’il avait plutôt décidé de quitter son poste à la fin de l’année. Il n’aurait pas indiqué si les autres inquiétudes d’Ariella Kimmel seraient prises en compte. Larry Kaumeyer ne travaille plus au bureau du premier ministre.

L'Assemblée législative de l'Alberta le 17 octobre 2019.

Selon la poursuite, l'Assemblée législative de l'Alberta aurait été le théâtre de plusieurs soirées arrosées du personnel politique du gouvernement Kenney.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Ariella Kimmel affirme qu’au cours des mois suivants elle a signalé cet incident à plusieurs reprises à plusieurs hauts placés du gouvernement Kenney. Elle aurait recommandé que le gouvernement écrive une politique sur le harcèlement sexuel, qui inclurait un mécanisme de dépôt de plainte et d’enquête. Elle ne croyait pas pouvoir offrir un environnement de travail sécuritaire à ses employés sans la mise sur pied d'une telle politique.

Selon Ariella Kimmel, aucune enquête sur le harcèlement sexuel n’aurait été mise sur pied et aucune forme de soutien n’a été offerte aux femmes concernées de la part du bureau du premier ministre.

La poursuite allègue que, le 5 février 2021, Larry Kaumeyer a informé Ariella Kimmel qu’elle était renvoyée. Il lui aurait dit que c’était la bonne chose pour [elle].

Nous avons vu ces deux dernières années plusieurs cas dans les médias de conduite inappropriée dans les bureaux politiques. Des employés ont souffert, souvent en silence. Ce cas est la goutte qui fait déborder le vase et démontre que tous méritent un environnement de travail sécuritaire et sain, croit l’avocate de la plaignante, Kathryn Marshall.

La poursuite réclame 399 000 $ en dommages et l’équivalent du salaire qu’aurait reçu Ariella Kimmel jusqu’à la fin de son contrat, prévue en mai 2023.

Aucune tolérance pour le harcèlement, dit le gouvernement

Le harcèlement sexuel est odieux et n’a pas de place dans nos lieux de travail et notre société, affirme la chef de cabinet du premier ministre, Pam Livingston, dans un courriel à CBC.

Le gouvernement a une tolérance zéro pour le harcèlement et prend toutes les allégations de cette nature très au sérieux. Nous sommes chanceux d’avoir des fonctionnaires talentueux et d’origines diverses et nous sommes déterminés à fournir un environnement de travail sécuritaire et productif pour eux, continue-t-elle.

Pam Livingston ajoute que le gouvernement albertain ne peut commenter des dossiers relevant des ressources humaines, qui sont confidentiels. Elle affirme toutefois que le renvoi d’Ariella Kimmel n’a rien à voir avec les allégations contenues dans sa déclaration et que le gouvernement y répondrait en cour.

Jason Kenney se lève à l'Assemblée législative pour parler devant ses collègues masqués.

Le premier ministre Jason Kenney a déclaré à l'Assemblée législative que son gouvernement avait mis fin au contrat d'Ivan Bernardo.

Photo : Assemblée législative de l'Alberta

Le bureau de Jason Kenney promet aussi d’examiner de manière indépendante les politiques en matière de ressources humaines du personnel politique. À l’heure actuelle, il est obligatoire pour ces employés de suivre une formation sur un environnement de travail respectueux.

Mercredi, le premier ministre Jason Kenney a affirmé qu’il avait été informé de rumeurs circulant sur le comportement d’Ivan Bernardo l’automne dernier. On m’a assuré que des mesures avaient été prises et peu de temps après, le contrat de cet individu avec le gouvernement a pris fin, a-t-il affirmé.

Ni Pam Livingston ni Jason Kenney n’ont répondu aux allégations concernant le ministre Devin Dreeshen. Ce dernier n’a pas répondu à nos multiples demandes d’entrevues.

Il serait inapproprié pour moi de faire des commentaires sur les allégations de cette déclaration, puisque je serai probablement appelé à témoigner lors d’audiences. J’accueille favorablement tout examen indépendant et impartial de la cour et j’ai hâte de faire mon témoignage, a quant à lui répondu Ivan Bernardo par courriel à CBC.

Une députée du PCU appelle Jason Kenney à démissionner

Face à ces allégations, la députée conservatrice unie Leela Aheer a appelé le premier ministre Jason Kenney à démissionner. Cette responsabilité retombe sur les épaules des dirigeants, qui doivent s’assurer que la [victime] est protégée. C’est ça, l’échec, ici. C’est un échec de leadership et de décence humaine, a-t-elle dénoncé.

Le député Richard Gotfied a quant à lui appelé à la mise en place d'une politique claire sur le harcèlement, l'intimidation et la discrimination pour les employés de la fonction publique et de l'Assemblée législative de l'Alberta.

La néo-démocrate Janis Irwin, quant à elle, a qualifié les allégations de troublantes. Elle a assuré que le Nouveau Parti démocratique (NPD) avait une politique claire en matière de gestion des plaintes de harcèlement sexuel lorsqu’il formait le gouvernement. Deux plaintes avaient d'ailleurs été déposées contre deux députés du NPD.

Des ministres au courant des allégations

Selon la déclaration en justice d’Ariella Kimmel, les ministres Rebecca Schulz et Jason Nixon étaient au courant des comportements inappropriés.

Le harcèlement sexuel est absolument inacceptable et dégoûtant, a affirmé Rebecca Schulz dans une déclaration écrite envoyée à CBC.

Après avoir entendu ces allégations, j’ai rencontré Mlle Kimmel et j'ai discuté des préoccupations dont j’avais entendu parler avec elle. J’ai ensuite discuté de celles-ci avec [Jason Nixon], écrit Rebecca Schulz. Après notre discussion, il a mentionné ces préoccupations auprès du bureau du premier ministre et a confirmé que le bureau du premier ministre s’occupait de ces allégations.

Jason Nixon confirme cette version des faits. Après avoir discuté avec la ministre Schulz, j’ai immédiatement contacté le chef de cabinet du premier ministre de l’époque et l’ai informé des rumeurs dont j’avais entendu parler. On m’a assuré qu’on s’en occuperait, affirme-t-il.

Avec les informations d'Elise von Scheel

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