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Vaccination obligatoire : des syndicats pris entre deux feux

Une personne tient une fiole de vaccin dans la main ainsi qu'une séringue.

Les syndicats, qui doivent défendre leurs membres, sont mis dans une position difficile par ceux qui refusent de se faire vacciner, selon des experts. (Archives)

Photo : Reuters / Lucy Nicholson

En plus du gouvernement fédéral et d’institutions publiques de premier plan, de plus en plus d’entreprises du secteur privé exigent de leurs employés qu’ils soient vaccinés contre la COVID-19, faute de quoi ils pourraient perdre leur emploi.

Le constructeur automobile Stellantis en a fait de même en fixant à ses employés comme date butoir le 17 décembre.

Cette décision place Jerry Dias, le président du syndicat Unifor, entre deux feux. Il se dit très fortement en faveur de la vaccination des travailleurs. Malgré cela, certains de ses membres ont décidé de ne pas se faire vacciner.

Aucun leader syndical ne peut dire avec conviction et avec une certitude absolue [...] que tout va bien aller pour nos membres qui ne sont pas vaccinés, indique-t-il.

Jerry Dias accorde une entrevue.

Jerry Dias pense que les employés qui refusent de se faire vacciner pourraient devoir en supporter les conséquences. (Archives)

Photo : Radio-Canada

S’il s’engage à représenter les employés qui refusent de se faire vacciner, il affirme que ceux-ci doivent savoir à quoi ils s’exposent en agissant de la sorte.

Nous allons discuter avec la société et nous allons essayer de nous assurer que leur politique vaccinale est raisonnable, mais vos décisions auront des conséquences. Nous avons de nombreux membres qui n’aiment pas nous entendre parler ainsi, explique-t-il.

« Nous comprenons leur droit à être représenté, mais cela ne signifie pas qu’en tant qu’organisation nous devons induire nos membres en erreur en leur disant qu’ils n’ont pas à s’inquiéter, que tout ira bien. »

— Une citation de  Jerry Dias, président d’Unifor

M. Dias affirme que les employés qui s'entêtent ont d'autant plus de chances de subir des conséquences puisque Stellantis a refusé de modifier la date butoir en dépit des discussions qui ont eu lieu entre l’entreprise et le syndicat.

Fin de non-recevoir

M. Dias indique néanmoins que les politiques vaccinales des employeurs devraient tenir compte des spécificités propres à chaque environnement de travail et des inquiétudes de certains.

Nous ne pouvons pas admettre que quelqu’un qui travaille depuis 25 ans, qui a toujours très bien agi et qui est nerveux à l'idée de se faire vacciner, se fasse renvoyer, explique-t-il.

La section locale 444 d'Unifor, qui représente les employés de l'usine Stellantis de Windsor, désire que l'entreprise accommode les travailleurs qui refusent de se faire vacciner, peut-on lire dans un communiqué.

On y explique que Stellantis devrait suivre l’exemple d’autres espaces de travail, dans des environnements manufacturiers, qui ont des politiques de vaccination qui offrent des options alternatives pour ceux qui choisissent de ne pas se faire vacciner.

L'entreprise ne semble pas disposée à accepter ces arguments, comme le laisse entendre LouAnn Gosselin, cheffe des communications chez Chrysler Canada, désormais connue sous le nom de Stellantis.

Nous croyons que la vaste majorité de notre main-d'œuvre est entièrement vaccinée et que beaucoup d’autres sont en train de le faire. Nous continuons à recevoir le soutien des employés pour la mise en œuvre de cette politique de santé et de sécurité, explique-t-elle dans un courriel.

« Les vaccins et l’obligation vaccinale ont prouvé leur efficacité et nous pensions qu’il s’agit de la mesure responsable à prendre en ce moment pour protéger nos employés et leurs familles ainsi que ceux qui visitent nos installations. »

— Une citation de  LouAnn Gosselin, cheffe des communications

Stellantis a près de 10 000 employés au Canada. La société a indiqué que les personnes qui visitent ses usines, les fournisseurs et tous les entrepreneurs qui travaillent avec elle seront eux aussi tenus de fournir une preuve de vaccination.

Rechercher une marge de manœuvre

Pour Gilles LeVasseur, professeur de gestion et de droit à l’Université d’Ottawa, le syndicat est pris au piège et contraint de faire une espèce de grand écart entre ses membres et la grande majorité du reste de la société.

Ce qui arrive c’est qu’ils doivent autant défendre l’image de représenter adéquatement les employés que de comprendre qu’ils ont aussi un devoir en termes de santé publique à faire la promotion de la vaccination qui est devenue une norme acceptée actuellement en Ontario, explique-t-il.

« Les membres sont ceux qui vont élire les prochains dirigeants syndicaux et s’ils ont l’impression que les dirigeants n’ont pas été à la hauteur, eh bien il peut y avoir un mouvement pour remplacer soit les dirigeants ou soit ne pas accepter les recommandations du syndicat. »

— Une citation de  Gilles LeVasseur, professeur de gestion et droit

Pour sortir de cette impasse, il pense que le syndicat devrait de prime abord intégrer l’idée que la vaccination est largement acceptée au sein de la société et tenter ensuite de négocier une marge de manœuvre.

Gilles LeVasseur en entrevue dans les bureaux de Radio-Canada Ottawa.

Gilles LeVasseur pense que les syndicats ont désormais beaucoup de mal à rétropédaler. (Archives)

Photo : Radio-Canada

Qu’on énonce les conditions de sorte qu’on protège le concept de l'accommodement, on protège le concept des individus qui peuvent avoir des raisons juridiques valables tout en ayant aussi à cœur un processus, indique-t-il.

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