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QAnon est toujours parmi nous

Il y a quatre ans, jour pour jour, naissait QAnon. Si vous pensez que la défaite électorale de Donald Trump a sonné le glas de cette mouvance conspirationniste, détrompez-vous.

La 2e saison de la série de balados Convictions est en ligne sur la plateforme OhDio d'ICI Première et porte sur la mouvance conspirationniste QAnon.

La 2e saison de la série de balados « Convictions » est en ligne sur la plateforme OhDio d'ICI Première et porte sur la mouvance conspirationniste QAnon.

Photo : Radio-Canada

Tout a commencé le 28 octobre 2017.

Le tout premier message cryptique signé par le mystérieux Q apparaît alors sur un obscur forum en ligne.

La suite est déconcertante.

Au fil des ans, des milliers de publications énigmatiques, baptisées Q drops, alimentent les théories conspirationnistes les plus folles, colportées aveuglément par des adeptes aux quatre coins du monde.

En décembre 2020, peu de temps après la défaite électorale de Donald Trump, Q publie son dernier message. Un silence total s'ensuit. Mais le mutisme de cet oracle des temps modernes ne freine en rien la survie du phénomène.

Quatre ans après l'émergence de cette mouvance, les journalistes Jeff Yates (Décrypteurs) et Brigitte Noël (Enquête) plongent au cœur de cette spirale dystopique dans la saison 2 de la série Convictions.

Voici un entretien avec eux.

Les journalistes Brigitte Noël et Jeff Yates, artisans du balado QAnon : la Quête, disponible sur la plateforme OhDio d'ICI Première.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les journalistes Brigitte Noël et Jeff Yates, artisans du balado « QAnon : la Quête », disponible sur l'application Radio-Canada OHdio.

Photo : Radio-Canada


Quatre ans après la naissance de cette mouvance conspirationniste, on se pose tous la question : que reste-t-il de QAnon?

JY - Si on regarde ça à la surface, peut-être qu’on peut avoir l’impression que le mouvement s'essouffle parce que toutes les plateformes de réseaux sociaux majeures, Facebook, YouTube, Twitter, ont pas mal banni le mouvement. Mais même si on voit beaucoup moins des traces de QAnon dans les fils d’actualité, le mouvement est loin d’être mort. Il existe toujours sur des plateformes alternatives, là où il y a peu ou pas de modération.

Et ça vient avec des risques, non?

BN - Oui, parce que sur ces plateformes, les gens peuvent continuer de répandre les idées de QAnon à l’abri des regards, presque sans aucune surveillance, donc il y a un risque accru de radicalisation. Même si Q, la personne qui écrivait l’évangile, soit les textes à la base du mouvement QAnon, est disparue depuis décembre 2020, l’esprit du mouvement et les idées de QAnon continuent d’exister de façon parfois assez sournoise dans la société. Donc, parmi les gens qui sont tombés dans les théories du complot de QAnon, il y en a beaucoup qui sont restés très ancrés dans ces idées-là et c’est pour ça qu’on jugeait que c’était important d’en parler.

JY - Il faut aussi dire que, surtout aux États-Unis, QAnon est encore très présent dans la vie civile. Non seulement il y a maintenant des élus qui sont ouvertement pro-QAnon, il y a aussi Ron Watkins, l’ancien administrateur du site 8kunQ publiait ses messages, qui a annoncé sa candidature au Congrès américain pour représenter l’Arizona. En parallèle, il y a des adeptes de QAnon qui essaient d’infiltrer des organismes tels que des commissions scolaires ou des entités qui surveillent les élections. Donc, on peut prévoir des répercussions sur la politique américaine.

Avec le recul, qu’est-ce qu’on doit conclure au sujet des raisons qui poussent ces personnes à basculer dans cet univers?

BN - En décortiquant le phénomène et en l’analysant avec un peu de recul, on constate que QAnon ressemble à d’autres phénomènes d’hystérie collective qui ont déjà eu lieu. Dans notre balado, on fait le parallèle avec l’épisode du Satanic Panic, un phénomène qui a eu lieu dans les années 80 dans des petites communautés partout en Amérique du Nord. Des citoyens sont devenus absolument convaincus que des élites pédo-satanistes abusaient des enfants. C’est une hystérie collective qui a encore des séquelles aujourd’hui et qui avait été causée par le fait qu’à cette époque-là, il y avait énormément de remous sociaux et de bouleversements qui ont poussé des gens vers ces théories pédo-satanistes. Tout ça est un écho direct de ce qu’on voit avec QAnon. Quand on observe le contexte dans lequel QAnon s’est enraciné, on note la présence d’une pandémie, la présidence de Donald Trump et beaucoup de remises en question telles que le mouvement Black Lives Matter. C’était le terreau parfait pour l’essor d’un mouvement comme QAnon.

JY - Ça, c’est un élément important qu’on souligne dans le balado. Les gens qui ne suivaient pas le mouvement conspirationniste et qui ont été soudainement exposés à QAnon ont peut-être l’impression que c’est un mouvement unique, mais QAnon n’est pas unique. QAnon a pris naissance dans une culture web conspirationniste, c’est une nouvelle mouture d’un mouvement conspirationniste qui évoluait déjà sur le web depuis les débuts de l’Internet.

Et au-delà de tout ça, d’où vous est venue l’idée de faire un balado sur QAnon?

BN - Je pense que c’est important d’encapsuler le phénomène, d’analyser d’où ça vient, ce que ça a suscité comme problèmes et ce que ça va devenir. QAnon ne va pas disparaître, le phénomène va évoluer vers quelque chose d’autre, et je crois qu’il faut étudier son parcours parce qu’il y a des leçons à tirer de tout ça, des failles ont été exposées dans nos institutions et dans la façon dont on fonctionne comme société. Je crois que ça serait naïf de dire : Ah, ce ne sont que des conspirations et balayer tout ça du revers de la main. Il faut s’y plonger.

JY - Certains seraient tentés de dire : Facebook a banni QAnon, le problème est réglé. Mais ce n'est pas en glissant QAnon sous le tapis qu’on va régler les problèmes qui ont donné naissance à ce phénomène. Le fait que ce phénomène ait émergé dans des sociétés qui sont pour la plupart libres et démocratiques veut dire qu’il y a un bobo qui a permis cette émergence. Alors, si on se dit simplement : bannissons ces comptes-là, c’est fini et disparu, cette approche ne permet pas la remise en question qui est nécessaire pour s’attaquer aux problèmes qui ont permis à QAnon de prendre son envol.

La saison 2 de la série Convictions est disponible ici ainsi que sur l'application Radio-Canada OHdio.

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