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Archives

Serge Lemoyne, peintre anticonformiste et combatif

Le peintre Serge Lemoyne qui parle devant des toiles peintes enroulées de ficelles.

Le peintre Serge Lemoyne lors de l'événement Cent jours d’art contemporain, Téléjournal, 14 octobre 1987.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Cet automne, le Musée des beaux-arts du Québec présente l’exposition Lemoyne hors-jeu, une rétrospective du travail multidisciplinaire de l’artiste Serge Lemoyne. Nos archives reviennent sur le parcours de celui qu’on surnommait « l’enfant terrible de l’art contemporain québécois ».

Serge Lemoyne naît à Acton Vale le 13 juin 1941. Il étudie deux ans à L’École des beaux-arts de 1958 à 1960, avant d’en être expulsé.

« En étant spontané, ça ne peut pas être faux. »

— Une citation de  Serge Lemoyne

Durant les années soixante, alors que l’art québécois est en plein bouleversement, Lemoyne organise les plus mémorables happenings artistiques.

Au cours de cette entrevue qu’il donne à la journaliste Lizette Gervais pour l’émission Femme d’aujourd’hui, l’artiste explique le sens que revêtent pour lui ces rassemblements où la création spontanée prend toute la place.

Femme d’aujourd’hui, 19 octobre 1966

On le voit peindre une toile en direct devant le public. Dans cette ambiance éclatée, les artistes dansent, chantent, lisent des vers guidés par quelques thèmes définis au départ.

« J’ai une culture visuelle contemporaine qui est marquée par les phénomènes publicitaires, par tout ce qu’on nous offre, qu’on nous donne, qu’on nous vend. »

— Une citation de  Serge Lemoyne

Serge Lemoyne est considéré par plusieurs historiens de l’art comme le premier peintre québécois apparenté au pop art.

Durant dix ans, de 1969 à 1979, Lemoyne ne peint qu’en bleu, blanc et rouge. Au cours de cette période, il produira sa série de toiles la plus connue, Bleu-blanc-rouge, véritable hommage aux légendes du club de hockey Canadien de l’époque.

Lemoyne affectionne tout particulièrement la forme du triangle, que l’on retrouve dans plusieurs de ses œuvres. Les triangulations varient en nombre, en format et en couleur.

Au front pour les artistes québécois

Rendre l’art accessible à tous, sortir les artistes québécois de l’ombre, tel sera le combat que Lemoyne mènera tout au long de sa carrière.

Le peintre fera même quelques petits sauts dans l’arène politique. Il se présente pour le Parti poétique québécois en 1970 dans Bagot et pour le Parti rhinocéros aux élections fédérales de 1979 et de 1984.

30 dimanche, 18 février 1973

Dans les années 1970, Serge Lemoyne s’implique pour le statut de l’artiste. Lors de la Conférence canadienne des arts, le 18 février 1973, la journaliste Andréanne Lafond rencontre le peintre qui définit le rôle que devrait jouer selon lui le ministère des Affaires culturelles. Je crois que ces gens devraient être des penseurs et pas seulement des administrateurs, comme c’est le cas actuellement, lance-t-il provocateur.

En 1987, Serge Lemoyne produit ses propres affiches qu’il colle partout dans la métropole afin de dénoncer le peu de publicité que les organisateurs des Cent jours d’art contemporain de Montréal offrent aux artistes québécois qui participent à l’exposition présentée avenue du Parc.

En entrevue avec le journaliste Paul Toutant, il dénonce un certain colonialisme des médias envers les artistes d’ici.

« 95 % des artistes québécois vivent dans une espèce de ghetto culturel épouvantable. On entend parler des artistes étrangers, mais les artistes d’ici, non seulement on n’en parle pas à l’étranger, mais on n’en parle même pas ici. »

— Une citation de  Serge Lemoyne

En 1991, l’artiste imprime ses œuvres sur des t-shirts. Un geste qu’il fait pour dénoncer l’annulation d’une exposition itinérante qu’il devait transporter à travers le pays et pour donner la chance à quiconque possède 25 dollars de s’offrir un tableau.

Le 12 juillet 1998, Serge Lemoyne décède à l’âge de 57 ans, emporté par un cancer.

Téléjournal, 13 juillet 1998

Le lendemain au Téléjournal, le journaliste Paul Toutant revient sur le parcours de cet artiste contestataire qu’il qualifie de grand flyé magnifique.

La colorée et controversée maison d’Acton Vale

Quelques jours plus tard, le 18 juillet 1998, des amis et admirateurs du peintre se retrouvent à Acton Vale afin de lui rendre un dernier hommage. Le journaliste Daniel Carrière présente un reportage au Téléjournal.

Téléjournal, 18 juillet 1998

Même la maison d’enfance de Serge Lemoyne était controversée. Le peintre hérite de cette propriété de 21 pièces en 1978. Comme il n’a pas les moyens de la rénover, il entreprend une conversion artistique des lieux dont les murs deviennent pour lui un grand canevas.

La maison située en plein cœur du village d’Acton Vale en Montérégie occupera l’artiste durant 20 ans. Il en fera un lieu d’exposition et un perpétuel symposium, au grand désespoir des autorités municipales.

Le peintre se rendra jusqu’en cour supérieure pour garder sa maison qu’il qualifie d’œuvre d'art en progression, ce que reconnaîtra la Cour supérieure du Québec en 1993.

La maison sera finalement réduite en cendres par un incendie criminel en 2000.

En 2002, la municipalité d’Acton Vale inaugure la Place Serge-Lemoyne située à l’emplacement même de la maison de l’artiste. Le kiosque est créé par l’architecte David Leslie, l’artiste-peintre Margot Mérette et le designer architectural Guy LeBlanc.

Avec son toit triangulaire soutenu par des poutres peintes en bleu, en blanc et en rouge, le lieu hommage reprend des formes et des couleurs chères à cet artiste incontournable de l’histoire de l’art contemporain.

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