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Accès aux médecins de famille : la FMOQ pourfend l’approche de Québec

Le Dr Louis Godin répond aux questions des journalistes.

Le Dr Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec

Photo : Radio-Canada

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) dénonce vertement l’approche considérée par Québec pour mettre au pas les médecins de famille qui ne prennent pas en charge au moins 1000 patients.

Le premier ministre François Legault veut transmettre aux présidents-directeurs généraux des Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) une liste de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) qui leur permettrait d'identifier les médecins qui ne répondent pas à ce critère, en laissant planer la possibilité qu'ils soient pénalisés au besoin.

Québec a cette liste en main, mais ne sait pas encore s'il est légal de la transmettre aux PDG du réseau.

L’attitude du premier ministre, actuellement, c’est probablement la pire voie qu’on peut utiliser pour essayer d’améliorer l’accès aux médecins de famille, a rétorqué mercredi le président de la FMOQ, le Dr Louis Godin.

Tu ne juges pas du travail d’un médecin de famille par le simple nombre de patients qu’il a. C’est une situation qui est beaucoup plus complexe que ça. Tu peux avoir 500 patients, mais aussi travailler à l’urgence, hospitaliser des patients, faire des accouchements, a-t-il expliqué à Radio-Canada.

Je ne vous dis pas que [le problème évoqué] n’existe pas, mais il n’existe pas à l’ampleur que le premier ministre, le gouvernement, le décrit, a-t-il fait valoir.

« On ne comprend pas cette attitude. Et on a l’impression, alors qu’on est en pénurie, qu’on manque de médecins, qu’on est en train un peu de rejouer dans le même film que les infirmières, ou on leur a dit on va vous obliger [à travailler plus]. »

— Une citation de  Dr Louis Godin, président de la FMOQ

Ce n’est pas la question, on en tient compte, a répliqué en mêlée de presse le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé. Le gouvernement tient compte dans ses calculs des activités médicales connexes, a-t-il assuré.

Selon le Dr Godin, Québec ne tient pas compte de la situation des jeunes médecins, qui prennent du temps pour inscrire de nouveaux patients et qui sont obligés d’effectuer un minimum d’heures de travail dans des hôpitaux, ni des plus âgés, qui font le choix légitime de travailler moins.

Il laisse d’ailleurs planer la menace que ces derniers pourraient tout simplement accrocher leur stéthoscope. Le risque que tu as, c’est qu’ils arrêtent […]. On est encore dans une société qui permet ça, la liberté de choix. Ou ils vont arrêter de travailler ou ils prendront leur retraite. On ne le sait pas.

Selon le président de la FMOQ, l’atteinte du quota de 1000 patients est aussi un problème pour les médecins qui travaillent auprès de clientèles particulières – comme en santé mentale ou en toxicomanie – et ceux qui offrent des soins à domicile ou des soins palliatifs.

Louis Godin affirme que les médecins de famille ont collectivement inscrit un million de patients de plus avant la pandémie, mais que Québec n’a pas respecté les termes de l’entente qui avait été conclue avec l’ancien ministre libéral de la Santé, Gaétan Barrette.

Elle prévoyait notamment que les médecins de famille recevraient l’aide de plus de personnel, que la paperasse serait réduite, mais la situation n’a pas changé d’un iota, dénonce-t-il.

Le gouvernement montre de son côté les médecins de famille, qu'il accuse à son tour de ne pas avoir respecté l'accord.

Le contrat des médecins omni finit en 2023, a rappelé le ministre Dubé, ajoutant qu'ils avaient deux ans pour régler les problèmes d'accessibilité à un médecin de famille. Alors, il est tout à fait légitime de [la part de] notre gouvernement de dire : “oui, votre contrat finit en 2023, mais vous n'avez pas respecté l'entente. [...] Mais qu'est-ce qu'on fait avec un contrat quand on ne le respecte pas? On a le droit de le questionner. C’est ça qu’on fait aujourd'hui, a-t-il déclaré.

Près de 880 000 Québécois n'ont pas de médecin de famille à l'heure actuelle. Or, selon Québec, près de 4000 médecins de famille pourraient prendre plus de patients ou alors faire davantage de travail connexe, selon les termes du ministre Dubé.

Sur les 4000, il y en a 1500 qui ne font même pas 500 patients, a-t-il déploré. C'est 15 % de l'ensemble des quelques 10 000 médecins de famille que compte le Québec.

Legault persiste et signe

À l’Assemblée nationale, mercredi matin, le premier ministre François Legault n’en a pas moins maintenu sa position : les omnipraticiens doivent suivre 1000 patients, et ces derniers doivent pouvoir être traités sept jours par semaine, notamment le soir.

Il y a une minorité […] de médecins de famille qui ne prennent pas en charge suffisamment de patients. Il y en a même qui n’en prennent pas du tout. Il y en a même qui ont refusé d’être en GMF, a-t-il asséné en conférence de presse.

Selon lui, tous les gouvernements qui se sont succédé depuis 2002 ont négocié sans succès avec la FMOQ pour convaincre ses membres de prendre plus de patients. Mais tous ont fini par céder au lobby très puissant du syndicat des médecins de famille.

Ce qu’on souhaiterait, [...] c’est donner ces informations-là aux PDG des CISSS […] pour qu’ils puissent rencontrer les médecins de famille qui prennent moins de patients. Peut-être qu’ils ont de bonnes raisons. Peut-être que c’est parce qu’ils font plus d’hôpital, a-t-il expliqué.

Il peut y avoir des exceptions, a-t-il ajouté, évoquant la nécessité de faire preuve de compassion dans le cas d’une médecin qui est mère d’un enfant souffrant d’un handicap. Il a aussi convenu que Québec pourrait accepter des exceptions pour les médecins plus âgés, que Québec souhaite garder dans le réseau.

Mais le problème ne concerne pas que ces derniers, insiste le premier ministre du Québec. Il y a beaucoup de médecins, à Montréal entre autres, qui ne prennent pas en charge beaucoup de patients, qui aiment mieux faire du sans rendez-vous, ou trois jours de clinique, mais ça ne fonctionne pas, a-t-il martelé.

« Il y a des Québécois qui ne sont pas pris en charge, et on se retrouve, dans les urgences de nos hôpitaux, avec 50 % des patients qui ont des problèmes mineurs, des P4 ou P5 [les codes de priorité les plus bas, NDLR], qui auraient dû être traités en première ligne. »

— Une citation de  François Legault, premier ministre du Québec

Le premier ministre a déploré que la présidente du CISSS de Lanaudière, région où il est élu, ne dispose à l’heure actuelle d’aucune information utile sur le travail des médecins de famille, alors qu’elle est responsable de la santé des citoyens de toute la région.

Elle ne sait pas combien ils prennent de patients en charge. Elle ne sait pas combien d’heures ils font dans les hôpitaux de Lanaudière. Alors comment voulez-vous responsabiliser la présidente du CISSS de Lanaudière si elle n’est pas au courant [du travail] d’un groupe important dans son équipe, les médecins de famille?, a illustré François Legault.

Ce n’est pas le ministre de la Santé qui va commencer à appeler les milliers de médecins qui ne prennent pas en charge beaucoup de patients. Et si c’est nécessaire de déposer un projet de loi pour que ces données soient disponibles pour les PDG des CISSS et des CIUSSS, on va le faire, a-t-il réitéré.

« Il faut changer cette culture. Il faut que les médecins acceptent de prendre en charge, avec des collègues, avec des infirmières, sept jours sur sept, un nombre suffisant de patients. On travaille. Ce n’est pas facile, et, comme je l’ai dit, ma patience a atteint sa limite. »

— Une citation de  François Legault, premier ministre du Québec

Il y a une norme qui a été fixée : quand quelqu’un est malade, il devrait, à l’intérieur de 36 heures, être capable de voir son médecin de famille, a encore fait valoir François Legault.

Le gouvernement n’exclut pas qu’un futur projet de loi prévoie des pénalités pour les médecins de famille qui ne se conforment pas à la volonté du gouvernement, mais en s’assurant que ces derniers soient pénalisés individuellement.

Soulignant qu’il veut parvenir à ses fins le plus vite possible, mais sans fixer une date d’échéance, le premier ministre a rappelé qu’il préférerait conclure une entente négociée avec la FMOQ plutôt que d’être contraint de légiférer.

La voie de la négociation est la préférence du gouvernement, a renchéri le ministre Dubé. Si on ne s'entend pas, on passera à d'autre chose, a-t-il toutefois averti.

Interrogé sur la décision du gouvernement caquiste de ne pas imposer les pénalités prévues dans le contrat passé avec le gouvernement précédent, le ministre Dubé a dit vouloir donner une dernière chance au coureur.

Une approche autoritaire, dénoncent les partis d'opposition

En début de journée, les partis d’opposition ont tous accusé le premier ministre Legault de recourir à une méthode autoritaire peu susceptible, selon eux, de régler le problème d’accès aux omnipraticiens.

La méthode de François Legault pour régler les problèmes, c'est une méthode qui est bulldozer, a soutenu la cheffe libérale Dominique Anglade, évoquant au passage d’autres cas de figure que celui des médecins de famille.

Selon elle, le gouvernement se traîne les pieds depuis qu’il a promis un médecin de famille à tous les Québécois lors de la dernière campagne électorale. Il se réveille trois ans plus tard puis il dit : "Oups! la liste d'attente a doublé, il faut absolument qu'on fasse quelque chose pour régler le problème".

« Il dit : "tu sais, j'ai des noms". C'est menaçant. C'est le premier ministre du Québec. Oui, c'est inquiétant comme approche. […] Je ne pense pas que ça va faire en sorte que les gens vont se sentir rassurés par cette approche-là. »

— Une citation de  Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec

Interrogée sur la solution qu’elle préconiserait, Mme Anglade a évoqué une approche où les gens se sentent interpellés par le travail en préconisant qu'on implique tout le monde.

Le leader parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a pourfendu le recours à la liste noire brandie par le premier ministre, une manière superficielle de s'attaquer au problème de l'accès aux soins de santé au Québec, pourtant bien réel, selon lui.

« Il s'est vanté d'avoir obtenu la liste avec tous les méchants paresseux qu'il va discipliner avec le fouet que lui a légué Gaétan Barrette […]. On reconnaît ici le style caquiste dans sa plus pure expression, c'est-à-dire pointer du doigt, trouver des coupables, bref, faire beaucoup de communication, faire un "show de boucane" pour éviter de prendre ses responsabilités. »

— Une citation de  Gabriel Nadeau-Dubois, leader parlementaire de Québec solidaire

Selon lui, le gouvernement devrait plutôt préconiser une vision interdisciplinaire de la première ligne en santé et réactiver l'idéal qui était celui des CLSC à leur fondation, qui n'était pas basé sur des petites PME médicales, [mais] sur des cliniques communautaires de proximité décentralisées.

Son vis-à-vis au sein au Parti québécois, Joël Arseneau, croit aussi que le gouvernement utilise un moyen troublant pour trouver des solutions simplistes à un problème complexe.

Il croit, à l’instar de M. Nadeau-Dubois, que le gouvernement doit revoir le mode de rémunération des omnipraticiens et renforcer les soins de première ligne.

Moi, je pense qu'il y a là-dedans encore beaucoup, beaucoup d'improvisation de la part du gouvernement. Puis ça ne mène nulle part une confrontation avec les médecins, a-t-il fait valoir.

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