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Non vaccinés, des ressortissants étrangers craignent de rester bloqués au Canada

D’ici la fin de l’année, Ottawa interdira à tous les voyageurs, y compris les étudiants et les travailleurs étrangers, de quitter le Canada en avion s’ils ne sont pas adéquatement vaccinés. Une mesure draconienne et rarissime à travers le monde.

Un avion en train d'atterrir au coucher du soleil.

Il faudra bientôt être pleinement vacciné pour pouvoir prendre un avion en partance d'un aéroport canadien.

Photo : iStock

Assise sur les bancs de l’UQAM, Laurana Belorgane s’interroge. Pourra-t-elle terminer sa session universitaire montréalaise avant de retourner en France?

Mon échange se termine à la fin du mois de décembre. Mais je vais être bloquée pour rentrer, confie, anxieuse, cette étudiante française de 23 ans.

La source de son inquiétude? La décision du gouvernement fédéral, annoncée au début du mois, d’interdire à toutes les personnes non vaccinées de monter dans un avion au Canada. Même pour quitter le pays.

Dès la fin octobre, les voyageurs, qu’ils soient canadiens ou non, devront être adéquatement vaccinés. Pour les personnes qui ne sont pas pleinement vaccinées, une courte période de grâce, jusqu’au 30 novembre, sera accordée. Ces derniers devront présenter une preuve de test de dépistage moléculaire négatif, peut-on lire sur le site du gouvernement. (Nouvelle fenêtre)

Dans un échange de courriels, le bureau du ministre et Transports Canada nous ont précisé que les non-vaccinés pourront également bénéficier de cette mesure temporaire durant un mois.

Cette annonce a pris de court de nombreux travailleurs et étudiants étrangers non vaccinés, arrivés parfois récemment au Canada.

Je suis arrivée fin août. J’ai fait mes deux semaines de quarantaine. Qu’est-ce que je vais faire? Le 30 novembre, je n’aurais pas fini mes examens et il faut que je valide ma session, explique Laurana Belorgane, qui ne souhaite pas se faire vacciner pour des raisons personnelles.

« En arrivant au Canada, j’avais conscience que je ne pourrais pas faire certaines activités [sans être vaccinée]. Ça limitait mon expérience, mais j’avais décidé de l’assumer. Mais je ne pensais pas qu’on allait m’empêcher de rentrer chez moi. »

— Une citation de  Laurana Belorgane, étudiante française à l’UQAM

Cette décision politique est incompréhensible, lâche-t-elle. Comme Laurana Belorgane, plusieurs étudiants ou travailleurs étrangers temporaires ont écrit à Radio-Canada pour faire part de leur frustration.

Certains expatriés, principalement français, parfois établis depuis plusieurs années au Canada, jurent vouloir quitter à contrecœur leur pays d’accueil en raison de cette annonce fédérale. Quelques-uns disent avoir mis en vente leur maison et démissionné récemment de leur emploi.

D’autres accusent le gouvernement de vouloir les séquestrer ou les piéger au Canada, les privant de voir leur famille, par exemple, durant la période des Fêtes, sans savoir à quel moment cette mesure pourrait prendre fin.

Des exceptions toujours floues

Selon Transports Canada, des « exceptions minimes pour des cas très limités » seront autorisées, notamment pour des voyages d’urgence ou des contraintes médicales empêchant la vaccination. Mais malgré de nombreuses relances, le gouvernement fédéral n’a donné aucune indication supplémentaire à Radio-Canada. Ces détails seront divulgués « à la suite d’une consultation auprès des intervenants clés », nous a-t-on sobrement répondu.

Ottawa reste inflexible

Contacté par Radio-Canada, Transports Canada persiste et signe.

Les vaccins sont l’outil le plus efficace contre la COVID-19, soutient-on au cabinet du ministre des Transports.

« Nous exigeons la vaccination obligatoire des fonctionnaires fédéraux, des voyageurs et des employés des secteurs des transports sous réglementation fédérale. »

— Une citation de  Valérie Glazer, porte-parole du Bureau du ministre des Transports

Tout en appuyant la très bonne mesure d’Ottawa d’imposer la vaccination aux voyageurs, la députée du Bloc québécois Kristina Michaud déplore la lenteur du gouvernement fédéral à clarifier les règles.

C’est à l’image de la gestion du gouvernement libéral de la pandémie depuis le début. Ils annoncent des choses et c’est très long avant d’avoir les détails, indique-t-elle.

Justin Trudeau parle.

Justin Trudeau avait promis, dès cette année, d'imposer la vaccination obligatoire aux fonctionnaires fédéraux, mais aussi aux voyageurs.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Une mesure unique au monde?

Cette position, adoptée par le gouvernement, Trudeau semble d’ailleurs être l’une des plus dures au monde.

Si des gouvernements restreignent l’entrée sur leur territoire aux voyageurs pleinement vaccinés, un tel contrôle à la sortie des frontières paraît unique.

Consulté par Radio-Canada, le politologue Daniel Béland affirme qu’à sa connaissance, aucun autre pays occidental n’est allé dans cette voie empruntée par le Canada jusqu’à présent. Mais il n’exclut pas que d’autres pays emboîtent le pas.

« Est-ce que le Canada va faire école ou est-ce que le Canada va faire figure de cas isolé? Chose certaine, on sera en quelque sorte un laboratoire et je pense que les autres pays vont observer ce qui se passe ici. »

— Une citation de  Daniel Béland, directeur de l’Institut d’études canadiennes de McGill

En Europe, un voyageur non vacciné peut par exemple présenter un test de dépistage valide pour se déplacer. L’Australie, reconnue quant à elle pour avoir imposé des mesures très restrictives aux frontières, a empêché ses citoyens et ses résidents permanents de sortir de l’île, mais n’a jamais imposé une telle restriction aux résidents temporaires étrangers, vaccinés ou non.

Certaines compagnies aériennes, comme Air New Zealand en Nouvelle-Zélande, et Qantas en Australie, ont toutefois pris les devants et annoncé que, d’ici peu, tout voyageur désirant monter à bord d’un vol international devra être vacciné.

L’adhésion massive des Canadiens à la vaccination ainsi que la campagne fédérale électorale sont deux facteurs qui ont certainement accéléré la décision d’Ottawa, juge le directeur de l’Institut d’études canadiennes de McGill.

On innove, mais en innovant, on prend un risque. Ça pourrait avoir un effet pervers et certains vont se demander "mais pourquoi ne pas laisser partir les non-vaccinés?", ajoute Daniel Béland.

Les autorités étrangères prudentes

Plusieurs ressortissants étrangers ont d’ailleurs décidé de se tourner vers leurs ambassades afin de leur demander un appui diplomatique.

Présidente de l’Aide à l’intégration des nouveaux arrivants francophones (AINAF), Sandrine Lassalle assure avoir senti un vent de panique après l’annonce d’Ottawa.

Son organisation a relayé plusieurs dizaines de courriels de personnes non vaccinées aux autorités françaises et belges.

« Beaucoup d’expatriés ne comprennent pas comment ils peuvent entrer sur le territoire canadien en étant non vaccinés, mais pas en sortir. Ça ne leur semble pas très logique. »

— Une citation de  Sandrine Lassalle, présidente de l’AINAF

Si l’ambassade française au Canada reconnaît recevoir « beaucoup de messages de Français non vaccinés » et dit être en contact avec les autorités canadiennes, la France, à l’instar d’autres pays, reste prudente.

Le Canada va plus loin [que la France], mais chaque pays est souverain, juge Roland Lescure, le député des Français vivant en Amérique du Nord.

Roland Lescure marche à l'Élysée

Depuis 2017, Roland Lescure, ancien vice-président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, est le député des Français d'Amérique du Nord.

Photo : Getty Images / Ludovic Marin

Chacun a le droit de rentrer dans son pays, compte tenu des règles qui s’imposent aussi à tous dans le pays où ils sont, ajoute l’élu, qui est également porte-parole du parti d’Emmanuel Macron. Je leur dis [aux Français non vaccinés] : "Si vous voulez rentrer en France, faites-le avant le 30 octobre ou faites-vous vacciner".

« En décidant de vivre au Canada, ils doivent se conformer aux règles canadiennes. »

— Une citation de  Roland Lescure, député des Français en Amérique du Nord

De son côté, le Haut-Commissariat britannique tient un discours similaire. Le gouvernement du Royaume-Uni discute régulièrement des enjeux liés aux voyages et aux frontières avec ses homologues canadiens, nous a-t-on mentionné. Mais les règles régissant les entrées et les sorties du territoire canadien reviennent utilement au Canada.

L’ambassade allemande au Canada a quant à elle refusé de commenter ce dossier, qui relève des affaires internes canadiennes. Et le ministère des Affaires étrangères belge a préféré ne pas émettre de réaction officielle à ce sujet.

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