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La santé publique doute de l’existence de la maladie inconnue

La ministre de la Santé, Dorothy Shephard, lors d'un point de presse sur la maladie neurologique inconnue, le 27 octobre 2021.

La ministre de la Santé, Dorothy Shephard, lors d'un point de presse sur la maladie neurologique inconnue, mercredi après-midi.

Photo : Radio-Canada

« Je crois que la santé publique a de bonnes raisons de douter de l’existence d’une maladie neurologique inconnue », a affirmé la ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick, Dorothy Shephard. La santé publique affirme qu'aucun élément ne lui permet de croire, pour le moment, qu'une cause environnementale ou qu'une toxine dans un aliment a rendu les gens malades.

Je ne vais pas spéculer sur les conclusions de l’enquête en cours, mais je crois que nous nous approchons d’un dénouement, a dit la ministre lors du point de presse sur la maladie neurologique inconnue, mercredi après-midi.

Les résultats d'une première enquête épidémiologique sur les causes environnementales possibles de la maladie potentielle n'ont pas non plus permis d'identifier de lien révélateur entre les cas.

Toutefois, ce rapport indique qu'il est impossible de tirer des conclusions concernant un nouveau syndrome ou une nouvelle maladie.

Un examen clinique indépendant est en cours lors duquel des neurologues et d'autres experts révisent les cas des patients. Cet examen indépendant devrait être terminé au début de l'année prochaine. Un rapport sera ensuite rendu public.

La ministre de la Santé n'est pas la seule a avoir exprimé des doutes sur l'existence même de la maladie inconnue.

Le Dr Gerard Jansen, un neuropathologiste ontarien qui a réalisé des autopsies sur certaines personnes identifiées comme faisant partie de la grappe de cas connus, avance que ces patients ont reçu un diagnostic erroné et qu'ils souffraient d'autres maladies, comme la maladie d’Alzheimer, une maladie neurodégénérative ou un cancer.

Un mal mystérieux au N.-B.

En mars dernier, à la suite d'un reportage de Radio-Canada, la santé publique du Nouveau-Brunswick informe la population qu'elle surveille de près une grappe de patients qui semblent souffrir d'une maladie non identifiable.

La « maladie neurologique de source inconnue » touche une cinquantaine de personnes dans la Péninsule acadienne et la région de Moncton. Les patients présentent des symptômes semblables (démence, atrophie musculaire inexpliquée, hallucinations visuelles et changements comportementaux) et leurs cas ont presque tous été signalés par le Dr Alier Marrero, un neurologue de Moncton.

Neuf personnes identifiées comme étant potentiellement atteintes de cette maladie sont mortes depuis 2019.

Algue, fruit de mer, pesticide... Un coupable?

Le comité de révision épidémiologique – responsable de se pencher sur les causes environnementales ou les expositions à des aliments qui pourraient rendre les gens malades – a communiqué les résultats de son enquête mercredi.

L'équipe a demandé aux patients qui forment la grappe de cas, ou à leurs proches, de répondre à un questionnaire afin d'identifier des causes possibles. Seulement 34 des 48 cas connus ont répondu aux questions.

Le conseiller médical Arifur Rahman a affirmé que, en se basant sur les conclusions de l'enquête, il n’y a pas de comportements, d’aliments ou d’expositions environnementales qui peuvent être identifiés comme un facteur de risque pour une nouvelle maladie.

Certains patients ont affirmé avoir – au cours des deux années précédant l'apparition de symptômes – consommé des aliments comme du homard, des baies, des pétoncles, des crevettes ou de la viande d'orignal.

Mais pour le comité, cela ne permet pas de tirer de conclusion.

Si une exposition à un aliment particulier comme le homard ou les bleuets était en cause, il y aurait eu des gens avec des symptômes similaires dans d’autres parties de la province, dans les autres provinces ou dans le Maine, où tous ces aliments sont communs, mais ce n’est pas le cas, a dit Arifur Rahman.

Selon le rapport, le lieu d'exposition potentielle que la plupart des patients avaient en commun était une proximité avec l'océan.

Huit des 34 patients disent qu'ils pourraient avoir été en contact avec des éclosions d'algues toxiques, 25 disent avoir été à des environnements industriels comme des usines et 12 disent avoir été en contact avec des pesticides ou des herbicides par exemple parce qu'ils habitent près d'une ferme.

Plus de la moitié des participants disent aussi avoir passé du temps à jardiner ou à travailler dans une ferme au cours des deux années précédant l'apparition de symptômes.

Plus tôt cette année, le Dr Alier Marrero avait dit qu'il soupçonnait qu'une toxine environnementale pouvait être responsable de l'état de ses patients.

Ces observations n'ont pas été validées par le comité de surveillance, peut-on lire dans le rapport.

Les avis de deux médecins nécessaires

La province a resserré mardi les critères qui permettent à un patient d'être considéré comme faisant partie de la grappe de cas. Dorénavant, l’identification de nouveaux cas devra être approuvée par deux médecins spécialistes.

Dans le cadre de l’enquête, nous avons découvert des lacunes dans les processus de signalement. Cela a permis à certaines situations de prendre de l’ampleur, souvent sans surveillance, a affirmé la ministre Dorothy Shephard lors du point de presse.

Le conseiller médical Arifur Rahman a précisé que les malades habitent dans des endroits où a travaillé le Dr Alier Marrero (22 dans la région de Moncton, 18 dans la région de Bathurst-Péninsule acadienne, 2 dans la région de Saint-Jean et 1 dans la région de Miramichi).

On note que ces régions correspondent aux régions où a travaillé le neurologue, dit-il. Un appel a été fait aux neurologues et aux médecins d’ailleurs au pays afin qu’ils nous signalent leurs patients qui auraient des symptômes semblables à ceux des patients dans la grappe de cas. Aucun cas n’a été signalé.

Le Dr Marrero se défend

Le Dr Alier Marrero maintient sa version des faits. Ce n'est pas une théorie que j'ai inventée, a-t-il dit, à la suite du point de presse de la ministre de la Santé.

Il s'est toutefois dit surpris d'apprendre les conclusions du rapport de la santé publique, auquel il n'a pas participé.

Je n'ai pas été consulté sur le résumé des cas qui a été envoyé, ça m'a surpris car on travaille en étroite collaboration avec le système de surveillance national et la santé publique du Canada, affirme le Dr Alier Marrero.

Il s'est aussi dit surpris des résultats des autopsies faites sur certains de ses patients, dévoilés mardi, qui indiquent qu'ils ont reçu un diagnostic erroné.

Avec des informations de Nicolas Steinbach.

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