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Une exposition pour comprendre la vie des Acadiens avant la déportation

Une vitrine contenant de la porcelaine.

Des artefacts permettent d'en savoir plus sur le niveau de vie de certains Acadiens avant la déportation.

Photo : Radio-Canada / Laurent Rigaux

L'exposition « Fouiller dans le passé : Des découvertes archéologiques à l’Île-du-Prince-Édouard » est visible au Musée acadien jusqu'à fin février 2022. Initialement prévue dans le cadre du 300e anniversaire de la présence française à l'Île, elle s'intéresse à quatre sites de fouilles, qui témoignent de la vie des Acadiens et des Mi'kmaq au 18e siècle.

En 2014 déjà, une exposition mettait à l'honneur les découvertes archéologiques faites sur le site de Pointe-aux-Vieux, où se dressait avant la déportation un village acadien. Situé dans l'est de l'Île, près de Tyne Valley, le lieu s'appelle aujourd'hui Low Point.

Noëlla Richard, directrice du Musée acadien de l'Île-du-Prince-Édouard.

Noëlla Richard, directrice du Musée acadien de l'Île-du-Prince-Édouard.

Photo : Radio-Canada / Laurent Rigaux

La nouvelle exposition du Musée acadien élargit le regard sur le passé. Elle s'intéresse encore à Pointe-aux-Vieux. S'y ajoutent les découvertes faites à Havre-Saint-Pierre, le premier centre de commerce de la province (l'actuel Saint-Peters), à Nikani-ika'taqank et Pitaweikek, deux camps mi'kmaw situés autour de la baie de Malpèque.

Des perles allemandes à l'Île

Le travail archéologique constitue le fil conducteur de l'exposition. Dans la première partie de l'exposition, ça parle vraiment du métier d'archéologue, explique Noëlla Richard, la directrice du musée. C'est vraiment fascinant et parce que dans notre tête on a Indiana Jones, mais il y a vraiment beaucoup de recherches qui se font avant ou après les fouilles, poursuit-elle.

Ces recherches ultérieures ont permis de faire des découvertes majeures concernant des objets qui avaient été exposés en 2014. On a découvert par la suite qu'ils avaient une importance internationale!, s'enthousiasme Noëlla Richard.

Une vitrine contenant des artefacts..

Les objets trouvés lors des fouilles nous renseignent sur la vie quotidienne des Acadiens au 18e siècle, et sur les objets qu'ils avaient apportés de France.

Photo : Radio-Canada / Laurent Rigaux

La directrice fait référence à une série de perles noires, avec des motifs jaunes, qui étaient certainement échangées par les Acadiens avec les Mi'kmaq. Elles ne sont pas en verre, comme on le pensait précédemment. Selon les plus récentes découvertes, le matériau utilisé serait du proterobas, une roche magmatique verte que l'on trouve de l'autre côté de l'Atlantique, en Allemagne, plus précisément en Bavière. Là-bas, dans la région boisée appelée Fichtelgebirge, la production de perles est attestée dès le 12e ou 13e siècle.

L'ancien village acadien est effectivement le premier site en Amérique du Nord où l'on découvre des perles du Fichtelgebirge.

« Ça, c'est une grosse découverte. Pourquoi cette roche-là s'est ramassée à Pointe aux Vieux? »

— Une citation de  Noëlla Richard, directrice du Musée acadien

Une étude (Nouvelle fenêtre), coécrite notamment par l'archéologue provinciale de l'Île, Helen Kristmanson, et sa collègue Erin Montgomery, s'intéresse à ces perles et à leur rôle dans la vie des Acadiens. Dans l'ensemble, l'assemblage d'artefacts du site de la Pointe aux Vieux témoigne d'une vie assez confortable où les Acadiens étaient bien adaptés à leur environnement et connectés à une économie internationale, indique le document.

L'exposition fait aussi la part belle aux ustensiles utilisés par les Acadiens à l'époque, que ce soit pour travailler ou cuisiner, ce qui nous éclaire sur leur vie quotidienne et sur leur richesse financière.

Des Acadiens aisés

On a peut-être un stéréotype des pauvres Acadiens, mais on voit qu'ils étaient quand même assez bien. Quand on déterre ces objets-là, on voit qu'ils n'étaient pas si pauvres que ça, qu'ils avaient apporté beaucoup de choses avec eux d'Europe, détaille la directrice du musée.

Un bol.

La vaisselle utilisée par les Acadiens de l'époque montre une certaine aisance.

Photo : CBC/Jessica Doria-Brown

Ceci est particulièrement notable sur le site de Havre Saint Pierre, avec la présence d'éclats de porcelaine de Chine dans les vestiges découverts. Ces preuves archéologiques démontrent la présence d'une élite sociale aisée dans la colonie acadienne, capable d'acheter ces pièces, qui étaient fabriquées en Chine intérieure et exportées par l'une des compagnies des Indes orientales via le port de Guangzhou.

Dans la série des trésors archéologiques découverts à Pointe-aux-vieux se trouve aussi un reliquaire, l'un des objets les plus fragiles et rares de l'exposition, selon les panneaux explicatifs. Réalisé en alliage de cuivre, il contient un cercle de papier ou de textile avec une mention manuscrite. Il n'est pas encore visible à Miscouche, devant être nettoyé et préparé à Ottawa, en vue de son exposition.

Les deux salles du Musée acadien regorgent en outre de photographies des fouilles sur les quatre sites, et d'éléments interactifs qui permettent de se mettre dans la peau des scientifiques.

Des objets et un microscope électronique.

Des outils interactifs permettent de se mettre dans la peau d'un archéologue ou d'observer de plus près les objets découverts.

Photo : Radio-Canada / Laurent Rigaux

L'exposition s'attarde enfin sur les effets de l'érosion côtière et sur la course contre la montre entreprise par les archéologues pour fouiller les sites avant qu'ils ne disparaissent. Ces découvertes sont en effet essentielles à notre compréhension de la vie des Acadiens avant la déportation, peu d'objets ou d'écrits ayant traversé les siècles jusqu'à nos jours.

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