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La vaccination obligatoire des députés cause des divisions chez les conservateurs

Erin O’Toole n’a toujours pas dit ce qu’il adviendra de ses députés non vaccinés contre la COVID-19, mais plusieurs élus le pressent de clarifier sa position à ce sujet.

Erin O'Toole sort de sa voiture.

Certains députés conservateurs critiquent leur chef, Erin O’Toole, de ne pas avoir de position claire à propos de la vaccination des élus.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Le chef du Parti conservateur du Canada devrait être confronté, encore une fois, à une réunion tendue ce matin à Ottawa avec les membres de son caucus. Après des discussions difficiles, il y a trois semaines, en lien avec la défaite électorale, c’est maintenant la question de la vaccination obligatoire qui risque de provoquer des débats animés.

Les députés conservateurs sont loin d’être d’accord sur la procédure que leur parti doit adopter à l'égard des élus non vaccinés.

Erin O’Toole doit se tenir debout et s’opposer à la vaccination obligatoire, comme il l’a fait durant l’élection, plaide un élu conservateur qui préfère s’exprimer sous le couvert de l’anonymat. Comme plusieurs de ses collègues, il se sent plus libre de parler de façon confidentielle. Pourquoi est-ce que des tests rapides avant d’entrer au Parlement ne sont pas suffisants? demande-t-il.

Ce député croit d’ailleurs que son statut vaccinal, qu’il n’a pas voulu nous révéler, ne regarde que lui, sa famille et son médecin.

Erin O’Toole n’a jamais précisé combien de membres de son caucus étaient non vaccinés, même s’il a été interrogé à maintes reprises sur ce sujet durant la campagne. Dans le dernier décompte réalisé par La Presse canadienne, 79 des 119 élus conservateurs avaient confirmé qu’ils avaient reçu deux doses d'un vaccin contre la COVID-19. Certains députés n’avaient pas répondu à la demande des journalistes.

Je ne vois pas le problème à dévoiler notre statut vaccinal, lance au contraire un député albertain doublement vacciné. En tant qu’élu au Parlement, ajoute-t-il, il y a plein de détails confidentiels qu’on doit fournir, comme de l’information financière sur notre hypothèque au commissaire à l’éthique. Il s’interroge : Quelle est la différence fondamentale entre ces deux informations? Dans les deux cas, c’est très personnel.

Si certains conservateurs pensent qu’un Parlement en mode virtuel est inévitable pour les quelques députés non vaccinés, d’autres croient que le chef doit faire preuve de fermeté : On ne peut rien faire pour les députés non vaccinés, lance un élu conservateur québécois. On ne va pas rester dans un cul-de-sac à cause de quelques irréductibles qui refusent le vaccin.

Que va faire Erin O’Toole?

Erin O'Toole répond à des questions de journalistes.

Le chef conservateur questionné par des journalistes

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Techniquement, la décision de laisser entrer ou non les élus non vaccinés au Parlement n’est pas entre les mains du chef Erin O’Toole.

La semaine dernière, le Bureau de régie interne (BRI) – l’organe de gestion de la Chambre des Communes – a tranché : pour siéger au Parlement, les députés devront être doublement vaccinés.

Fait intéressant à noter : les quatre principaux partis sont représentés au Bureau et deux conservateurs, Gérard Deltell et Blake Richards, en sont membres. Habituellement, le BRI fonctionne par consensus dans sa prise de décision.

En entrevue à Radio-Canada, Gérard Deltell n’a pas voulu préciser si cela avait été le cas cette fois-ci, rappelant que les discussions au Bureau se tenaient à huis clos et qu’on ne pouvait pas en faire état sur la place publique.

Quand on lui demande, toutefois, s’il est d’accord avec une immunisation obligatoire pour les députés, M. Deltell dit simplement : Je ne cesse de répéter qu’il faut être vacciné.

Gérard Deltell se tient debout au Parlement.

Le député conservateur de Louis-Saint-Laurent, Gérard Deltell, à la Chambre des Communes à Ottawa, lors de la dernière session parlementaire

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Au-delà de la décision du BRI, Erin O’Toole pourrait être pressé de répondre à plusieurs questions :

  • Comment va-t-il réagir si un de ses députés dépose une motion pour qu’il y ait un vote au Parlement sur la vaccination obligatoire des élus? Comment voterait-il?
  • Pourrait-il se montrer favorable à un parlement hybride, contrairement à ce qu’il a dit depuis des mois?
  • Accepterait-il que certains de ses députés ne se déplacent jamais en personne à Ottawa parce qu'ils ne sont pas vaccinés? Pourrait-il leur donner une place dans son cabinet fantôme?
  • Et, ultimement, que pense-t-il de la décision du Bureau de régie interne?

Quand nous avons tenté d’obtenir des réponses au bureau du chef, l’attaché Axel Rioux nous a référé à une déclaration faite par le whip Blake Richards la semaine dernière : Nous encourageons tout le monde à se faire vacciner, avait-il écrit, mais nous n’acceptons pas que sept députés, réunis en secret, décident lesquels des 338 députés [...] puissent entrer à la Chambre des communes pour représenter leurs électeurs.

Toujours la semaine dernière, Erin O’Toole a d’abord dit en entrevue qu’il allait respecter la décision du BRI, avant que son porte-parole écrive, dans un communiqué, que cette dernière enfreignait les droits des députés.

Notre chef dit une chose et son contraire

Erin O'Toole écoute une question des journalistes, lors d'un point de presse à Ottawa. À l'avant-plan, se trouvent des drapeaux canadiens.

Le chef conservateur Erin O’Toole, lors de la dernière rencontre du caucus à Ottawa, le 5 octobre

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Certains députés conservateurs n’ont pas apprécié ce qu’ils perçoivent comme une autre volte-face de la part d’Erin O’Toole.

J’ai du mal à le suivre avec tous ces changements de position, lance un élu mécontent en entrevue téléphonique.

Un député albertain dresse d’ailleurs un parallèle avec le discours contradictoire qu’avait tenu M. O’Toole sur les armes à feu durant la campagne électorale, quand il avait promis de maintenir l’interdiction sur les fusils d'assaut de type militaire, après s’être engagé à la renverser.

Quand il fait volte-face comme ça, c’est difficile pour nous ensuite d’aller vers nos électeurs et de leur expliquer quel est le plan réel de notre parti.

D’après lui, la position de M. O’Toole sur la vaccination n’est toujours pas claire.

Plusieurs députés à qui nous avons parlé espèrent toutefois qu’au terme de la rencontre de mercredi, le caucus sera capable de s’entendre sur une résolution commune sur la vaccination.

Les propos de Leslyn Lewis font réagir

La députée Leslyn Lewis met son masque sur ses oreilles, alors qu'elle sort de la rencontre du caucus conservateur.

La députée Leslyn Lewis, lors de la dernière rencontre du caucus conservateur à Ottawa, le 5 octobre

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Il n’y a pas que les commentaires d’Erin O’Toole qui provoquent des réactions parmi les membres du caucus.

La position prise par Leslyn Lewis, ancienne candidate à la chefferie issue de la droite religieuse et maintenant députée conservatrice de Haldimand–Norfolk, en Ontario, a suscité frustration et déception parmi plusieurs membres québécois du caucus.

Sur Twitter, Mme Lewis écrivait, au sujet des doses de Pfizer qui seront administrées aux jeunes de moins de 12 ans, que jamais dans le passé des enfants canadiens n’avaient été utilisés comme boucliers pour les adultes.

Elle expliquait aussi que des parents se questionnaient parce qu’il n’y avait pas de données à long terme sur la vaccination chez les enfants et un faible risque de mort.

Elle n’est pas capable de tenir sa langue et de comprendre le travail d’équipe, lance un député québécois en entrevue téléphonique. C’est le genre de commentaires que personne n’aurait fait quand Stephen Harper était chef.

Un autre élu francophone, qui n’a pas apprécié la sortie de Leslyn Lewis sur les médias sociaux, y va d’un peu sagesse : Il faut se parler. Le problème, en ce moment, c’est qu’on est chacun de notre bord.

Les discussions de ce matin au caucus conservateur pourraient être animées.

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