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La prison de Québec sous haute tension

L'Établissement de détention de Québec, aussi connu sous le nom de prison d'Orsainville

L'Établissement de détention de Québec, aussi connu sous le nom de prison d'Orsainville. (archives)

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

L’Établissement de détention de Québec est aux prises avec un sérieux manque de personnel. Sur les 392 postes d’agents de services correctionnels, 63 (soit 16 %) sont actuellement vacants. Résultat : des heures supplémentaires à n’en plus finir, des frictions, puis des démissions.

Psychologiquement, je n’étais plus capable, explique Sonia Grégoire. La femme de 55 ans, ex-agente des services correctionnels à l’Établissement de détention de Québec, a choisi d'avancer sa retraite en juin dernier, après 21 ans de services.

Tu vois, j'ai encore de la peine, mais je ne pouvais plus [de rester], confie-t-elle en larmes lors d’une entrevue avec Radio-Canada. Ils me diraient :"Sonia, on te prend demain matin à 500 $ de l'heure", je n'irais même pas.

Plusieurs choses l’ont poussée vers la sortie : l’impression d’être un numéro, le sentiment de ne pas être appuyée par sa direction, mais surtout les appels fréquents à prolonger ses journées en raison du manque de personnel.

« Je n'ai plus 20 ans, j'en ai 55! J'aurais peut-être pu avoir encore cinq belles années [au travail], mais je ne les ai pas eues. »

— Une citation de  Sonia Grégoire, ex-agente des services correctionnels à l'Établissement de détention de Québec
Une femme avec son badge d'agente des services correctionnels.

Sonia Grégoire, 55 ans, a pris sa retraite de manière anticipée à l'Établissement de détention de Québec.

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Son collègue Pierre Savard a aussi pris sa retraite de manière anticipée, cette année. Selon lui, les heures supplémentaires sont devenues de plus en plus nombreuses au cours des deux ou trois dernières années chez les agents des services correctionnels.

Ce qui se passe à la prison, là, c'est exactement ce qui se passe au niveau des infirmières, illustre l’homme de 63 ans. La pandémie de COVID-19 a aussi empiré les choses, ajoute-t-il. Ç'a mis des gens hors circuit pour une période de temps.

58 000 heures supplémentaires

D’après le Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec (SAPSCQ), ses membres ont fait pas moins de 58 000 heures supplémentaires uniquement à la prison de Québec, cette année.

Le président du SAPSCQ, Mathieu Lavoie, précise que ce problème n’est pas propre à Québec. Les établissements de Roberval et de Trois-Rivières, par exemple, ont aussi récemment fait la manchette, parce que la convention collective des agents correctionnels est échue depuis mars 2020.

À l’échelle provinciale, pas moins de 398 postes d’agents sont vacants sur un total de 3042, soit 13 %, selon le ministère de la Sécurité publique (MSP). Mathieu Lavoie n’hésite pas à parler d’une hémorragie.

« On en a peut-être pour pas loin de trois ans [...] pour réussir à rattraper ces retards-là. »

— Une citation de  Mathieu Lavoie, président national du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec
Mathieu Lavoie, président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec.

Mathieu Lavoie, président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec

Photo : SAPSCQ

Démissions

En plus des difficultés de recrutement et des retraites anticipées, les démissions chez les agents expérimentés sont de plus en plus fréquentes ces dernières années, selon M. Lavoie.

On a des gens qui démissionnent, qui ont 10 ans, 12 ans, des fois 15 ans d'ancienneté et qui décident de quitter vers les corps policiers, vers d'autres corps d'agents de la paix et vers le service correctionnel fédéral également.

Par courriel, le MSP affirme que la pandémie a accentué la problématique du manque de main-d'œuvre en raison de l’interruption de la formation des futurs agents de services correctionnels lors du premier confinement.

Notons que plusieurs activités ont été suspendues ou réduites [dans les établissements de détention], ce qui a permis de revoir en partie l’organisation du travail, explique Louise Quintin, relationniste au MSP.

Du prêt de personnel entre établissements a aussi été fait, ajoute Mme Quintin, et des agents ont été embauchés avec un statut occasionnel en attendant de recevoir leur formation initiale à l’École nationale de police du Québec.

Climat tendu

La SAPSCQ affirme néanmoins qu’au-delà de la pénurie d’agents de services correctionnels, l’Établissement de détention de Québec se distingue des autres prisons provinciales par son climat de travail difficile depuis de nombreuses années.

Des chemises d'agents correctionnels suspendues.

Les agents des services correctionnels de l'établissement de Québec ont récemment suspendu leurs habits devant un bureau de la direction en guise de protestation.

Photo : Gracieuseté

Des propos qui font écho à ceux de Pierre Savard et Sonia Grégoire, qui sont à même de comparer avec d'autres prisons dans lesquelles ils ont travaillé par le passé. Selon eux, les agents de Québec craignent d’intervenir auprès des détenus, par peur d’être ensuite réprimandés par leur direction.

Ils ne prennent pas notre parole; ils prennent la parole des détenus, résume Mme Grégoire en référence aux plaintes qui sont parfois déposées par les personnes incarcérées lorsqu’un agent correctionnel emploie la force.

Le président du SAPSCQ soutient que les dirigeants des prisons provinciales, souvent, n’ont pas travaillé comme agent de services correctionnels et, de ce fait, comprennent parfois mal la réalité du terrain.

Des fois, c'est des réalités où il y a eu des menaces, il y a eu des agressions sur des agents, il y a eu des interventions parce que les personnes incarcérées menaçaient les agents ou du personnel, indique-t-il.

« De ce côté-là, on sent peu de soutien de la part de la gestion à Québec. »

— Une citation de  Mathieu Lavoie, président national du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec

Au moment d’écrire ces lignes, la direction de l’Établissement de détention de Québec n’avait pas encore donné suite à la demande d’entrevue de Radio-Canada.

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