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CHSLD Herron : où était le personnel du CIUSSS?

Un homme et une femme tiennent des pancartes près de la résidence.

« 31 morts en 3 semaines », « Honte », peut-on lire sur ces pancartes brandies par un homme et une femme devant le CHSLD Herron (archives).

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

La haute direction du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal a rejeté mardi toute responsabilité dans l’hécatombe qui est survenue au CHSLD Herron, où 47 personnes sont mortes pendant la première vague de la pandémie.

Interrogée au palais de justice de Longueuil, la présidente-directrice générale, Lynne McVey, a affirmé que le virus était responsable. C'est le virus le plus sournois auquel j'ai dû faire face, a-t-elle témoigné dans le cadre de l’enquête publique sur la résidence privée de personnes âgées de Dorval.

Lynne McVey a été rappelée à la barre des témoins, après un premier témoignage au début de septembre. La coroner Géhane Kamel estimait qu’il y avait des zones d’ombre dans la chronologie des événements, ce qui nécessitait deux jours additionnels d’audiences.

La coroner Géhane Kamel et les avocats des partis ont abondamment questionné d’abord Najia Hachimi-Idrissi, présidente-directrice générale adjointe du CIUSSS, puis Mme McVey en après-midi, pour essayer de comprendre les causes et les circonstances des décès.

Comment se fait-il que des résidents du CHSLD Herron continuaient à mourir plusieurs jours après la prise en charge du CIUSSS, le 29 mars 2020? Pourquoi le CIUSSS n’a-t-il pas appelé plus de personnel en renfort?

En guise de réponse, Mme Hachimi-Idrissi a affirmé ne pas avoir de levier pour déplacer les ressources entre les hôpitaux et les CHSLD, notamment pour des raisons syndicales. Au départ, on fonctionnait avec du volontariat, s’est défendue la PDG adjointe, qui témoignait pour la première fois mardi.

On a essayé toutes les possibilités pour aller chercher le personnel pour combler nos besoins, a-t-elle affirmé.

Un appel à la police en pleine nuit

Il a par ailleurs été question d’un appel à la police de la part de Lynne McVey, dans la nuit du 10 au 11 avril. Elle venait de constater que le nombre de morts à la résidence depuis le 13 mars était de 31, et non de 13 comme déclaré au CIUSSS par la résidence.

La coroner Kamel a paru surprise que le CIUSSS, qui était à Herron depuis presque deux semaines, ne s’en était pas rendu compte avant. Ce qui est choquant pour nous, c'est que des gens mouraient jour après jour, et personne n'a pensé consigner ces décès avant le 10 avril. Si j'étais une famille, je serais révoltée, a-t-elle affirmé.

La coroner s’est en outre interrogée sur le moment choisi pour faire cet appel à la police, quelques heures après la publication du reportage de la Gazette, qui y détaillait les piètres conditions des résidents à Herron.

Estimant qu’un appel au 911 n’est pas un crime, Mme McVey a justifié cette décision par le fait qu’elle jugeait la situation préoccupante après la réception de nombreux rapports d’experts, notamment celui de la pharmacienne. Cette dernière avait trouvé des médicaments périmés dans les tiroirs.

La PDG et la PDG adjointe du CIUSSS ont toutes deux affirmé que leurs employés n’avaient pas accès à la liste des patients ni même aux dossiers médicaux. Une information contredite par d'autres témoins, notamment la direction de la résidence.

Mode collaboration

Tout au long de leur témoignage, Lynne McVey et Najia Hachimi-Idrissi ont insisté sur le fait que le CIUSSS était en mode collaboration avec la direction de la résidence privée.

Le 30 mars, Mme McVey envoie une lettre à la propriétaire des lieux, Samantha Chowieri, pour lui annoncer que la gestion de Herron est confiée à une employée du CIUSSS, Brigitte Auger.

Moi, je suis la propriétaire, je reçois une lettre comme ça, et je n'ai pas l'impression que j'ai l'espace pour collaborer, a commenté la coroner.

Cette dernière a semblé par ailleurs irritée par le fait que les deux partis, autant la direction de la résidence que le CIUSSS, se rejettent la responsabilité l'un sur l'autre. Vous étiez responsable de ces personnes âgées. Je veux vous entendre dire : "Oui, on l'a échappé".

Ces deux témoignages marquent la fin des audiences de l'enquête publique visant à faire la lumière sur les événements survenus au CHSLD Herron.

Au terme des témoignages, la coroner Kamel a tenu à remercier les familles, son équipe et les témoins. Ce qu'elle a entendu au cours des dernières semaines dépasse ce qui est humainement possible, a-t-elle souligné.

Un volet national aux audiences est également prévu. La coroner espère avoir terminé son enquête au début du mois de décembre.

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