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Appel à l’aide des collaborateurs afghans de l’Armée canadienne

Un homme derrière un écran flou.

Un ancien collaborateur afghan de l'Armée canadienne témoigne anonymement pour Radio-Canada.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

D’anciens interprètes et collaborateurs afghans de l’Armée canadienne lancent un appel à l’aide afin de pouvoir quitter leur pays. Ils interpellent les ministères de l’Immigration et des Affaires étrangères ainsi que plusieurs journalistes.

Ces Afghans se sentent aujourd’hui abandonnés. Ils sont une dizaine de milliers qui n'ont pas pu quitter le pays pendant les opérations chaotiques d’évacuation au mois d’août dernier.

Ce sont des entrepreneurs, des interprètes, mais aussi des personnes vulnérables et leur famille.

La plupart d’entre eux ont fourni un dossier d’immigration, mais ils attendent toujours une réponse.

Depuis le mois d’août, le gouvernement canadien affirme que ces Afghans ne seront pas abandonnés, mais au regard de la situation sur place, il n’est pas possible de les évacuer.

Ottawa invite ces demandeurs d’asile à se rendre à la frontière pakistanaise pour que leur dossier soit traité par les services consulaires canadiens au Pakistan.

Cependant, cette démarche est périlleuse. Dans le cas où ils sont contrôlés par les talibans au cours de leur périple, ils s’exposent à un risque certain, car les documents qu’ils détiennent sont la preuve manifeste qu’ils ont collaboré avec l’Armée canadienne. Une preuve qu’ils sont des traîtres aux yeux des talibans.

Plusieurs de ces anciens collaborateurs de l’Armée canadienne dénoncent les lourdeurs administratives auxquelles ils font face.

Certains d’entre eux ont témoigné pour Radio-Canada à visage masqué pour protéger leur identité.

Monsieur le Premier Ministre Justin Trudeau, ne laissez pas derrière ceux qui ont servi votre armée dans des conditions difficiles, dit l’un d’entre eux.

« Chaque fois qu’on envoie un courriel, notre vie en dépend. Mais on nous répond 15 jours plus tard. C’est trop long. »

— Une citation de  source afghane anonyme

Je suis en colère face à l’indifférence d’Immigration Canada, je suis en colère face à l’indifférence du gouvernement du Canada, s’indigne un troisième.

La situation des anciens collaborateurs de l’Armée canadienne est encore plus difficile qu’auparavant.

Jusqu’à tout récemment, ils bénéficiaient du soutien d’un réseau d’anciens soldats canadiens qui leur ont apporté de l’aide.

Ayant quitté Kandahar, où ils étaient connus, ces anciens collaborateurs ont trouvé refuge à Kaboul, où les anciens soldats canadiens ont réussi à leur procurer des logements sécurisés. Mais au fil du temps, la facture est devenue lourde, le réseau n’avait plus les moyens de les aider durablement.

Ces anciens collaborateurs se sont retrouvés livrés à eux-mêmes. Ils ont été obligés de publier une liste d’environ 1800 personnes qui ont besoin d’une aide immédiate.

Ottawa modifie les critères

Les critères du programme spécial pour les réfugiés vulnérables ont été modifiés par le gouvernement canadien sans annonce sur le site web dédié.

Ainsi, seuls les Afghans qui ont réussi à quitter leur pays sont désormais admissibles à ce programme, selon les nouveaux critères.

Auparavant, les critères en ligne du programme humanitaire spécial incluaient les Afghans qui se trouvent en Afghanistan ou à l'extérieur de l'Afghanistan, mais ils ont été modifiés ce mois-ci pour ne s'appliquer qu'à ceux en dehors de l'Afghanistan.

Ce programme est l'un des deux mis en place pour aider à faire venir 40 000 réfugiés afghans au Canada et est destiné aux groupes vulnérables, notamment les femmes leaders, les minorités religieuses ou ethniques persécutées, les personnes LGBTQ et les journalistes.

Les critères sur le site web de l'autre programme, qui s'adresse aux interprètes et aux autres personnes qui ont aidé le Canada au cours de sa mission militaire ainsi qu'au personnel de l'ambassade, semblent toujours permettre à ceux qui se trouvent en Afghanistan de postuler.

Lorsque le gouvernement a annoncé pour la première fois le programme humanitaire spécial en août, il a déclaré qu'il s'appliquerait à ceux qui se trouvaient en dehors de l'Afghanistan, mais il a finalement inclus ceux coincés à l'intérieur du pays.

Le gouvernement a déclaré lundi que la modification du site web était une communication plutôt qu'un changement de politique.

Secret

Selon Stephen Watt de Northern Lights Canada, une organisation pour les réfugiés, le plan du gouvernement visant à faire venir 40 000 Afghans au Canada était enveloppé de secret depuis son annonce.

Il n'y a toujours pas de moyen clair de postuler au programme, ou de découvrir qui il accepte ou comment il fonctionne, a-t-il déclaré.

« C'est une question de vie ou de mort pour de nombreuses personnes à qui nous parlons en Afghanistan. »

— Une citation de  Stephen Watt, de Northern Lights Canada

Notre gouvernement, poursuit M. Watt, doit dévoiler ses plans pour ces personnes très vulnérables qu'il a promis d'aider avant les élections et fournir une voie claire pour cette aide. Ce n'est pas le moment de faire des promesses creuses et des processus secrets.

Un risque énorme

De son côté, Wendy Noury Long, directrice de l'association des interprètes afghans, a déclaré qu'elle craignait que le changement, effectué à la mi-octobre, ne pousse des Afghans désespérés à faire des efforts extrêmes pour quitter le pays afin de se qualifier.

Les gens vont se demander comment je peux sortir. Est-ce que je contacte des passeurs? Des pays renvoient activement des personnes vers l'Afghanistan, a-t-elle déclaré.

Il s'agit d'un changement de politique. C'est l'explication de votre admissibilité. Vous prenez un risque énorme en essayant de vous rendre dans un autre pays et vous pourriez vous retrouver expulsé vers l'Afghanistan.

Ceux qui remplissent les critères doivent s'inscrire pour obtenir le statut de réfugié auprès de l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés ou du gouvernement où ils vivent et attendre d'être référés dans le cadre du programme. Ils peuvent également être identifiés comme admissibles par un parrain privé.

Environ 3700 Canadiens et réfugiés afghans, dont d'anciens interprètes, ont été transportés par avion par le Canada avant la fin août.

Environ 1800 interprètes et autres Afghans ayant des papiers pour venir au Canada sont actuellement dans des refuges à Kaboul.

Le ministre de la Défense Harjit Sajjan a annoncé vendredi que le Canada réinstallerait jusqu'à 322 Afghans de plus qui ont aidé les pays de l'OTAN.

Avec les informations de Jean-François Bélanger et de La Presse canadienne

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