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Ras-le-bol d’un éleveur de sangliers madelinot

Jeannot Aucoin est photographié devant un champ où des sangliers pâturent.

Jeannot Aucoin dénonce la mise en place d’une réglementation provinciale qui impose l’étiquette aux oreilles des sangliers. Selon lui, ces nouvelles normes n’ont pas lieu d’être aux Îles.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Jeannot Aucoin, le seul éleveur de sangliers des Îles-de-la-Madeleine, juge que certaines modifications apportées au Règlement sur les animaux en captivité ne sont pas adaptées à la réalité madelinienne. L'agriculteur qui a récemment mis sa ferme en vente demande que Québec module sa réglementation en fonction du contexte d’insularité.

À Fatima, le propriétaire de la ferme Aucoin des sangliers, Jeannot Aucoin, peine à croire qu’il devra percer les oreilles de ses quelque 130 sangliers pour se conformer au resserrement des normes provinciales.

De nouvelles dispositions entrées en vigueur en 2018 prévoient, entre autres, que les sangliers gardés en captivité doivent dorénavant être identifiés par une étiquette d’oreille numérotée, au plus tard 6 mois après leur naissance. Une période transitoire laisse jusqu'au 31 décembre 2022 aux éleveurs pour se conformer.

Des sangliers dans la boue.

Les oreilles des sangliers devront être percées pour y installer une étiquette de plastique. La ferme de Fatima inclut aussi des sanglichons, un hydride entre un porc et un sanglier, qui devront aussi être étiquetés.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Le ministère québécois de la Forêt, des Faunes et des Parcs (MFFP) veut ainsi améliorer la traçabilité des animaux, puisque des dizaines de sangliers d'élevage sont déjà parvenues à s'évader de leur enclos et à se reproduire dans la nature, notamment dans le Centre-du-Québec. En 2016, le Ministère a entrepris des opérations ayant pour but de les éradiquer.

Des pinces et des étiquettes de plastiques numérotées sur une table.

Des étiquettes de plastiques numérotées devront être insérées dans les oreilles de tous les sangliers élevés au Québec avant le 31 décembre 2022.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Le seul éleveur de sangliers de l'archipel, Jeannot Aucoin, considère toutefois que la naturalisation de sangliers serait impossible aux Îles-de-la-Madeleine.

L’archipel est 90 miles de long par 5 ou 6 miles de large, c’est tout petit, il n’y a pas assez de bois, les sangliers ne peuvent pas s’enfuir loin et tout défaire les Îles-de-la-Madeleine, croit Jeannot Aucoin.

Si je perds un sanglier, les gens n’iront pas le porter à l’hôpital ou au Decker Boy [NDLR Un restaurant de Fatima], ils vont m’appeler et je vais aller le chercher, poursuit-il. Je suis le seul éleveur aux Îles et tout le monde me connaît. Même si les sangliers n’ont pas de numéro, ils ne peuvent pas aller loin.

« Ce sont des normes qui n’ont pas d’allure pour moi. Ça ne m’intéresse pas de me conformer, qu’ils me donnent une permission spéciale pour ne pas avoir à mettre des étiquettes dans les oreilles. »

— Une citation de  Jeannot Aucoin, éleveur de sangliers

L’éleveur madelinot déplore que les fonctionnaires ignorent souvent la réalité madelinienne.

Quand ils font les règlements, il n’y a pas de soin pour savoir d’où tu viens, dénonce-t-il. Tu rentres dans le système et t’es obligé de faire ce qu’ils disent. Mais nous autres aux Îles, ils pourraient nous donner une autre façon de faire. Je ne vois pas du tout pourquoi ils me classent dans la même catégorie que les autres.

Une espèce envahissante destructrice

Le ministère québécois de la Faune considère le sanglier comme l’une des espèces exotiques envahissantes les plus néfastes au monde, en raison de sa capacité à détruire les récoltes en creusant le sol.

Au Canada, l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba sont actuellement aux prises avec des populations établies de sangliers. Des sangliers ont également été observés en Ontario.

Aux États-Unis, les sangliers sauvages sont répandus dans 38 États, dont le New Hampshire. Ils entraînent des coûts de plus d'un milliard et demi de dollars annuellement en dommages et en mesures de contrôle.

Source : Ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs

15 000 $ d’investissement et 2 semaines de travail

Pour procéder à l’étiquetage de son troupeau, Jeannot Aucoin doit faire l’acquisition d’une cage de contention qui permet d’immobiliser l’animal le temps de percer son oreille avec l’étiquette de plastique.

La difficulté, c’est d’avoir le matériel, déplore l’éleveur de Fatima. J’ai commandé une cage de contention à Québec et ça fait 1 an et demi que je l’attends. Je n’ai aucune idée d’où elle est rendue.

Une barrière supplémentaire a déjà été installée dans la ferme afin de guider les sangliers vers la future cage.

Une barrière installée devant des enclos.

Jeannot Aucoin a déjà ajouté une barrière qui va permettre de guider les animaux vers une cage de contention.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Jeannot Aucoin estime que l’étiquetage de ces bêtes coûtera quelque 15 000 $, sans parler des deux semaines de travail qui seront nécessaires pour parvenir à manipuler un à un les 130 sangliers.

Il faut que j’arrive à les attraper, ce ne sont pas des Barbies ni des vaches qui sont habituées à se faire toucher , explique Jeannot Aucoin. Je ne sais pas comment je vais arriver à faire ça tout seul.

Des sangliers pâturent dans les champs.

Les sangliers de Jeannot Aucoin pâturent aux champs 12 mois par année : ils sont donc peu habitués à être manipulés.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Et le décret d’insularité dans tout ça?

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs répond qu’il n’est pas envisagé de prévoir des exceptions à la réglementation pour accommoder l'éleveur madelinot, et ce, même en considérant le statut particulier des Îles-de-la-Madeleine, tel que reconnu par Québec en 2016.

En mai 2016, le gouvernement de Philippe Couillard a reconnu dans un décret administratif le statut particulier lié au caractère insulaire des Îles-de-la-Madeleine.

Le décret exigeait que chaque ministère […] module ses interventions afin de tenir compte des enjeux et des contraintes particulières de l’agglomération des Îles-de-la-Madeleine ainsi que de son caractère unique en raison de son insularité et de son isolement lié à sa position géographique au centre du golfe du Saint-Laurent .

Selon le relationniste de presse du MFFP, Daniel Labonté, il est essentiel que les sangliers soient identifiés afin d’être en mesure de relier un animal évadé au lieu de garde d’origine, notamment pour l’application de certaines dispositions de la réglementation.

M. Labonté ajoute que le ministère ne peut présumer qu’aucune autre personne ne garde des sangliers sur les îles de la Madeleine, car il est toujours possible qu’un autre citoyen garde illégalement un sanglier sur une fermette sans avoir enregistré son exploitation ou demandé un permis.

Le relationniste précise également qu’il est toujours possible qu'un deuxième éleveur s’établisse dans l’archipel.

Une ferme à vendre

Depuis le début du mois d’octobre, une affiche À vendre est apparue sur la ferme de Jeannot Aucoin. Le bâtiment qui abrite les animaux a été construit il y a à peine deux ans, à la suite d’un incendie qui avait ravagé l’ancienne grange.

Une pancarte à vendre sur un mur de tôle.

Le propriétaire de la ferme Aucoin des sangliers espère trouver de la relève pour son entreprise.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Le resserrement des normes provinciales fait partie des raisons qui poussent l’agriculteur de 62 ans à vouloir se départir de son élevage, après 35 ans d’activités.

« À chaque fois qu’ils ajoutent des normes, c’est de plus en plus pesant. »

— Une citation de  Jeannot Aucoin, éleveur de sangliers

Le manque de main-d’œuvre pèse aussi dans la balance, après un été éreintant.

Durant la saison estivale, Jeannot Aucoin et sa femme ont dû gérer seuls la ferme, leur boucherie et le casse-croûte qu’ils exploitent à l’Anse-aux-Baleiniers, faute d’employés pour les aider. On est brûlés, admet l'éleveur.

Je voudrais que quelqu’un prenne la relève de tout ça, des jeunes des Îles viendraient travailler un ou deux ans avec moi pour faire la transition, explique Jeannot Aucoin.

Ça serait mon plus grand rêve que l’entreprise reste debout, lance-t-il avec émotions. Ça m’arracherait le cœur de vendre les bâtiments et les terres, mais d’avoir à abattre tous les animaux. Ce n’est pas vraiment ça que j’avais pensé.

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