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Archives

Une émission en couleur de Radio-Canada

Logo de la Société Radio-Canada illustré par un papillon multicolore.

Le symbole du papillon multicolore est utilisé par Radio-Canada à partir de l'automne 1966 pour illustrer le passage à la couleur de la télévision.

Photo : Radio-Canada / Hubert Tison

Radio-Canada

À l’automne 1966, une grande nouveauté est dévoilée aux téléspectateurs canadiens : la couleur fait son apparition à la télévision de Radio-Canada. Nos archives témoignent de l’ampleur de cette innovation et de son impact sur le diffuseur public.

Pour illustrer son passage à la couleur, Radio-Canada se dote d’un symbole qui demeure gravé dans l’imaginaire de bien des téléspectateurs canadiens.

Un papillon stylisé déployant ses ailes multicolores apparaît à l’écran avant chaque émission en couleur de la nouvelle programmation.

Montage d'archives : Le papillon, symbole de la couleur à Radio-Canada. Réalisation : Patrice Pouliot.

Ce papillon, symbole officiel de la télévision en couleur de Radio-Canada, est le fruit d’un concours remporté par le dessinateur Hubert Tison.

Notre montage d’archives revient sur la conception de ce symbole par le spécialiste du film d'animation du Service des arts graphiques de Radio-Canada.

J'ai choisi le papillon parce qu’il transmet bien le message de la couleur, exprime Hubert Tison. L'homme a toujours admiré le papillon pour la multitude de ses couleurs. Dans le cadre du mécanisme électronique du petit écran, le papillon apporte la grâce, la légèreté, la poésie, la fraîcheur, la finesse, la couleur.

À l'extérieur, une unité mobile de télévision de Radio-Canada à Vancouver est stationnée près d'un site de compétition sportive de natation.

Le nouveau logo du papillon est utilisé d'un océan à l'autre sur les équipements de Radio-Canada.

Photo : Radio-Canada

Son papillon richement coloré qui se déploie en quelques secondes au petit écran apparaît aussi sous forme statique, ailes déployées, dans les communications et sur les plateformes et équipements de Radio-Canada.

En choisissant ce logo qui demeure grandement associé à Radio-Canada jusqu’à aujourd’hui, le diffuseur public n’aurait pu mieux attirer l’attention sur sa nouvelle programmation couleur.

La programmation couleur de Radio-Canada

On colore désormais les téléromans, annonce le cahier horaire Ici Radio-Canada du 15 au 21 octobre 1966.

Les belles histoires des pays d’en haut, Rue des pignons et Septième nord sont les trois premières dramatiques de Radio-Canada à reprendre l’antenne dans un décor coloré.

Pour les plus jeunes, ce sont Bobino, La vie qui bat et Atome et galaxies qui passent d’abord au pinceau magique de la couleur.

Montage d'archives : Le passage à la télévision couleur. Réalisation : Patrice Pouliot.

Entrepris dès le 1er septembre 1966, le passage à la couleur s’opère graduellement au petit écran, comme l’expliquent André Martineau et Marc Laurendeau sur ces images tirées de nos archives.

Le réseau français de Radio-Canada souhaite offrir aux téléspectateurs canadiens de 30 à 40 heures d’émissions en couleur par semaine au cours de cette première année exploratoire.

Annoncée en grande pompe, la nouvelle comédie de situation Moi et l’autre fait ainsi son apparition en couleur le 11 octobre 1966 sur les ondes de Radio-Canada.

Caméra de télévision couleur avec un autocollant du papillon de Radio-Canada sur un plateau d'une émission jeunesse.

En nombre restreint et soigneusement utilisées, les caméras couleur représentent un important investissement pour Radio-Canada à l'époque.

Photo : Radio-Canada

Au départ, seules les émissions sur film ou les émissions en direct sont diffusées en couleur.

À Montréal, la production ne dispose que d’un studio couleur et d'un car de reportage équipé de quatre caméras.

Le Centre international de radiotélévision (CIR), un pavillon édifié par Radio-Canada pour l’Exposition universelle de Montréal, vise aussi à retransmettre en couleur les émissions spéciales dans le cadre de l‘Expo 67 et du centenaire de la Confédération canadienne.

Discours de Maurice Lamontagne, 15 juin 1965

Comme en témoigne cette allocution du député fédéral Maurice Lamontagne du 15 juin 1965, la décision d’entreprendre la télédiffusion en couleur est notamment motivée par la tenue prochaine d’un événement d’envergure au pays. 

L’Exposition universelle de Montréal attirera au printemps 1967 des médias du monde entier qui souhaiteront capter en couleur cette grande manifestation culturelle.

Car de reportage semi-remorque de Radio-Canada avec le logo d'Expo 67 et l'inscription TV couleur sur la remorque.

Le nouveau car de reportage couleur de Radio-Canada est déployé tout particulièrement dans le cadre de l'Expo 67.

Photo : Radio-Canada

En 1964, le secrétaire d'État du gouvernement de Lester B. Pearson avait mis sur pied une enquête fédérale sur la situation de la radio et la télévision au pays.

Les trois réseaux principaux des États-Unis ont décidé de se lancer dans la télévision en couleur sur une très grande échelle très prochainement, explique Maurice Lamontagne dans cette allocution.

C’est ainsi pour ne pas se laisser distancer par les réseaux américains à portée de plus de la moitié des Canadiens que le gouvernement fédéral demande aux diffuseurs canadiens d’adopter la couleur sur leurs ondes au plus tard le 1er janvier 1967.

Afin de réaliser ce projet, Radio-Canada dispose d'un budget limité à 15 millions de dollars et d'un délai d'exécution de 15 mois à peine.

Montage d'archives : La soirée du hockey en couleur. Réalisation : Patrice Pouliot.

« Nous avons la joie de pouvoir annoncer que le hockey sera en couleur. C'est une décision toute récente. »

— Une citation de  Jacques Landry, directeur des programmes du réseau français de la télévision de Radio-Canada

Émission des plus populaires au petit écran, La soirée du hockey sert de terrain d’expérimentation pour permettre aux équipes de production de Radio-Canada de s’adapter à la télévision en couleur.

Diffusée en direct du Forum de Montréal, La soirée du hockey du 24 avril 1966 devient ainsi la toute première émission à être captée avec l'équipement du réseau américain NBC.

Pour ce premier essai, la télédiffusion du match est transmise en couleur aux États-Unis, alors que les Canadiens qui suivent cette finale de la Coupe Stanley sur les réseaux français et anglais de Radio-Canada reçoivent l'image en noir et blanc.

Bien que les Canadiens de Montréal aient été battus par les Red Wings de Détroit, l’expérience s’avère une réussite pour l’équipe de réalisateurs et de techniciens de la NBC et de Radio-Canada.

Les joueurs américains étant plus habitués à l'éclairage nécessaire à la couleur, ils ont eu l'avantage sur nos Canadiens, conclut à la blague le réalisateur coordonnateur Gaston Dagenais.

Un caméraman manipule une caméra couleur dans les gradins du Forum de Montréal.

Des caméras couleur sont ajoutées dans les gradins du Forum de Montréal pour suivre toute l'action des matchs de hockey du Tricolore.

Photo : Radio-Canada / Francis J. Menten

Ce rodage permet à la production de Radio-Canada d’être fin prête pour la saison de hockey suivant, dont le premier match est diffusé le samedi 22 octobre 1966.

Trois caméras couleur ont été montées sur les galeries du Forum de Montréal et une quatrième est utilisée dans une salle spécialement aménagée pour interviewer les joueurs.

Car de reportage couleur à l'intérieur du
Forum de Montréal.

L'installation du nouveau car de reportage couleur de Radio-Canada à l'intérieur de l'enceinte du Forum de Montréal cause bien des maux de tête à l'équipe.

Photo : Radio-Canada / Ed Bermingham

Afin d’assurer la télédiffusion en couleur de La soirée du hockey, le nouveau car de reportage de Radio-Canada doit aussi être installé dans l’enceinte du Forum.

Il faudra toutefois démolir une partie de la cloison extérieure du bâtiment afin de faire pénétrer l’énorme carrosserie jusqu’à l’emplacement réservé à Radio-Canada!

Le tournage pour la couleur nécessite également un éclairage cinq fois plus puissant que pour la télédiffusion en noir et blanc.

Choisies spécialement par les ingénieurs de Radio-Canada, 408 lampes Metalarc sont ainsi fixées sous le dôme de l’aréna en prévision de cette grande première.

Vue intérieure du Forum de Montréal où on voit une partie du plafond, de la patinoire et des gradins au travers desquels sont installées des caméras de télévision sur des plateformes pour la télédiffusion des parties de hockey.

La télédiffusion du hockey en couleur demande un éclairage cinq fois plus puissant qu'auparavant.

Photo : Radio-Canada / Ed Bermingham

Après de nombreux essais d’éclairage, de coloration de la glace et de réglage des caméras, l’équipe de production parvient à obtenir des images en couleur d’une qualité qui feront l’orgueil de la télévision canadienne.

Le costume du Tricolore est dorénavant vraiment bleu, blanc, rouge pour tout le monde, se targue Radio-Canada.

L’adoption de la télévision couleur au Canada

Maintenant que la télévision couleur est une réalité au Canada, reste aux téléspectateurs à l’adopter.

En 1966, lorsque Radio-Canada se lance dans la télédiffusion en couleur, 94 % des ménages canadiens possèdent la télévision, mais seulement 2 % en couleur.

Le coût d’un appareil de télévision en couleur oscille entre 700 $ et 1000 $, ce qui peut constituer un bon frein à son acquisition.

Deux ans plus tard, bien que les émissions en couleur se multiplient à la télévision de Radio-Canada, la proportion de téléspectateurs canadiens qui peuvent pleinement les apprécier a bien peu augmenté. À peine 4 % des foyers canadiens sont dotés d’un téléviseur couleur.

Consommateurs avertis, 12 janvier 1972

À l’occasion du vingtième anniversaire de la télévision au Canada, l’émission Consommateurs avertis du 12 janvier 1972 s’intéresse à l’achat d’un téléviseur couleur. L’animatrice Renée Larochelle y révèle quelques statistiques plus encourageantes.

À Montréal, en 1971, deux ménages sur cinq possèdent plus d’un appareil de télévision, le deuxième étant bien souvent pour capter la couleur. C’est aussi au Québec que l’on note la plus forte proportion de foyers équipés d’un téléviseur : 98 %. Pour ce qui est de la télévision en couleur, un ménage sur cinq peut maintenant en profiter dans le confort de sa maison.

« En couleur, c'est épatant! »

— Une citation de  Le fier propriétaire d’un téléviseur couleur

L’achat d’un téléviseur couleur demeure onéreux, entre 500 $ et 800 $, d’autant plus que la qualité n’est pas toujours au rendez-vous.

Le réglage de la réception des émissions en couleur demande beaucoup de patience. Pour obtenir une bonne image, il faut fréquemment ajuster l’appareil et orienter son antenne dans une direction précise.

Il faut le faire presque à chaque station qu'on change, témoigne un consommateur interrogé par le journaliste Raymond Laplante.

Notre société de consommation est parvenue rapidement à imposer la télévision comme un bien indispensable même s'il est coûteux et ne donne pas toujours satisfaction, conclut l’animatrice Renée Larochelle à la fin de cet extrait consacré à l'adoption de la télévision en couleur.

Donald Lautrec Chaud, 2 juillet 1970

L’année 1972 marque aussi la fin du symbole du papillon qui annonçait fièrement les émissions en couleur de Radio-Canada.

Le lépidoptère imaginé par Hubert Tison s’envole définitivement le 4 septembre 1972. À partir de ce jour-là, toutes les émissions diffusées par Radio-Canada sont en couleur, sauf peut-être quelques rares films en noir et blanc.

Pour certaines émissions de la programmation, comme le Donald Lautrec Chaud, les couleurs sont de surcroît particulièrement chatoyantes!

Je reviens de loin, et sur mon chemin, j'ai cueilli pour toi les fleurs du soleil, chante Donald Lautrec en ouverture de son émission enregistrée à Terre des hommes, ce même endroit où s’est tenue l’Expo 67 quelques années plus tôt.

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