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Les pays riches peinent à remplir leur engagement climatique envers les pays pauvres

Une femme tient une pancarte devant le parlement britannique.

« La COP26, notre dernière chance », peut-on lire sur une pancarte brandie par une militante, lundi, devant le parlement britannique. « Arrêtez le bla-bla-bla », lit-on sur un vêtement qu'elle porte.

Photo : La Presse canadienne / AP/Kirsty Wigglesworth

Les 100 milliards de dollars américains que les pays les plus riches de la planète se sont engagés à amasser chaque année pour aider les pays les plus pauvres à lutter contre les changements climatiques ou à s’adapter à leurs effets ne seront pas récoltés avant 2023, soit trois ans plus tard que prévu.

C’est du moins la prévision partagée par le président de la COP26, Alok Sharma, lors d’une conférence de presse tenue à une semaine de l’ouverture de cette conférence internationale sur le climat, dimanche dans la ville écossaise de Glasgow.

Présents pour l'occasion, les ministres canadien et allemand de l’Environnement, Jonathan Wilkison et Jochen Flasbarth, qui avaient reçu en juillet dernier le mandat de stimuler les dons pour assurer le respect de cet objectif, ont dit y voir un progrès significatif. Ils n'en ont pas moins reconnu qu’il est nécessaire d’en faire davantage.

L’objectif d’amasser 100 G$ US (123 G$ CAN au taux actuel) a été fixé lors de la COP15, à Copenhague, en 2009. Il était question de l’atteindre en 2020. Or, les derniers chiffres publiés par l’OCDE cet été montraient que la cagnotte n’avait atteint que 79,6 G$ US en 2019, en hausse d’un maigre 2 % par rapport à 2018.

Les chiffres projetés pour 2020 de ce qui s’appelle officiellement le Plan de mise en œuvre du financement pour le climat n’ont pas encore été publiés, mais MM. Sharma, Wilkison et Flasbarth ont tous convenu que le but fixé ne serait pas atteint.

M. Sharma a admis qu'il s'agissait d'une source de profonde frustration pour les pays en voie de développement. Je comprends cela parfaitement, a-t-il assuré.

Un objectif global vraisemblablement sur une période de cinq ans

L’objectif d’amasser 100 G$ US par année avait cependant été reconduit pour la période 2021-2025 lors de la COP21, à Paris, en 2015, et les trois hommes ont indiqué que les estimations actuellement faites par l’OCDE laissent croire qu’une somme de 500 G$ US pourra bel et bien être récoltée au cours de ces cinq années.

Il est cependant attendu que les pays riches ne réussiront pas à atteindre le seuil établi de 100 G$ US par année en 2021 et en 2022, mais qu’ils le franchiront et même le dépasseront pour les trois années subséquentes. Entre 113 G$ et 117 G$ pourraient être récoltés en 2025, selon les deux scénarios considérés par l'OCDE.

Ce que nous avons fait [...], c'est hausser le niveau d'ambition de la part des pays donateurs et démontrer très clairement que cet objectif sera atteint, et même dépassé, en  2024 et 2025, a commenté le ministre Wilkinson.

« Oui, il y a certainement eu de la déception – il y a probablement encore de la déception –, mais le rapport et le travail qui a été fait pour ça offrent de l'optimisme. Nous allons atteindre notre engagement, ce qui n'était pas vrai il y a trois mois, quand on voyait les chiffres pour 2019. »

— Une citation de  Jonathan Wilkinson, ministre canadien de l'Environnement
Représentation d'une forêt en feu.

Les projections de l'OCDE tiennent compte de quatre composantes distinctes : le financement public bilatéral, le financement public multilatéral attribué aux pays développés, les crédits à l'exportation liés au climat bénéficiant d'un soutien public, et le financement privé mobilisé par le financement climatique public bilatéral et multilatéral.

Selon M. Wilkinson, c’est le financement privé qui ne contribue pas suffisamment à la caisse à l'heure actuelle.

Dans l'ensemble, nous avons surtout été à court pour la mobilisation de 100 G$ US parce que la mobilisation du secteur privé a été plus faible qu'anticipé, a dit le ministre Wilkinson. En termes de financement public, la contribution des gouvernements n'était pas loin des engagements pris.

Pour être clair, le secteur privé doit redoubler d'efforts. Plus de fonds doivent être mobilisés, a-t-il poursuivi. En fin de compte, l'ampleur du problème est telle, tant pour limiter [les changements climatiques] que pour s'y adapter, que nous allons avoir besoin de mobiliser des billions de dollars pour ça, pas seulement 100 milliards.

Alok Sharma applaudit.

Alok Sharma est le président de la COP26, qui se déroulera du 31 octobre au 12 novembre, à Glasgow, en Écosse.

Photo : Getty Images / AFP/BEN STANSALL

Des critiques pour les pays riches

Selon le directeur du centre d'études et de recherches Power Shift Africa, Mohamed Adow, les pays en voie de développement ne seront guère satisfaits de ce résultat, eux qui insistaient sur le respect des promesses faites. Les pays riches ne peuvent tout simplement pas dire mission accomplie.

Les 100 G$ en financement climatique ne sont pas qu'une bouée de sauvetage pour les communautés pauvres et vulnérables qui sont sur la ligne de front d'une crise climatique qu'ils n'ont pas créée. C'est le strict minimum que les pays riches doivent faire pour remplir leurs engagements, affirme cet observateur de longue date des conférences sur le climat.

« Les pays pauvres ne seront pas dupes et les leaders des pays développés doivent mettre cet argent sur la table pour que la COP26 soit un succès.  »

— Une citation de  Mohamed Adow, directeur du Centre d'études et de recherches Power Shift Africa

Teresa Anderson, coordonnatrice aux politiques climatiques pour ActionAid International, soutient pour sa part qu'il est crucial que l'aide financière des pays développés soit consentie sous forme de subventions, et non de prêts, comme c'est le cas à l'heure actuelle. Autrement, les pays pauvres auront de la difficulté à rembourser.

M. Sharma s'est dit d'accord avec cette approche, mais sans se commettre sur ce qui sera négocié à Glasgow. Il a reconnu qu'environ 70 % des sommes versées pour 2019 étaient bel et bien des prêts.

Le président de la COP26 a aussi affirmé que les discussions qui auront lieu début novembre devront porter sur la façon dont l'aide sera distribuée pour atténuer les changements climatiques et pour s'y adapter. À l'heure actuelle, la majorité de la cagnotte doit être consacrée à l'atteinte du premier objectif et non le second.

Avec les informations de Associated Press

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