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Le prix du poulet à la hausse : doit-on s’en inquiéter?

Alors que l’indice des prix à la consommation a atteint son plus haut niveau en près de deux décennies, le prix du poulet a lui aussi augmenté de façon importante. L’épicerie a décortiqué les facteurs qui expliquent l’augmentation de plus de 10 % du prix de la volaille.

Des pilons de poulet emballés de plastique.

Le poulet se vend maintenant à plus de 8 $ le kilo.

Photo : Radio-Canada / L'épicerie

Le poulet est la protéine animale la plus consommée au Canada. Jusqu’ici, cette viande a toujours été la plus économique en épicerie. Cette année, le poulet est plus cher qu’il ne l’a été depuis 2017, avec un prix de vente de plus de 8 $ le kilo.

Ces augmentations et la rareté de certaines coupes inquiètent de plus en plus les consommateurs. Ce qui était jusqu’ici la protéine animale la plus abordable est-elle en train de devenir hors de prix?

Une pénurie de main-d'œuvre

Cet été, des grèves chez Exceldor et Olymel ont perturbé les deux plus importants transformateurs-abattoirs du Québec. À eux seuls, Exceldor et Olymel abattent et transforment 96 % des poulets du marché québécois.

Bien que ce conflit soit terminé, l’employeur doit composer avec un enjeu important : la pénurie de main-d'œuvre.

Nos usines fonctionnent à 65-75 % du requis de main-d'œuvre, observe Joël Cormier, vice-président principal de la division poulet chez Exceldor coopérative. Il constate que les autres usines du Canada vivent les mêmes problèmes.

C’est en raison de cette pénurie de main-d'œuvre que les usines risquent fort de ne plus être en mesure d'offrir toutes les découpes recherchées par les détaillants, les restaurateurs et les consommateurs, explique Joël Cormier.

Il mentionne, à titre d’exemple, les ailes de poulet, qui se font de plus en plus rares sur le marché.

« C'est possible que dans les semaines et mois à venir, on ne soit pas en mesure de découper tous les oiseaux. Il y a assez d'oiseaux, mais il pourrait y avoir une rareté de certaines découpes sur le marché. »

— Une citation de  Joël Cormier, vice-président principal de la division poulet chez Exceldor coopérative
Des ouvriers classent du poulet dans une usine.

La pénurie de main-d'œuvre chez les transformateurs-abattoirs du Québec a des effets sur la disponibilité de certaines découpes de poulet sur le marché.

Photo : Radio-Canada / L'épicerie

Même si les usines sont de plus en plus mécanisées, elles ont tout de même besoin de beaucoup de personnel pour attraper, abattre, parer, valoriser et inspecter les volailles.

Dans une période de pénurie de main-d'œuvre, ça coûte forcément plus cher de faire ce type de transformation, analyse Pascal Thériault, agronome et économiste à l’Université McGill.

Hausse du prix du grain pour nourrir le poulet

Le coût des matières premières pour produire le poulet augmente, comme c’est le cas avec le prix du grain qui a crû d’au moins 25 % depuis le début de la pandémie.

Champ jauni ravagé par la sécheresse.

La sécheresse dans l'Ouest canadien a affecté les récoltes de céréales, notamment de maïs et de soya.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Cette année, une sécheresse dans l'Ouest canadien, doublée d’une forte demande de la Chine pour importer des céréales et grains d'ici, a exercé une pression à la hausse sur le prix du grain.

Près de la moitié du coût de production vient du coût de l'alimentation. Et ça, c'est le prix des grains. Les producteurs de volaille n’ont aucun contrôle là-dessus, explique l’expert Pascal Thériault.

Le prix du poulet vivant est ainsi directement influencé par le prix des céréales, du maïs et du soya.

Le système de gestion de l'offre

Comme le lait et les œufs, le poulet est régi par la gestion de l’offre, un système de contrôle de la production et du marché mis en place pour sauvegarder l'industrie et assurer qu'il y ait assez de poulet pour répondre aux besoins.

Résultat : 95 % du poulet que l’on consomme est produit au Canada.

Cependant, quand le coût du poulet d’ici se met à monter, les détaillants ne peuvent s'approvisionner ailleurs.

Le prix de la volaille dépend donc non seulement du prix fixé chaque semaine par les grandes chaînes d’alimentation, mais aussi du prix du poulet vivant que paye le transformateur-abattoir à l’éleveur.

Une poitrine de poulet emballée. Une étiquette sur l'emballage indique « Volaille du Québec ».

Grâce au système de gestion de l'offre, le poulet que l’on consomme est produit à 95 % au Canada.

Photo : Radio-Canada / L'épicerie

Marc Fortin, président du Conseil canadien du commerce de détail, explique que le prix d’entrée plus élevé force les détaillants à augmenter leurs prix.

« Nous, on n'a pas le choix, nos prix augmentent. Donc, on suit la même méthode pour mettre en place les prix. On a les mêmes mécaniques, mais le prix d'entrée est plus élevé. »

— Une citation de  Marc Fortin, président du Conseil canadien du commerce de détail

Ajoutez à tout ceci le prix de l’essence et le manque de camionneurs, qui font exploser les coûts de transport, en plus des mesures déployées pour contrer les effets de la COVID-19 dans l’industrie alimentaire.

Voilà que tout est réuni pour une augmentation de prix constatée par les consommateurs.

Allons-nous manquer de poulet?

Alors que plusieurs constatent une baisse des quantités de poulet sur les tablettes et l'épuisement de certaines coupes, pouvons-nous envisager de manquer de poulet?

L’agronome et économiste Pascal Thériault estime que ce n’est pas le poulet entier qui risque de manquer, ni même les cuisses ou les poitrines, mais peut-être certaines découpes spécifiques ou certains produits ultratransformés, comme les croquettes en forme d’animaux.

On risque de voir une hausse de coûts plus importante des aliments ultratransformés. Plus il y a de transformation, plus il y a d'étapes avant d'amener le produit au consommateur. Et donc, plus il va y avoir de hausses de coûts, explique-t-il.

Des poitrines de poulet marinées et assaisonnées dans une épicerie.

Le prix de la volaille dépend du prix du poulet vivant que paye le transformateur-abattoir à l’éleveur.

Photo : Radio-Canada / L'épicerie

Joël Cormier, d’Exceldor coopérative, fait le même constat. Certains restaurateurs ou chaînes de restaurants ont de la difficulté à supporter leurs ventes. Ce n’est pas parce qu’on manque de poulets, mais parce qu’on manque de découpes de poulet, ce qui est tributaire de la pénurie de main-d'œuvre.

L’économiste agricole Jean-Philippe Gervais estime que la clientèle a un rôle à jouer dans cette inflation.

« Les consommateurs sont de plus en plus exigeants. Ils recherchent certaines caractéristiques, que ce soit le type de production, la façon dont leur aliment est produit ou une certaine valeur nutritive. Toutes ces préférences ont un effet sur le prix que les consommateurs vont devoir payer. »

— Une citation de  Jean-Philippe Gervais, vice-président et économiste agricole en chef chez Financement agricole Canada

Dans un tel contexte, les consommateurs auraient donc tout intérêt à apprendre à cuisiner un poulet entier afin d’en maximiser sa consommation.

Vers une stabilité des prix?

Selon Jean-Philippe Gervais, on ne devrait pas s’inquiéter de la hausse actuelle du prix du poulet. Il est d’avis que le prix du poulet se stabilisera au cours des prochains mois.

On a une industrie qui est très résiliente, dit-il. On l'a démontré durant la pandémie.

Pascal Thériault, pour sa part, croit qu’on ne pourra revenir en arrière.

Les consommateurs canadiens ont été choyés pendant plusieurs années. Pour un pays nordique, on peut se réconforter et se vanter d'avoir un des paniers d'épicerie les moins chers, croit-il.

M. Thériault estime cependant que l'inflation du prix du poulet est en voie de rattraper la réalité de ce secteur.

La main-d'œuvre, qui était moins bien salariée, se fait de plus en plus rare, insiste-t-il. Maintenant, si on réussit à embaucher, et à embaucher à de plus hauts salaires, évidemment que cette hausse de coûts va se transférer vers le consommateur. Donc, est-ce qu'on va manquer de nourriture? Non. Est-ce qu'elle pourrait coûter plus cher? Oui.

Le reportage de Johane Despins et d'Eric Barbeau sur la hausse du prix du poulet sera diffusé mercredi à 19 h 30 à l’émission L’épicerie.

Avec les informations de Julie Perreault

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