•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Facebook peine à lutter contre les contenus haineux en Inde

Des manifestants hindous brandissent des affiches de Greta Thunberg et de Rihanna lors d'une manifestation à New Delhi.

Des activistes nationalistes de la communauté hindoue dénoncent, lors d'une manifestation organisée à New Delhi, la militante écologiste Greta Thunberg et la chanteuse Rihanna, qui ont toutes deux soutenu sur les réseaux sociaux des fermiers indiens s'opposant à des réformes agricoles passées par le gouvernement de Narendra Modi.

Photo : afp via getty images / MONEY SHARMA

Agence France-Presse

Le rôle de Facebook dans la propagation en Inde d'images et propos haineux de nature à exacerber les conflits intercommunautaires a de nouveau été mis de l'avant ce week-end par la divulgation de documents internes par divers médias américains.

Récupérés par la lanceuse d'alerte Frances Haugen, ces documents ont déjà alimenté plusieurs révélations sur les répercussions de Facebook et de ses filiales WhatsApp et Instagram sur la polarisation intense de la vie politique aux États-Unis, ou encore sur la santé psychologique de certaines adolescentes.

Samedi et dimanche, le Wall Street Journal, le New York Times et le Washington Post, entre autres, se sont concentrés sur la présence de Facebook en Inde, son plus gros marché avec 340 millions d'utilisateurs et d'utilisatrices.

Selon ces médias, le groupe de Mark Zuckerberg était bien conscient de la présence grandissante de contenus problématiques visant en particulier la communauté musulmane, mais il n'a pas déployé les moyens suffisants pour entraver ce phénomène.

Cette attitude s'inscrit dans le sillage de ce que dénonce plus généralement la lanceuse d'alerte : Facebook connaît – et étudie – les problèmes, mais la multinationale choisit, en bonne partie, de les ignorer ou de ne pas consacrer suffisamment de ressources pour les circonscrire.

Affrontements sanglants entre membres des communautés hindoue et musulmane

Manifestation de membres d'une communauté hindoue dans le sud de l'inde en août 2020.

Des membres de Bajrang Dal, un organisme politico-religieux hindou, manifestent à Bangalore en août 2020 pour dénoncer des violences qui ont été commises dans la foulée d’une publication sur Facebook critiquant le prophète Mahomet.

Photo : afp via getty images / MANJUNATH KIRAN

Un rapport des propres équipes de recherche de l'entreprise datant de juillet 2020 a montré que la part de contenus incendiaires est montée en flèche à partir de décembre 2019 en Inde, comme le raconte le Wall Street Journal.

Les rumeurs et appels à la violence se sont particulièrement propagés sur WhatsApp en février 2020, quand des affrontements entre la majorité hindoue et la minorité musulmane ont fait plusieurs dizaines de morts, souligne le quotidien.

Conscient de ces problèmes, le groupe a envoyé une équipe de recherche sur le terrain pour discuter avec les utilisateurs et utilisatrices.

Facebook avait aussi, dès février 2019, créé un compte fictif – celui d'une femme de 21 ans dans le nord de l'Inde – pour mieux comprendre l'expérience de ces personnes, comme le rapportent plusieurs médias.

Sans aucune indication, le compte s'est rapidement retrouvé inondé de propagande en faveur du premier ministre nationaliste hindou Narendra Modi et de discours haineux envers la communauté musulmane.

J'ai vu plus d'images de morts au cours des trois dernières semaines que j'en ai vues dans toute ma vie, a écrit le chercheur responsable de cette expérimentation, selon le New York Times.

Le groupe est bien conscient qu'une politique de modération plus faible dans les pays non anglophones rend la plateforme vulnérable aux abus de personnes mal intentionnées et de régimes autoritaires, affirme le Washington Post.

15 000 personnes pour surveiller 70 langues

Selon un document interne, la grande majorité du budget consacré à la lutte contre la désinformation est destinée aux États-Unis, même si ceux-ci représentent moins de 10 % des utilisateurs et utilisateurs.

Réagissant à ces nouvelles révélations, le géant des réseaux sociaux souligne qu'il a nettement renforcé sa lutte contre les contenus problématiques ces dernières années.

Facebook a investi de façon importante dans les technologies détectant les discours de haine dans diverses langues, dont l'hindi et le bengali, a assuré un porte-parole dimanche. Il compte aussi plus de 15 000 personnes surveillant les contenus dans plus de 70 langues, dont 20 langues parlées en Inde.

Régulièrement critiquée pour se préoccuper surtout des contenus en langue anglaise, l'entreprise assure par ailleurs qu'elle est en train d'étendre la détection automatique de contenus problématiques à d'autres langues parlées en Inde et assure qu'elle a déjà des algorithmes fonctionnant en hindi, en bengali, en tamoul et en ourdou.

En conséquence, l'entreprise a réduit de moitié le volume de ce genre de propos, qui ne représentent plus que 0,05 % des contenus publiés dans le monde entier, a-t-il ajouté.

Les discours de haine contre les groupes marginalisés, y compris la communauté musulmane, sont en augmentation dans le monde entier, et Facebook améliore la mise en œuvre de ses règles au fur et à mesure de cette évolution, a aussi relevé le porte-parole.

L'influence du groupe en Inde avait déjà été montrée du doigt en 2020, après des révélations du Wall Street Journal l'accusant d'une certaine complaisance envers le pouvoir nationaliste hindou afin de ne pas nuire à ses intérêts commerciaux.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !