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L’ambassadeur du Canada parmi les 10 que la Turquie entend expulser

Ces 10 ambassadeurs ont demandé la libération de l'opposant Osman Kavala.

Plan rapproché du président turc Recep Tayyip Erdogan.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré persona non grata les ambassadeurs qui ont réclamé la libération d'un opposant incarcéré.

Photo : Associated Press / Francisco Seco

Agence France-Presse

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé samedi avoir ordonné l'expulsion, « au plus vite », des dix ambassadeurs, dont ceux du Canada, de la France, de l'Allemagne et des États-Unis, qui ont réclamé la libération de l'opposant Osman Kavala.

J'ai ordonné à notre ministre des Affaires étrangères de déclarer au plus vite ces dix ambassadeurs persona non grata, a affirmé le chef de l'État lors d'un déplacement dans le centre de la Turquie, sans toutefois préciser la date à laquelle les diplomates devront partir.

Ces diplomates doivent connaître et comprendre la Turquie, a poursuivi M. Erdogan en les accusant d'indécence. Ils devront quitter le pays s'ils ne le connaissent plus, a-t-il ajouté.

Mesure rare dans les relations internationales, déclarer persona non grata des diplomates ouvre la voie à leur expulsion ou à leur rappel par leur propre pays.

Du matin au soir, ils [les diplomates] répètent : Kavala, Kavala... Mais celui dont vous parlez, Kavala, c'est l'agent de Soros en Turquie, a affirmé le président durant une réunion publique, faisant une nouvelle fois référence au milliardaire américain d'origine hongroise George Soros auquel il compare régulièrement l'opposant.

Emprisonné depuis quatre ans sans jugement, Osman Kavala est accusé depuis 2013, par le régime du président Erdogan, de chercher à déstabiliser la Turquie.

Dans un communiqué publié lundi soir, le Canada, la France, la Finlande, le Danemark, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, la Suède et les États-Unis avaient appelé à un règlement juste et rapide de l'affaire Osman Kavala, homme d'affaires et mécène turc devenu une bête noire du régime, emprisonné depuis quatre ans sans jugement.

Dès le lendemain, ils avaient été convoqués au ministère des Affaires étrangères, les autorités turques jugeant inacceptable leur démarche.

Le chef de l'État turc avait ensuite brandi la menace d'une expulsion à son retour d'une tournée africaine, jeudi.

Réactions des pays visés

Parmi les premiers pays à réagir, samedi soir, la Suède, la Norvège, le Danemark et les Pays-Bas ainsi que l'Allemagne ont fait savoir qu'ils n'avaient reçu aucune notification officielle concernant leurs ambassadeurs respectifs à ce stade.

Notre ambassadeur n'a rien fait qui puisse justifier l'expulsion, a indiqué une porte-parole du ministère norvégien des Affaires étrangères, Trude Måseide, citée par l'agence de presse NTB, ajoutant que son pays continuera d'exhorter la Turquie à adhérer aux normes démocratiques.

Nous sommes actuellement en consultation intensive avec les neuf autres pays concernés, a de son côté annoncé le ministère allemand des Affaires étrangères.

Plusieurs parlementaires néerlandais ont réagi sur les réseaux sociaux.

À juste titre, l'ambassadrice néerlandaise en Turquie a entre autres appelé à mettre en œuvre les arrêts de la Cour européenne des droits de l'homme. Désormais, les 27 pays de l'UE doivent se rallier à cela, a tweeté la parlementaire travailliste Kati Piri.

En décembre 2019, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) avait ordonné la libération immédiate de M. Kavala – en vain.

À 64 ans, cet homme d'affaires richissime et philanthrope né à Paris, figure majeure de la société civile, a été maintenu en détention début octobre par un tribunal d'Istanbul qui a estimé manquer d'éléments nouveaux pour le remettre en liberté.

Osman Kavala, qui a toujours nié les charges pesant contre lui, comparaîtra de nouveau le 26 novembre.

Arrêté initialement pour sa participation au mouvement antigouvernemental dit de Gezi en 2013, époque à laquelle M. Erdogan était premier ministre, il a ensuite été accusé de tentative de coup d'État et d'espionnage.

Dans un entretien récent à l'AFP, M. Kavala a estimé que sa détention permet au régime de M. Erdogan de justifier ses thèses complotistes.

Considérant qu'un procès équitable n'est plus possible dans ces circonstances, je pense que cela n'a aucun sens pour moi d'assister aux audiences à venir, a-t-il annoncé vendredi par l'intermédiaire de ses avocats.

Le Conseil de l'Europe a récemment menacé la Turquie de sanctions, qui pourront être adoptées à sa prochaine session (du 30 novembre au 2 décembre) si l'opposant n'est pas libéré d'ici là.

Le chef de l'opposition Kemal Kiliçdaroglu a estimé que la menace d'une prochaine expulsion des ambassadeurs risquait de précipiter le pays dans le gouffre.

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