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Tir mortel d’Alec Baldwin sur un tournage : comment cela a-t-il pu arriver?

Alec Baldwin arbore un costume de cowboy.

Alec Baldwin sur le plateau du film Rust, le matin du drame.

Photo : Instagram / Alec Baldwin

Radio-Canada

La mort de la directrice de la photographie Halyna Hutchins à la suite d’un tir vraisemblablement accidentel de l’acteur Alec Baldwin sur le tournage du film Rust a suscité une vive émotion, mais aussi de l’incompréhension. Comment un accident mortel de ce type peut-il se produire sur un tournage?

Plusieurs vedettes ont exprimé leur peine sur les réseaux sociaux. L’acteur Elijah Wood a publié un message sur Twitter au sujet de cette nouvelle absolument terrifiante et dévastatrice.

James Gunn, le réalisateur de la série de films Les gardiens de la galaxie, a confié que sa plus grande peur [était] qu’une personne puisse être mortellement blessée sur un de ses plateaux. Je prie pour que cela n’arrive jamais, a-t-il ajouté.

La comédienne québécoise Salomé Corbo, qui a notamment joué des personnages armés dans Unité 9 et District 31, est elle aussi bouleversée. Je suis vraiment traumatisée par cette histoire, je tiens à le dire, a-t-elle déclaré à Catherine Richer, chroniqueuse culturelle à l’émission Le 15-18. C’est d’une tristesse infinie.

Ça va être très difficile dorénavant de manipuler une arme et en plus de la pointer en direction de la caméra, a ajouté l’actrice, qui a toujours eu peur des armes à feu.

L'accident est arrivé lors d'une répétition

Au-delà du choc, cette tragédie, extrêmement rare, soulève plusieurs questions. Aurait-elle pu être évitée?

Ça ne devrait pas arriver ce genre d’accident, a affirmé, à Catherine Richer, Francis Langlois. Ce professeur d’histoire membre de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques est un spécialiste des armes à feu.

Selon le journal Santa Fe Reporter, qui cite des documents judiciaires établis par la police pour obtenir un mandat de perquisition, l'équipe du film répétait une scène lorsque le drame est arrivé.

L'armurier avait placé trois armes servant d'accessoire sur un chariot, un assistant réalisateur a remis l'une d'elles à Alec Baldwin en lui disant arme froide, ce qui signifie dans le jargon du cinéma que l'arme n'est pas chargée.

Toujours selon le Santa Fe Reporter, l'assistant réalisateur ne savait pas qu'il y avait des munitions actives dans l'accessoire, d'après le document.

Un homme est plié en deux.

Alec Baldwin, bouleversé, sur le stationnement du bureau du shérif de Santa Fe

Photo : Associated Press / Jim Weber

Pas le droit à l’erreur sur les plateaux

Il n'y a pas de droit à l'erreur, jamais personne ne devrait mourir pour un film, a indiqué à l’AFP, Guillaume Delouche, armurier pour Hollywood depuis près de 30 ans. Au bout du compte, c'est toujours l'accessoiriste qui est responsable.

Il a expliqué qu’il existe toute une série de protocoles très stricts, avec des procédures doublées, voire triplées, comme pour les avions sur les tournages aux États-Unis.

Aux États-Unis, comme au Canada, la plupart des armes utilisées sur des plateaux de tournage sont en plastique ou en caoutchouc et sont donc fausses. Toutefois, pour certaines scènes, les équipes de production se servent de véritables pistolets ou fusils, dont les munitions sont à blanc. Ce qui ne signifie pas qu’elles sont inoffensives.

Même si la munition est à blanc, il y a quand même une impulsion qui peut être vraiment puissante dépendamment de l'effet qu'on veut avoir, donc ça peut blesser des gens, a précisé Francis Langlois.

Une grande attention est donc portée à ces armes. On traite les armes à blanc comme des armes réelles, a souligné Guillaume Delouche. Les armes sont conservées dans un coffre-fort. Une fois qu'elles sont sur le plateau, on organise les munitions à blanc, qui ont des marques et des codes couleurs pour les différencier : quart de charge, demie charge, pleine charge, etc.

Les charges auxquelles il fait référence correspondent à la quantité de poudre mise dans les balles à blanc, dans lesquelles se trouve donc de la poudre, mais aucun projectile. Ce sont ces doses de poudre qui permettent de produire le bruit caractéristique d’une arme à feu et donc d’apporter du réalisme à la scène, mais aussi aux acteurs et actrices de produire un mouvement de bras naturel.

Des gardes de sécurité au ranch Bonanza Creek.

Le drame a eu lieu au ranch Bonanza Creek, abondamment utilisé dans les westerns.

Photo : AFP / ANNE LEBRETON

Quand on tire dans le vide sans rien, on fait un peu n'importe quoi, a expliqué Salomé Corbo. Alors que quand on tire avec une balle à blanc, le geste est vrai.

D’autres précautions sont également prises. D'abord, on montre à l'équipe de tournage et aux acteurs que l'arme est vide avant de la charger. Puis quand on met des balles à blanc dans une arme, on l'annonce à voix haute, plusieurs fois, a détaillé Guillaume Delouche. C'est le rôle de l'accessoiriste ou de l'armurier de s'assurer que l'acteur va utiliser l'arme correctement.

À cela s’ajoute l’obligation de respect des distances de sécurité très strictes. On ne peut pas mettre quelqu'un devant une arme à moins de 20 pieds, soit six mètres environ. Parce que même avec des balles à blanc, il peut y avoir des petits débris qui sont projetés.

Il est préférable de ne jamais viser quelqu'un directement, donc on travaille avec le chef opérateur pour cadrer le plan et donner l'illusion que la personne est dans la ligne de tir alors qu'elle est en réalité décalée, a ajouté Guillaume Delouche.

Quand l'acteur ou l'actrice tire vers la caméra, on met une caméra qui est toute seule sur un trépied, sans personne en arrière, a ajouté Francis Langlois.

D’autres mesures sont également mises en place pour éviter que personne ne soit touché sur le plateau. S'il faut être plus près, sans acteur, on met des parois en plexiglas, on couvre les opérateurs et machinistes avec des couvertures antifeu. Ils ont également des casques antibruit et des lunettes contre les éclats, a-t-il indiqué.

Un projectile qui ne devait pas y être

Lorsque le tournage d’une scène nécessite de montrer un barillet plein de munitions, le bout des balles présente des projectiles, mais ces cartouches sont vides, sans aucune poudre. Toutefois, un projectile peut se loger dans le canon et y rester bloqué, si personne n’y fait attention. Par la suite, si des balles contenant de la poudre, mais pas de projectile, sont tirées dans le cadre d’une autre scène, le coup peut s’avérer mortel.

En mars 1993, l'acteur Brandon Lee est décédé, à 27 ans, sur le tournage du film Le Corbeau (The Crow) après avoir été atteint par une balle. L'arme utilisée était censée ne contenir que des balles à blanc. Mais l'autopsie a révélé que le fils de la vedette des arts martiaux Bruce Lee avait été touché par un projectile de calibre .44 resté bloqué dans le canon et délogé par la détonation de la cartouche à blanc.

L'armurier, qui n’était pas vraiment l'armurier par ailleurs, n’avait pas fait les vérifications nécessaires, a indiqué Francis Langlois. Le procureur chargé de l'enquête avait conclu à de la négligence.

C’est peut-être aussi ce qui s’est passé sur le plateau de Rust, où le tir d’Alec Baldwin a tué Halyna Hutchins, mais a aussi blessé Joel Souza, le réalisateur du film. Peut-être qu’il y avait un projectile totalement fonctionnel dans l’arme. Ça peut être un fusil de chasse qui peut couvrir un grand espace très large, envoyer une multitude de projectiles et donc toucher plusieurs personnes, a estimé Francis Langlois.

Peut-être qu’[Alec Baldwin] avait une carabine puissante dans les mains et que le projectile est passé à travers deux personnes surtout si [le tir s’est fait] à bout portant.

Comment un projectile fonctionnel s’est retrouvé dans cette arme, c’est la question qu’il faut se poser, a-t-il ajouté.

Et c’est la question à laquelle l’enquête de police qui est en cours répondra peut-être.

Avec les informations de Agence France-Presse

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