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Incursion dans un CPE : « C’est quand même de sacrées journées que je passe »

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Une éducatrice de CPE à l'heure du dîner.

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Québec veut valoriser le métier d'éducatrice en offrant de meilleures conditions de travail. Qu'en est-il dans les centres de la petite enfance? Qu'est-ce qu'une journée typique pour ces personnes qui s’occupent des tout-petits? Voici leur réalité.

Le soleil se lève à peine sur Lévis que déjà, les éducatrices du CPE Vire-Crêpe sont au travail. Elles accueillent les premiers enfants vers 6 h.

Quand vous arrivez le matin, vous m'apportez votre enfant. Je l'accueille de tout mon cœur et j'en prends soin comme si c'était le mien, dit Caroline Charron.

Cette petite fille fréquente le CPE Vire-Crêpe où les deux tiers des éducatrices sont formées.

Cette fillette fréquente le CPE Vire-Crêpe, où les deux tiers des éducatrices sont formées.

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Éducatrice depuis plus de 20 ans, elle s’apprête à changer sa première couche de la journée. Viens mon cœur, on va aller changer ta couche. As-tu un pipi ou un caca, Théo?

Caroline est la seule éducatrice qui s’occupe de la toilette de Théo afin de créer un lien de confiance avec le bambin.

« Au niveau de l’image globale, je crois que les gens pensent encore qu’ils vont porter leur enfant dans un service de garde pour se faire garder. »

— Une citation de  Caroline Charron, éducatrice au CPE Vire-Crêpe

Selon elle, les éducatrices contribuent chaque jour à l'éducation des petits Québécois.

On est capable maintenant de faire de la prévention. On doit connaître le développement de l'enfant sur le bout de nos doigts, explique-t-elle.

Caroline Charron est éducatrice au CPE Vire-Crêpe. Elle parle avec un enfant.

Caroline Charron est éducatrice au CPE Vire-Crêpe. Elle exerce ce métier depuis plus de 20 ans.

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

L'éducatrice a suivi d'innombrables formations pour parfaire ses connaissances. Ces dernières n'ont aucune incidence sur son salaire, pas plus que ses 10 dernières années d'expérience.

À l’heure actuelle, les éducatrices qualifiées qui commencent dans le métier gagnent 19 $ de l'heure. Avec les augmentations maximales proposées par le gouvernement vendredi, elles passeraient à 22,63 $ l'heure, soit 46 000 $ par an.

Les plus expérimentées ont un salaire horaire de 25 $. Elles passeraient à 30,47 $, soit 63 000 $ par an.

Selon la directrice du CPE, ces conditions complexifient énormément le recrutement. Pourquoi ce métier-là est-il tombé entre deux chaises? s'interroge Julie Gauthier.

Dur de recruter, dur de retenir

Dans son local, Sabrina Castanheira termine de faire dîner les enfants sur fond de pleurs et de cris. Elle en a sept sous sa responsabilité, âgés de 18 à 24 mois. Le plancher est recouvert de spaghettis aux tomates.

C'est quand même de sacrées journées que je passe. J'étais surprise d'être si peu rémunérée pour le travail que ça comporte. J’étais choquée, mais la passion l’emporte malgré tout, dit celle qui travaille au CPE Vire-Crêpe depuis moins d’un an.

S'il est difficile de recruter de jeunes éducatrices, comme Sabrina, c'est aussi compliqué de les garder, car elles sont nombreuses à partir après quelques années.

Julie Gauthier est la directrice du CPE Vire-Crêpe à Lévis qui accueille une soixantaine d'enfants.

Julie Gauthier est la directrice du CPE Vire-Crêpe à Lévis qui accueille une soixantaine d'enfants.

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Il y a beaucoup d'employeurs qui cherchent à recruter, ils augmentent les salaires, donnent des conditions particulières, donnent des bourses. Nous, on ne peut pas offrir ça, déplore la directrice Julie Gauthier.

Mireille Landry, éducatrice depuis plus de 20 ans, songe sérieusement à réorienter sa carrière.

Je suis un peu émotive, parce que ce n'est pas à cause des enfants que je veux arrêter. C'est eux qui nous tiennent encore présentement, mais la surcharge, le poids qu'ils nous mettent sur les épaules, faire plus, mais toujours avec moins, c’est ça qui est difficile, dit-elle.

Du matin au soir, sans pause

Ces éducatrices travaillent 9 heures par jour, sans pause. Moi, je n’ai pas une heure pour dîner. Mon dîner, c'est le rush avec les enfants, affirme Mireille Landry qui croque une bouchée de carotte entre le service de deux portions de spaghettis.

Au fond du local, certains enfants s'agitent. Ça ne sera pas long, Béatrice. Moi aussi, j'ai le droit de manger un peu, lance l’éducatrice.

Une éducatrice sert le dîner aux enfants dans un CPE.

Mireille Landry dîne en travaillant.

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Les éducatrices ont seulement 15 à 30 minutes par jour pour faire de la planification, finaliser des documents et mettre à jour les dossiers éducatifs de chaque enfant, comme le requiert le gouvernement.

En raison de la charge de travail, la quasi-totalité d'entre elles font entre 32 et 36 heures par semaine.

Le gouvernement espère les convaincre de travailler 40 heures avec des primes salariales pour pallier la pénurie.

Le gouvernement se tire dans le pied. [...] On l'a déjà fait, cinq jours par semaine, parce qu'on manquait de personnel, mais on était au bout du rouleau. Fatiguées, brûlées, affirme Mireille Landry.

Est-ce que les enseignants seraient prêts à travailler de 7 h à 15 h 30 en présence constante, sans arrêt, des enfants? Je ne crois pas. Je crois qu'à un moment donné, il faut comparer, renchérit Caroline Charron.

Une éducatrice avec un enfant dans ses bras.

Les éducatrices affirment que leur métier n'est pas assez valorisé parce que la population n'est pas assez consciente de leur rôle. Elles contribuent à l'éducation des enfants, disent-elles.

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Un service éducatif

Si ces femmes restent dans un réseau que plusieurs quittent, c’est parce qu'elles ont l'impression d'être importantes dans la vie de ces tout-petits et leur famille. Non seulement elles permettent aux parents de retourner sur le marché du travail au terme de leur congé parental, mais elles développent les adultes en devenir.

C'est incroyable tout ce qu'ils peuvent acquérir, ici, grâce aux éducatrices, dit Sabrina Castanheira.

Je crois qu'au quotidien, on fait la différence. Pas juste dans l'accueil et le moment de jeu, mais la différence aussi sur ce que vont devenir ces enfants-là, conclut Caroline Charron.

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