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Défis au CIUSSS de l’Estrie - CHUS : le PDG répond à nos questions

Le PDG du CIUSSS de l'Estrie - CHUS, le Dr Stéphane Tremblay en conversation avec la journaliste Marie-Eve Lacas.

Le PDG du CIUSSS de l'Estrie - CHUS, le Dr Stéphane Tremblay, répond aux questions de la journaliste Marie-Eve Lacas concernant les enjeux du réseau de la santé.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Radio-Canada

Pénurie de main-d'oeuvre, gestion en temps de pandémie, démarches légales, les défis vécus par le PDG du CIUSSS de l'Estrie - CHUS depuis son entrée en poste en juin 2019 sont nombreux. Si le Dr Stéphane Tremblay admet que la pandémie a chamboulé tous ses plans, il affirme garder les deux mains solidement sur le gouvernail pour éviter que le navire sombre. Entrevue avec la journaliste Marie-Eve Lacas.

La mise en demeure de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ)

Je l'ai reçue avec respect. C'est un geste qui a été [accueilli] avec une forme de respect pour nos employés, qui vivent cette situation, et de la compréhension, selon ma perception de PDG. Je ne l'ai pas reçue comme un geste à connotation négative. Pour moi, je le vois comme un élément constructif.

Ça s'inscrit aussi dans le cadre de nos échanges avec nos partenaires syndicaux, qui sont peut-être moins publics, mais qui sont, je pense, somme toute très transparents. J'échange avec nos partenaires syndicaux chaque semaine depuis 2020, parfois même plusieurs fois par semaine.

« Ce que nos employés vivent, notre communauté vit, on en parle ensemble. On n'a pas toujours les mêmes solutions et les mêmes orientations, mais nous sommes quand même capables de nous parler. »

— Une citation de  Dr Stéphane Tremblay, PDG au CIUSSS de l'Estrie - CHUS

On sort d'un contexte inédit. Le temps supplémentaire obligatoire (TSO), effectivement, il a doublé depuis la dernière année. Toujours sur les mêmes personnes. C'est là qu'il y a un enjeu. Ce n'est pas 100 % des infirmières qui font du TSO. C'est toujours concentré dans les mêmes secteurs : soins intensifs néonataux, urgences, soins intensifs adultes. Et quand la souffrance commence à paraitre dans une équipe, parfois, on perd des gens en cours de route et les modalités de TSO progressent au fil du temps.

Ce n'est pas n'importe qui qui peut aller travailler dans une salle d'urgence ou aux soins intensifs néonataux. On ne peut pas substituer des employés en quelques heures! Cela nous donne un indice qu'il faut changer nos façons de faire.

« Il y a un message minimal dans cette mise en demeure. Mais démarches juridiques ou non, la situation reste la même pour nos employés et il faut qu'on s'y attaque. »

— Une citation de  Dr Stéphane Tremblay, PDG au CIUSSS de l'Estrie - CHUS

Les gens qui prennent parole publiquement, je les écoute, j'essaie d'apprendre. Je sais que ça prend une forme de courage pour le faire.

La pénurie de main-d'oeuvre

Au cours des 20, 25 années qu'on vient de vivre, force est d'admettre qu'on n'a pas toujours pris les bonnes orientations et décisions. C'est peut-être plus facile de le dire aujourd'hui qu'il y a 20 ans.

Personne n'avait prévu l'arrivée de la pandémie, qui a quand même chamboulé beaucoup de plans qui étaient en cours de route pour améliorer ou s'adapter à la réalité du marché du travail.

« La pandémie a soufflé l'ensemble des priorités au CIUSSS de l'Estrie - CHUS. La crise d'urgence sanitaire, c'est du jamais vu. »

— Une citation de  Dr Stéphane Tremblay, PDG au CIUSSS de l'Estrie - CHUS
Le Dr Stéphane Tremblay

Le Dr Stéphane Tremblay est entré en poste l'année précédant la pandémie.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Effectivement, la pandémie a accéléré certaines choses, et notre capacité est différente maintenant. Elle a accéléré une certaine forme de pénurie. Pendant la pandémie, il y a de la main-d'oeuvre qui était moins disponible, comme les femmes enceintes, les personnes avec des maladies chroniques. Cela a baissé notre capacité.

Il reste de la marge de manoeuvre, mais elle va venir des gens. Je dois leur laisser cette marge-là.

« Il ne faut pas toujours les critiquer et avoir une culture du blâme. Dans la vie, il n'y a pas un humain qui prend toujours les bonnes décisions. »

— Une citation de  Dr Stéphane Tremblay, PDG au CIUSSS de l'Estrie - CHUS

Je veux rassurer [les employés] que je les entends [...] Je peux vous assurer que je suis très sensible au fait que l'environnement de travail est très aride. Et si la qualité des services est présente, c'est que les humains qui y travaillent pallient énormément de choses au quotidien.

« À ceux qui travaillent dans les pédiatries, les urgences, etc., je suis très conscient, très sensible. Ma volonté est d'améliorer les choses très rapidement pour eux. »

— Une citation de  Dr Stéphane Tremblay, PDG au CIUSSS de l'Estrie - CHUS

Pour moi, la loi d'omerta, elle n'est pas là. Elle ne fait pas partie de mon univers. Je ne dis pas que des gens ne la perçoivent pas. Par contre, je vous poserais la question inverse : au cours des trois dernières années, combien de personnes ont eu des représailles parce qu'elles ont parlé publiquement sur des éléments qui ne concernaient pas des défauts en lien avec leur code de déontologie ou des bris de confidentialité? Aucun.

La livraison des services à la population

On se doit absolument de moduler des services. Ce qu'on vit actuellement ne pourra pas être relevé sans défi, sans changement.

Certaines choses doivent être transformées, d'autres doivent revenir à la normale, comme le service d'obstétrique de Lac-Mégantic, qui est un service essentiel. Par contre, les services qu'on retrouve dans l'environnement de l'urgence de Windsor, c'est un bel exemple d'un endroit où on doit regarder avec les partenaires comment transformer les services.

La pandémie a amené aussi de grandes opportunités. Avant, penser sortir l'expertise du Centre universitaire pour l'amener vers Cowansville ou Mégantic, personne n'y croyait. Maintenant, avec la mobilité et la télémédecine, on peut rêver à autre chose.

Le Dr Stéphane Tremblay en conversation avec Marie-Eve Lacas.

Le PDG du CIUSSS de l'Estrie - CHUS a abordé les différents défis du réseau avec la journaliste Marie-Eve Lacas.

Photo : Radio-Canada

Un retour vers une forme de gestion locale

On n'a pas tout bien fait en 2015. On a fait du mieux qu'on pouvait avec notre compréhension de la réforme du Dr Barrette. On a fait de bons coups. Mais il y a des éléments où on doit prendre un pas de recul. L'objectif est d'amener près du milieu de vie, en présentiel ou en virtuel, le service demandé. Il a des choses qu'on doit revoir dans la polyvalence de nos CLSC, dans la mobilité de nos employés.

On a annoncé notre projet-pilote de coordination opérationnel local au Centre hospitalier de Granby. C'est un bel exemple.

La gouvernance qui a été mise au sein du CIUSSS de l'Estrie - CHUS n'était pas trop grande. Il y a des éléments de qualité et de sécurité qui se sont améliorés au fil des dernières années. On rencontre des normes, qui sont assez sévères. Et la plupart des établissements n'auraient pas passé ces normes en 2015. Mais en termes de gouvernance, il faut comprendre qu'il faut parfois se teinter de la couleur locale. Qu'est-ce qu'on peut redonner aux gens pour qu'ils prennent leurs propres décisions? [...] La réalité du quotidien, gérer le personnel, les unités, la gestion des départs, qu'ils n'attendent pas après quelqu'un.

« Il faut redonner du pouvoir aux gens. »

— Une citation de  Dr Stéphane Tremblay, PDG au CIUSSS de l'Estrie - CHUS

Comprendre la détresse des patients

Quand je vois l'organisation du CIUSSS de l'Estrie - CHUS et comment les secteurs d'activité offrent leurs services, ils ne peuvent pas gérer eux-mêmes les services, organiser les services et être juges de ce qui se passe dans leurs services. J'ai fait beaucoup d'efforts depuis trois ans pour qu'il y ait des gens compétents ou des groupes compétents qui peuvent porter un regard sur la qualité et la sécurité des services qu'on offre dans les différents milieux. Je pense qu'on a besoin d'un oeil externe pour s'améliorer.

Les usagers, pour moi, c'est vraiment important. Ce qu'ils vivent et ressentent, c'est vraiment important. Une proche aidante, que je ne connaissais pas, m'a écrit et je l'ai appelée. J'ai échangé une vingtaine de minutes et elle m'a fait part de ce qu'elle a vécu. J'étais vraiment sensible à ce qu'elle a mentionné. Sans dire que les équipes n'ont pas répondu aux besoins, parce qu'ils l'ont fait dans le cadre qu'on leur a donné, ça me démontrait qu'on était sur la bonne voie en disant qu'il faut donner de l'oxygène aux équipes pour qu'ils puissent adapter l'offre de services pour s'adapter à la réalité de certaines personnes.

« Quand on est capable d'identifier des gens qui expriment avoir vécu un événement malheureux, ou un épisode de soins qui ne s'est pas passé comme il le souhaitait, je m'assure que quelqu'un va les contacter. Pas pour changer leur perception, mais pour voir comment s'améliorer. »

— Une citation de  Dr Stéphane Tremblay, PDG au CIUSSS de l'Estrie - CHUS

Je ne veux pas changer le fait qu'un usager veut porter plainte, cela regarde la personne. Par contre, si la personne peut nous aider à améliorer les services, ça, j'aimerais le capter.

Le Dr Stéphane Tremblay dans l'oeil d'une caméra.

Le Dr Stéphane Tremblay assure tenter de communiquer avec les patients qui expriment publiquement leur mécontentement envers les soins reçus.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

La tutelle de la DPJ

Le décès de la jeune fille [de Granby] est un événement inqualifiable, que je ne pourrai et que je ne dois pas oublier. Cet événement fort malheureux pour le Québec, pas juste l'Estrie, a été un déclencheur de revoir comment notre société peut assurer la sécurité des jeunes et de leur famille.

Quand on voit le parcours fait depuis juillet 2019, il y eut beaucoup de boulot fait à la DPJ. Actuellement, dans sa façon de travailler, dans sa façon de soutenir ses employés, dans ses orientations mises en place et dans sa formation, c'est une DPJ qui répond aux normes des DPJ au Québec.

En même temps, ça demeure un pompier qui éteint les feux, et ça ne peut pas être ça. Il faut porter l'ensemble de cette responsabilité avec l'ensemble des partenaires et la société.

« Ce qu'il faut réaliser socialement, c'est qu'en Estrie, on reçoit de 175 à 210 signalements par semaine. Ça n'a aucun sens. Ça ne peut pas être que la DPJ qui en est responsable. Qu'est-ce qui se passe pour qu'une société se retrouve avec ce niveau de détresse? »

— Une citation de  Dr Stéphane Tremblay, PDG au CIUSSS de l'Estrie - CHUS

On reste quand même avec un volume de travail très élevé. Mais les équipes ont de meilleures pratiques, de la formation et du soutien que ce qui existait au printemps 2019.

Comme partout, il reste des équipes incomplètes et on leur en demande beaucoup. Tout ça est vrai. Est-ce que le nombre de professionnels devrait augmenter? Je pense qu'il devrait diminuer, si on fait bien notre travail.

Avec les informations de Marie-Eve Lacas

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