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Procès des attentats du 13 novembre : lorsque les mots apaisent la souffrance

La période de témoignages des parties civiles tire à sa fin au procès, à Paris, des terroristes responsables des attaques contre le stade de France, le Bataclan et des restaurants parisiens. Survivants et proches de victimes reviennent sur leur expérience.

Le calme feutré du palais de justice.

La salle d'audience pour le procès des attentats du 13 novembre a été créée de toutes pièces à l'intérieur du vieux palais de justice sur l’Île-de-la-Cité.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Au départ, Stéphane de Bourgies ne voulait pas aller au palais de justice.

J’ai dit non, ça ne sert à rien, et mes enfants disaient pareil : "on n’a pas envie d’y aller".

Ce sont finalement les témoignages d’amis qui étaient avec sa femme, Véronique, le soir de son assassinat au restaurant La Belle Équipe, qui l’ont poussé à se rendre dans la salle d’audiences consacrée aux attentats du 13 novembre 2015.

En arrivant dans la salle moderne, créée à même le vieux palais de justice sur l’Île-de-la-Cité, Stéphane de Bourgies a alors compris l’ampleur de la chose.

J'ai été en larmes à chaque témoignage que j'écoutais, dit-il, et en fait, j'ai réalisé une chose, c'est que ça, c'est vachement important.

« Depuis six ans, je vis avec mon histoire que j'ai apprivoisée à ma manière. Et là, pour la première fois en six ans, j'écoutais les mots de gens qui ont souffert eux aussi. »

— Une citation de  Stéphane de Bourgies
Stéphane de Bourgies pose fièrement, décidé.

Stéphane de Bourgies a perdu sa femme, Véronique, dans les attentats.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Puis sa fille Mélissa a elle aussi finalement décidé de témoigner.

Et bien que leur prise de parole n’était pas prévue, le père et la fille ont pu se présenter à la barre.

Le fait d'avoir parlé, en fait, lui a fait beaucoup de bien, même si on appréhendait un peu. Elle s'est libérée de quelque chose, raconte Stéphane de Bourgies, à propos de sa fille.

Une solidarité à toute épreuve

Revenir sur la tragédie devant un juge, des dizaines d’avocats et de journalistes, mais aussi en présence des 20 coaccusés, entourés de gardes derrière une vitre, représente un moment fort en émotions pour les témoins.

J’avoue que j’étais évidemment stressé, angoissé, parce que c’était un moment à la fois très personnel, très lourd de sens, raconte Olivier Laplaud à la sortie de la salle d’audience.

Survivant de l’attentat du Bataclan, il est resté caché plus de deux heures dans une loge pendant l’attaque terroriste et l’assaut des forces de l’ordre qui a suivi.

Maintenant vice-président de l’Association Life for Paris, Olivier Laplaud se dit habitué à prendre la parole publiquement. Mais il admet que, pour d’autres survivants ou proches de victimes, revenir sur leur histoire peut être plus sensible. Pour certains, c’est la première fois qu’ils le font, précise-t-il.

Procès des attentats du 13 novembre 2015 en chiffres :

  • 1750 parties civiles
  • 300 avocats
  • 20 coaccusés
  • 131 morts lors des attentats au Bataclan, dans des restaurants parisiens et au Stade de France.

Depuis des mois, son organisation tente d’épauler ses membres en vue du procès. Un balado a par exemple été créé, notamment pour expliquer aux participants le fonctionnement des audiences et comment se préparer à témoigner.

On est là pour les soutenir, pour les aider à trouver les mots, les rassurer, explique Olivier Laplaud.

Pendant le procès, les parties civiles peuvent aussi compter sur l’appui de l'organisme Paris Aide aux victimes, qui est souvent déployé dans ce genre d’événement.

Dans les couloirs du palais de justice, les membres de l’organisation sont bien visibles, vêtus de vestes bleues.

En conversation avec un de ses bénévoles.

La directrice de Paris Aide aux victimes, Carole Damiani.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Il y a une quinzaine d'accueillantes et de psychologues qui ont pour mission de soutenir les parties civiles qui sont présentes, explique la directrice de Paris Aide aux victimes, Carole Damiani. Les psychologues vont vers les victimes ou sont interpellés par les victimes qui auraient besoin de parler, d'échanger, voire de se reposer, de faire une pause, parce que les débats sont très lourds parfois.

L’organisation a aussi établi une ligne téléphonique pour les survivants et les proches de victimes qui suivent les audiences à distance, par le biais d’une diffusion numérique.

Carole Damiani constate que, pour de nombreuses personnes, l’aide vient d’abord de proches qui les accompagnent dans le processus.

Ils se consolent les uns les autres, donc nous faisons attention de ne pas être trop intrusifs dans ces moments-là parce que la famille, c'est quelque chose d'important, dit-elle. Mais nous sommes là, souvent dans un second temps.

En plus de l’importance des proches et de la famille, Olivier Laplaud, survivant du Bataclan et vice-président de l’Association Life for Paris, évoque l’importance de la solidarité entre victimes.

« Il y a cet esprit familial. On est tous ensemble pour la vie. Ce qui ne nous a pas séparés dans la mort, on l'a retrouvé dans la vie. »

— Une citation de  Olivier Laplaud, vice-président de l’Association Life for Paris
Il pose devant la salle d'audience où se tient le procès.

Olivier Laplaud, survivant des attentats au Bataclan et vice-président de l’Association Life for Paris

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Un procès loin d’être terminé

Avec la fin des témoignages des parties civiles, un chapitre important des procédures se clôturera. Mais le procès des attentats du 13 novembre 2015 se poursuivra pendant encore plusieurs mois.

En novembre, l’ancien président François Hollande et son ex-ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve sont appelés à témoigner.

En janvier, les coaccusés, dont Salah Abdeslam, le seul survivant parmi le commando, seront interrogés.

Pour affronter des moments qui pourraient s’avérer difficiles sur le plan émotionnel, Olivier Laplaud promet que son association sera au rendez-vous pour ses membres, question de continuer à les épauler au jour le jour.

Stéphane de Bourgies, lui, n’entend pas prêter attention chaque jour à ce procès qui ne ramènera pas Véro, ma femme, Véro, la mère de mes enfants.

Mais il reconnaît que le processus judiciaire, au cours duquel sa fille et lui ont vécu une parenthèse très émouvante, est indispensable.

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