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Peut-on modifier rapidement le vaccin si un variant plus coriace apparaît?

Deux mains tiennent une seringue et une fiole de vaccin.

Une travailleuse de la santé prépare une dose d'un vaccin contre la COVID-19, le 29 septembre 2021 à Southfield, au Michigan.

Photo : Reuters / Emily Elconin

Le variant Delta a largement remplacé les trois autres variants préoccupants, mais rien ne dit qu'un autre, encore plus virulent, ne viendra pas changer la donne. Au point de forcer la mise au point d'une nouvelle version des vaccins existants contre la COVID-19.

Produire une version efficace contre le nouvel intrus ne se fera pas en un clin d'œil, mais cela prendra malgré tout beaucoup moins de temps que ce fut le cas pour la première version.

Les experts surveillent déjà de près l’apparition de nouveaux variants grâce au séquençage, qui consiste à déterminer la séquence nucléotidique de l'ADN, rappelle d'entrée de jeu Benoit Barbeau, professeur au Département des sciences biologiques de l'UQAM et spécialiste en virologie.

En repérant rapidement de nouvelles mutations préoccupantes dans la molécule du SRAS-CoV-2, la composition génomique peut être rendue disponible très rapidement aux compagnies responsables de produire les vaccins, explique M. Barbeau.

Et fort heureusement, l’avantage de la technologie utilisée dans les vaccins à ARN messager (Pfizer-BioNTech et Moderna) est qu’elle permet de changer la formule rapidement et simplement, explique le Dr Alan Bernstein, directeur et PDG de CIFAR, un organisme de recherche mondial basé au Canada.

Ce sont des vaccins remarquables. Nous sommes très chanceux que la technologie ARN ait été là au bon moment. Ils sont très polyvalents. On peut changer la séquence de l’ARN en quelques jours, déclare le Dr Bernstein, qui est également membre du groupe de travail canadien sur les vaccins contre la COVID-19 et siège au comité consultatif scientifique de la Fondation Bill et Melinda Gates.

« La technologie de vaccins ARN a changé notre façon de concevoir les vaccins à une vitesse grand V, d’être capables de les changer rapidement. »

— Une citation de  Benoit Barbeau, professeur au Département des sciences biologiques de l'UQAM et spécialiste en virologie
Découvrez-vous comment fonctionnent les vaccins contre le SRAS-CoV-2.

Combien de temps avant qu’une nouvelle version soit administrée?

Selon le Dr Bernstein, le délai entre la production d’un vaccin mis à jour et une nouvelle campagne de vaccination prendra beaucoup moins de temps que les neuf mois qui ont été nécessaires pour la première version.

En juin, Pfizer a indiqué qu’elle pourrait développer et produire une nouvelle version du vaccin adapté à un nouveau variant en 100 jours. D'ailleurs, toutes les compagnies s’y préparent depuis plusieurs mois en faisant régulièrement des tests avec divers variants en circulation pour améliorer leur processus.

Pour faire face à l’immense demande des premières doses, les compagnies pharmaceutiques ont dû augmenter et optimiser leur production, ce qui fait qu'elles sont désormais prêtes à produire des millions de doses en un court laps de temps.

Peut-être que nous pourrons même en produire au Canada, espère le Dr Bernstein, faisant référence aux annonces du gouvernement fédéral concernant la construction d'usines de fabrication de vaccins au pays, notamment à Montréal.

Le délai entre la création d’un nouveau vaccin et sa distribution sera largement fixé par les agences comme la FDA et Santé Canada, qui détermineront si les vaccins doivent être soumis à davantage d’études cliniques, précise le Dr Bernstein.

Les gens oublient que Moderna a créé le vaccin en moins d’une semaine, rappelle-t-il. C’est le processus d’approbation et les études qui ont pris environ neuf mois.

Des essais cliniques de phase 1 et 2 seront probablement exigés pour s’assurer que le vaccin suscite une réponse immunitaire, mais la phase 3 ne serait pas nécessaire, estiment les deux experts. Ceci accélérerait de beaucoup le processus. Par exemple, la phase 3 de l’essai clinique pour le vaccin de Moderna a pris cinq mois.

Essais cliniques

Phase 1 : Le vaccin est évalué chez l'humain, cette étude permet de savoir jusqu'à quel point le vaccin est sans danger et quelle est la meilleure dose à administrer.

Phase 2 : On continue d’évaluer si le vaccin est sans danger, s’il produit des effets secondaires, et on démontre son degré d’efficacité. En général, moins de 100 personnes y participent.

Phase 3 : Pour démontrer l’innocuité et l’efficacité du vaccin, comparer les résultats à ceux obtenus avec les traitements existants, et en confirmer la posologie, l’innocuité et l’efficacité. Cette phase regroupe généralement des centaines, voire des milliers de participants.

M. Barbeau précise que la composition d’une nouvelle version du vaccin serait presque identique à la version actuelle. Les autres ingrédients, comme les sels, sucres et nanoparticules lipidiques, n'auraient pas à être modifiés.

C’est la même technologie, dit M. Barbeau. La seule chose qui va changer, c’est l’ARN qui va produire la protéine. Celle-ci sera plus représentative du variant en circulation. On parle de changements de 3-4 acides aminés. À moins qu’il y ait des changements vraiment importants dans la formulation, on pourra passer assez rapidement à l'étape de production.

Cette méthode accélérée est déjà utilisée lors de la création des vaccins annuels contre la grippe. La composition de ceux-ci doit régulièrement être mise à jour pour faire face à un virus qui évolue constamment.

Ce qui sera le plus important, dit M. Barbeau, c’est que les différentes agences de régulation s’entendent sur quels variants seront privilégiés dans une nouvelle version.

C'est important qu'il y ait un certain consensus. On ne peut pas laisser les compagnies pharmaceutiques y aller selon les variants qui leur plaisent, ajoute M. Barbeau.

Comment savoir si un nouveau variant échappe au vaccin actuel?

Dans le cas de l'influenza, les centres nationaux de la grippe à travers le monde effectuent la surveillance annuelle des variants, ce qui permet à l’OMS de formuler des recommandations quant à la composition du vaccin antigrippal. Chaque pays prend alors sa propre décision quant aux virus à inclure dans les vaccins antigrippaux.

Dans le cas de la COVID-19, la réponse n’est pas encore claire, mais un signe serait une hausse significative des hospitalisations.

Des fioles de vaccins manipulées par deux personnes portant des gants.

Des employés d'une usine de production à Sao Paolo, au Brésil, préparent des doses du vaccin Sinovac.

Photo : Reuters / AMANDA PEROBELLI

Combiner plusieurs variants et l’influenza

De plus, il y a des discussions pour combiner le vaccin contre la COVID-19 avec celui de l’influenza. C’est comme les combinaisons de vaccins pour les enfants, dit le Dr Bernstein. Ça accélérerait le processus et ça coûterait moins cher.

M. Barbeau ajoute qu’une des raisons pour lesquelles on hésite à donner une troisième dose du vaccin à toute la population en ce moment est qu’il est probablement plus sage d’attendre une version plus à jour du vaccin. Il rappelle que le vaccin actuel a été conçu en fonction de la souche originale, d’abord découverte à Wuhan.

Puisque cette technologie peut être adaptée très rapidement, il est possible de prendre un certain temps pour décider si une troisième dose est nécessaire immédiatement ou s’il vaut mieux attendre d'avoir une troisième dose adaptée à un nouveau variant, dit M. Barbeau.

Quel est le risque d’un nouveau variant qui échappe au vaccin?

Selon M. Barbeau et le Dr Bernstein, la bonne nouvelle est que les vaccins sont encore très efficaces pour contrer l'ensemble des variants qui circulent, particulièrement face aux symptômes graves.

Mais les deux experts sont aussi réalistes : la probabilité d’un nouveau variant qui échappe au vaccin est directement liée à la quantité de virus en circulation. Et avec près de 3 millions de nouvelles infections à travers le monde chaque semaine, le risque est encore élevé.

Le Dr Bernstein pense qu'une des raisons qui expliquent pourquoi on n'a pas observé un nouveau variant préoccupant depuis l'apparition du Delta est la vaccination.

C’est dans notre intérêt de vacciner tout le monde sur la planète le plus rapidement possible. Ça réduit les risques d’un nouveau variant, ajoute-t-il.

Le Dr Bernstein prévient que les pays où le taux de vaccination est élevé, comme le Canada, sont également à risque d’être envahis par un nouveau variant. Le variant Delta est apparu d’abord en Inde et s’est propagé à travers le monde en quelques semaines. On le sait, avec un virus, il n’y a pas de frontières, rappelle-t-il. Si un nouveau variant apparaît ailleurs, il va probablement arriver au Canada, comme ce fut le cas avec le variant Delta.

L’OMS classe les variants en trois catégories.

Variants préoccupants

  • augmentent la transmissibilité ou la virulence;

  • diminuent l’efficacité des mesures de santé publique, des vaccins et des traitements;

  • 4 variants sont classés « préoccupants » (Alpha, Bêta, Delta et Gamma).

Variants à suivre

  • présentent des modifications génétiques qui affectent ou qui pourraient affecter la transmissibilité du virus, la gravité de la maladie, la capacité d’échapper au diagnostic, au traitement ou au vaccin;

  • causent une transmission communautaire importante ou plusieurs foyers de COVID-19;

  • 2 variants sont classés « à suivre » : Lambda (C.37, découvert au Pérou) et Mu (B.1.621, découvert en Colombie).

Variants sous surveillance

  • présentent des modifications génétiques soupçonnées d’affecter les caractéristiques du virus, sans que les preuves de répercussions soient claires à l’heure actuelle;

  • l’OMS surveille 14 variants.

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