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Passer l’hiver dans une tente, « ça ne me fait pas peur »

Dave Hauriel devant sa tente.

Dave Hauriel dit avoir choisi d'être sans-abri en 2003.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Avec l'hiver qui pointe son nez, les refuges d'urgence pour itinérants s'attendent à être pleins dès le début novembre. Calgary compte près de 3000 sans-abri, soit la moitié des itinérants en Alberta. Si la majorité espère trouver une place dans un centre, d’autres se préparent à dormir dehors, par choix.

À 50 mètres de la route, caché derrière une épaisse couche de feuilles et d’arbres, Dave Hauriel travaille sur sa collection de vélos. Avec un couteau et une brosse métallique, il gratte minutieusement un de ses sept vélos pour faire partir la peinture.

Depuis cinq mois, Dave Hauriel vit dans deux grandes tentes près de la rivière Bow à Calgary. Dans cette habitation de fortune, cet Albertain solitaire de 48 ans est équipé pour vivre en autonomie.

Des branchages installés autour des tentes et de la peinture de camouflage sur la toile font qu'elles se fondent dans la nature. À l’intérieur, des draps et des couvertures de survie sont accrochés aux murs. Dave Hauriel dort sur un matelas gonflable et stocke sa nourriture dans trois glacières.

Tout sauf les refuges

Ce mode de vie, il dit l'avoir choisi. Je me sens plus libre ici que dans un centre d'hébergement. Je peux boire des bières si je veux et je ne risque pas de me faire voler mes affaires, explique-t-il.

Il ne lui manque que de l'eau courante et l'électricité. Dave Hauriel se déplace donc chaque jour au centre d'aide aux sans-abri Drop-In pour prendre une douche et recharger son téléphone.

La rue fait partie de son quotidien depuis une rupture amoureuse compliquée alors qu’il vivait à Toronto, en 2003. Après avoir arrêté l’usage de drogues dures, il a fini par revenir dans sa ville natale pour y vivre de petits boulots.

Depuis son retour, Dave Hauriel a dormi dans tous les refuges de Calgary, mais ce nouveau mode de vie, en tentes et proche de l’eau, le ravit. Je suis heureux. Je n’ai pas de propriétaire qui me surveille. Seulement cinq personnes savent où j'habite. C’est comme si j’avais un grand jardin.

Une grande tente cachée dans une forêt près de berges à Calgary.

Le camp de fortune où Dave Hauriel est installé depuis mai.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Mourir de froid

Les prochains mois glacials ne lui font pas peur. D'ici novembre, je vais tout bien isoler. J'ai des réchauds au propane et des vêtements chauds. Je me sens prêt pour l'hiver, assure-t-il.

Selon la Fondation des sans-abri de Calgary, ils seraient une soixantaine à vivre dans des tentes ou des installations de fortune dans la ville, soit une minorité (2 %) sur les près de 3000 itinérants au dernier recensement.

Plusieurs fois par semaine, l'association Mustard Seed fait des rondes dans les quartiers pour débusquer les itinérants et les convaincre de venir dormir dans un des 300 lits disponibles dans leurs établissements.

Certains préfèrent prendre le risque de mourir de froid ou d'être expulsés s'ils sont découverts. Camper près de la rivière est interdit. S’ils sont trouvés par des officiers de la paix, ils ont jusqu’à 72h pour quitter les lieux.

Dave Hauriel debout dans sa tente principale où il mange et dort.

Dave Hauriel compte améliorer l'isolation de sa tente d'ici novembre.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Dave Hauriel aimerait voir la Ville créer un espace autorisé et aménagé pour les itinérants désireux de vivre dans des tentes, mais ce n'est pas dans les plans du conseil municipal, nous confirme un porte-parole.

Notre priorité est de s'attaquer aux problèmes sous-jacents de l'itinérance, c'est-à-dire les traumatismes, les toxicomanies et les maladies mentales, écrit le service de communication municipal.

La construction de logements sociaux est aussi une solution privilégiée par les autorités et les organisations sociales de Calgary afin d'assurer une réintégration durable dans la société.

Manque de logements abordables

Selon le rapport Foundations for Home décrivant la stratégie de la Ville pour 2016-2025, Calgary compte 12 000 logements abordables, soit 3 % du marché. C’est moins qu’à Toronto, Ottawa, Edmonton et Vancouver. Pour atteindre la moyenne nationale de 6 %, il en faudrait 15 000 de plus.

La nouvelle mairesse, Jyoti Gondek, veut d’ailleurs faire de ce dossier une des priorités de son mandat.

On va avoir besoin de 100 000 logements abordables d’ici 2025. Beaucoup d’efforts ont été faits avec la Ville pour réduire les temps d’obtention d’un permis de construire. Ça a porté ses fruits depuis une dizaine d’années, explique Bryan Romanesky, urbaniste et président de Horizon Housing Society qui construit des logements sociaux.

Des matelas à terres séparées par des cloisons basses.

Le jour, le refuge Mustard Seed au sud-est de Calgary est presque vide. Certains usagers sont dehors à chercher du travail. Mais la nuit, surtout à l'approche de l'hiver, il est plein.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Andrew Gusztak, responsable des opérations dans les rues à Mustard Seed, avoue que le plus dur pour construire des logements abordables est de trouver le financement. Ensuite vient le défi de faire accepter à un quartier la construction de ces bâtiments qui abriteront des individus au passé cabossé, comme Dave Hauriel.

Pour ne pas se faire remarquer, l'Albertain évite de faire des feux près de sa tente. La clé, c’est de garder l’endroit propre, dit ce quadragénaire qui espère vivre plusieurs mois, voire années, dans son campement sauvage riverain.

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