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Pourquoi la production de pétrole atteint un record

De la machinerie lourde en action dans une mine de sables bitumineux, près de Fort McMurray, dans le nord de l'Alberta.

Après les quotas de production et la pandémie, le secteur peut produire à son plein potentiel.

Photo : Reuters / Todd Korol

En moyenne, plus de 3,6 millions de barils de pétrole sont produits chaque jour en Alberta depuis le début de l’année, un record historique pour les sables bitumineux de la province.

L'analyste en chef du secteur pétrolier de l'entreprise américaine d'information économique IHS Markit, Kevin Birn, soutient que le secteur revient à son plein potentiel après plusieurs années d’instabilité.

Bien avant la pandémie, rappelle-t-il, l’industrie pétrolière de l’Ouest canadien faisait face à un manque de place dans les pipelines et devait vendre son pétrole au rabais.

Pour remédier au différentiel de prix entre le pétrole canadien et le marché mondial, le gouvernement albertain a institué des plafonds de production en janvier 2019 qui ont été maintenus jusqu’en décembre 2020.

Et en 2020, nous avons eu une diminution massive de la demande, ce qui a encore plus ralenti la production. Les pétrolières n’ont pas pu utiliser toutes leurs installations et on voit cette pleine utilisation maintenant, explique-t-il.

Une capacité accrue d'exportation

Une pleine utilisation facilitée par la mise en service de la ligne 3 d’Enbridge qui a soulagé en partie les problèmes de capacité d’exportation des entreprises canadiennes, selon Tommy Chu, associé de recherche principal pour la firme d’analyse énergétique Enverus. Ce pipeline peut transporter 270 000 barils de pétrole supplémentaire sur le réseau nord-américain.

Le prochain gros morceau, c’est l’agrandissement de TransMountain qu’on attend à la fin 2022, début 2023. Cela va accommoder un peu plus de croissance de production pétrolière en Alberta, souligne-t-il.

Le chantier de la rénovation de la ligne 3 d'Enbridge près de Hardisty, en Alberta.

Après plusieurs délais et des mois de construction, le pétrole coule dans la canalisation 3 d'Enbridge entre l'Alberta et l'est des États-Unis.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Pelletier

Aucun des deux analystes ne croit cependant que ce rythme de croissance durera longtemps, même si les prix élevés du pétrole apportent un peu plus d’incertitude à leurs prédictions.

C’est la question à un million de dollars que tout le monde se pose. Les pétrolières vont-elles céder au chant des sirènes des prix élevés de pétrole, se demande M. Chu.

La pression des investisseurs

Pour l’instant, la plupart des entreprises donnent la priorité au paiement de leurs dettes et aux dividendes d’actionnaires plutôt qu’à la mise en place de nouveaux projets ou de plans d’expansion.

Le directeur des marchés à l'Association canadienne des producteurs de pétrole, Mark Pinney, est confiant. Dans une déclaration envoyée par courriel, il indique que de nombreuses entreprises ont l'intention d'accroître leurs activités grâce au programme gouvernemental de nettoyage des puits et en réponse aux prix élevés du pétrole.

Selon M. Birn, l’inconnu est le pétrole conventionnel. En un mois, un nouveau puits peut-être foré pour augmenter la production. Pour leur part, les projets de sables bitumineux prennent eux jusqu’à 5 ans avant de se mettre en place. Notre prédiction est un ralentissement de la croissance dans l’Ouest canadien. Il y a un peu de place pour plus de productivité, mais sinon aucun nouveau projet n’est en voie d’être approuvé, explique-t-il.

La cheminée d'une industrie pétrolière à Edmonton, en Alberta.

Les politiques de réduction des émissions de CO2 forcent les pétrolières à considérer toute stratégie d'expansion avec prudence.

Photo : Getty Images / Don White

Tommy Chu partage cette analyse d’autant plus que la lutte contre les changements climatiques dissuade les investisseurs de s’engager dans des projets pétroliers.

Certaines entreprises avaient parié que le pic de la demande de pétrole avait déjà été atteint. Cette cible bouge constamment, selon M. Chu, mais elle fait sentir de plus en plus ses effets sur les décisions d’investissement.

« Les investisseurs ne veulent pas entendre parler de projets pour lesquels les entreprises ne seront pas capables de réduire les émissions de gaz à effet de serre. »

— Une citation de  Tommy Chu, associé de recherche, Enverus

L’Agence internationale de l’énergie a d’ailleurs appelé les pays producteurs à renoncer à tout projet pétrolier ou gazier pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

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