•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Contrer les violences conjugales dans les communautés immigrantes

Un homme serrant le poing devant une femme qui a les mains sur le visage.

Début octobre, Xavière Miyamitoro a été tué par son conjoint, laissant dans le deuil deux enfants et sa communauté.

Photo : Shutterstock

Après le meurtre d’une femme de la communauté burundaise de Windsor par son conjoint au début du mois d’octobre, des leaders communautaires appellent leurs membres à dénoncer les violences conjugales.

Marie Aganze est encore sous le choc.

Quand tout le monde a appris que notre sœur Xavière Miyamitoro a été assassinée par son mari, la communauté a été mobilisée, explique-t-elle.

Une femme pose avec un drapeau sur les épaules

Marie Aganze Acefede, vice-présidente de l'Association congolaise de Windsor-Essex, encourage les femmes à porter plainte.

Photo : Soumis par Marie Aganze Acefede

Mme Aganze fait partie du groupe de femmes qui a pris en charge les deux enfants de 5 et 17 ans laissés dans le deuil après l’assassinat de leur mère.

Originaire de la République démocratique du Congo, elle n’est toutefois pas si étonnée.

Dans notre communauté, on a un grand défi, celui des violences domestiques, confie-t-elle.

Un dur constat que fait aussi Yvon Muya Cimanga, doctorant en études de conflit et professeur à temps partiel à l'École en études de conflits de l'Université Saint Paul d’Ottawa.

Dans certains pays, l’homme se mettait à battre sa femme pour corriger un problème familial. Certaines personnes transportent encore cette culture-là jusque dans leurs nouveaux pays d'accueil. C’est malheureux, déplore-t-il.

Briser le silence

Si le phénomène est bien connu, il est rarement dénoncé.

Les violences domestiques, c'est quelque chose dont on ne parle pas. Si je dis que mon mari me maltraite, c’est une honte, explique Marie Aganze, qui encourage les femmes à porter plainte.

C'est le temps de dire non. S’il y a un problème, mobiliser les familles et les couples pour que ça ne puisse pas mener à des haines jusqu'à ce que les gens s'entretuent, dit-elle.

Audace Ndayishimiye en costume sans cravate et portant des lunettes.

Audace Ndayishimiye, président de la communauté burundaise de Windsor, veut lever le voile sur le tabou de la violence conjugale.

Photo : Autorisation d'Audace Ndayishimiye

Audace Ndayishimiye est le président de l’Association des Burundais de Windsor-Essex. Lui aussi est bien conscient de la situation : C’est connu dans la culture burundaise que le mauvais linge se lave en famille.

Il souhaite toutefois que ses compatriotes parlent au grand jour des violences conjugales qui vont jusqu’à plonger des familles dans le deuil.

Il faut rompre avec cette culture du silence. Actuellement, il est plus que temps que des gens changent de mentalité, prennent au sérieux les cas de violences conjugales et les dénoncent le plus rapidement possible pour sauver ce qui peut être sauvé, plaide-t-il.

Dada Gasirabo devant une affiche de la campagne de sensibilisation contre la violence faite aux femmes.

« La raison principale pour laquelle ces femmes sont tuées est qu’elles sont des femmes », dit Dada Gasirabo, la directrice d’OASIS Centre des femmes.

Photo : Radio-Canada

Parmi les solutions pour enrayer le problème, il faut être en mesure de repérer les signes de violence, explique Dada Gasirabo, directrice générale d’Oasis Centre des femmes, qui vient en aide aux victimes de violence.

Selon elle, ces signes sont souvent subtils et insidieux.

Il y a des signes qu’on ne perçoit pas autour de soi, mais qui sont d'ailleurs plus dévastateurs. Il y a d’abord les signes de la violence verbale, des insultes, des injures, le fait d'empêcher l’autre de parler. Ce sont les signes les plus dangereux qui soient. Nous demandons aux gens d'apprendre ces signes avertisseurs [de violences], explique-t-elle.

Yvon Muya Cimanga pose pour une photo les bras croisés et assis.

Pour Yvon Muya Cimanga, doctorant en études de conflits, certains hommes doivent apprendre à fonctionner dans un environnement sans violence.

Photo : Soumise par Yvon Muya

Éduquer les communautés

Yvon Muya Cimanga souligne pour sa part que de nombreux immigrants arrivent de pays en guerre ou qui ont connu des violences. Dans leur pays d’origine, les structures de soutien aux femmes victimes de violences conjugales sont aussi quasi inexistantes, rappelle aussi le chercheur.

Pour lui, ces hommes ont besoin d'une forme de rééducation pour s'adapter à leur milieu d’accueil.

Quand vous êtes formaté dans la violence, il faut une reprogrammation en quelque sorte pour essayer de comprendre que le milieu de vie a changé, il faut s’adapter, explique M. Cimanga.

Il estime par ailleurs que c'est à la communauté de faire comprendre aux femmes qu’elles ont des droits et qu'elles peuvent sortir de ce contexte de soumission.

Selon le dernier rapport de l'Observatoire canadien du féminicide pour la justice et la responsabilisation, 160 femmes sont mortes des suites d'un acte violent en 2020, ce qui correspond à une femme tuée tous les deux jours et demi.

Vous avez besoin d'aide : vous pouvez contacter l'organisme Fem’aide au 1 877 336-2433 ou consulter le site https://femaide.ca/ ; des services en francais sont disponibles.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !