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Des allégations de racisme à Immigration Canada qui ne surprennent pas

Des gens assis sur une chaise tiennent des drapeaux du Canada.

Un rapport sur le racisme au travail à Immigration Canada révèle de multiples cas de microagressions (archives).

Photo : Radio-Canada / Stephen Lubig

Radio-Canada

« On est vraiment troublés. On est choqués », réagit la vice-présidente aux affaires nationales pour le Syndicat de l’Emploi et de l’Immigration du Canada, Annik Beamish. Les conclusions du rapport sur le racisme au travail à Immigration Canada ne l'étonnent pas, à l'instar d'autres intervenants.

Le Syndicat dit recevoir des plaintes en la matière depuis plusieurs années, mais que les pressions ne portent pas leurs fruits auprès du ministère.

À ce stade-ci, les exemples sont tellement troublants qu'il faut vraiment qu'il y ait des actions concrètes qui soient faites, prévient Mme Beamish. Il y a vraiment une culture du racisme systémique au sein du ministère. Ça fait longtemps que c'est bien enraciné.

Annik Beamish.

La vice-présidente aux affaires nationales pour le Syndicat de l’Emploi et de l’Immigration du Canada, Annik Beamish

Photo : Radio-Canada

C’est dans un rapport intitulé Groupes de discussion des employés d’IRCC sur l’antiracisme qu’on peut lire que des employés ont déclaré avoir été témoins de propos racistes au travail et ignorés pour l’obtention d’occasions de perfectionnement professionnel et de promotions.

Le document décrit des cas de microagressions, et le Syndicat dit ne pas avoir été informé de cette enquête ni de sa publication. La vice-présidente affirme avoir demandé une rencontre d'urgence avec la haute direction du ministère.

On demande [...] une approche transparente et on veut collaborer avec la haute direction, explique Mme Beamish. Le rôle syndical est évidemment, aussi, d'éduquer, de dénoncer des situations qui se développent comme celles-là.

Les microagressions dont le rapport fait état ne sont pas inconnues à Bernadeth Betchi, l’une des 12 porte-parole du recours collectif intenté contre le gouvernement par des fonctionnaires noirs affirmant être victimes de pratiques d’embauche et de promotion discriminatoires. Je les ai vécues ailleurs au sein de la fonction publique. Je ne suis pas la seule. On est plusieurs à avoir vécu le même genre de traitement, dit-elle, soulignant l'urgence de trouver des mesures immédiates.

Le recours collectif intenté contre le gouvernement a justement vu le jour pour des raisons similaires, ajoute-t-elle.

C’est quelque chose de systémique au sein du gouvernement fédéral, ces failles dans le processus de recrutement. Il y a extrêmement de préjugés, d’iniquité et d’inégalités, déplore Mme Betchi.

Bernadeth Betchi regarde à l'horizon devant un mur de brique.

Bernadeth Betchi est l’une des 12 porte-paroles du recours collectif intenté contre le gouvernement par des fonctionnaires noirs affirmant être victimes de pratiques d’embauche et de promotion discriminatoires (archives).

Photo : Radio-Canada / Olivier Hyland

« Ç’a été reconnu dans le passé qu’il y a des problèmes, qu’il y a des soucis, qu’il y a des microagressions, qu’il y a du racisme. […] Maintenant, il faut aller plus loin. »

— Une citation de  Bernadeth Betchi

La fonctionnaire s’attend à ce que des actions concrètes soient mises en place. Mme Betchi estime qu’il faut considérer les réalités différentes des personnes racialisées et faire preuve d’ouverture.

Un rapport qui illustre très bien ce qu’est le racisme systémique

Le rapport, présenté au ministère en juin dernier, illustre très bien ce qu’est le racisme systémique, selon Marie-Thérèse Chicha, économiste et professeure titulaire à l’École des relations industrielles de l’Université de Montréal.

C’est un ministère où, par excellence, on ne devrait pas trouver ce genre de situation, souligne celle qui observe des similitudes avec des organisations privées et d’autres administrations publiques.

Bien que les microagressions peuvent sembler anodines, selon Mme Chicha, elles sont à répétition et rendent difficile la vie des personnes qui en sont victimes.

C’est important de parler de microagressions parce que, jusqu’à maintenant, on a eu tendance à les ignorer, à parler plus en général de préjugés, […] de biais inconscients, poursuit-elle. Les biais inconscients sont peut-être réels, mais ce n’est pas l’essentiel du racisme systémique.

Marie-Thérèse Chicha.

L’économiste et professeure titulaire à l’École des relations industrielles à l’Université de Montréal, Marie-Thérèse Chicha

Photo : Radio-Canada

« La réalité du racisme systémique [c’est] […] d’une part, les microagressions, […] d’autre part, les pratiques de gestion des ressources humaines. »

— Une citation de  Marie-Thérèse Chicha, économiste et professeure titulaire à l’École des relations industrielles de l’Université de Montréal

L’économiste constate également que plusieurs victimes occupent des emplois précaires. C’est sûr qu’ils ont peur de se plaindre parce qu’ils peuvent être renvoyés facilement et ça, ça maintient le racisme à leur égard.

Si elle se dit préoccupée par l’étendue de ce qu’elle qualifie de racisme systémique, Mme Chicha souligne le progrès que représente la commande du rapport.

Les personnes interrogées ont quand même souligné la culture organisationnelle plus ouverte. Je me [demande] ce que ça doit être dans d’autres ministères où on n’a pas ces aspects positifs, s'interroge-t-elle.

Avec les informations de Nafi Alibert et Marielle Guimond

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