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Analyse

Éric Zemmour, le non-candidat qui bouscule la campagne présidentielle française

L’auteur et commentateur controversé, notamment pour ses positions sur l’immigration, n’est pas officiellement candidat aux élections présidentielles, mais il fait déjà l’objet d’une très grande couverture médiatique.

Éric Zemmour lors d'un événement à Versailles.

Éric Zemmour multiplie les événements devant le public, et les caméras.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

« Zemmour président, Zemmour président ».

À Versailles, mardi, Éric Zemmour devait officiellement venir prendre la parole dans le cadre d’une conférence et d’une séance de signature pour la sortie de son plus récent livre.

Mais les cris de ralliement de la foule lors de son entrée sur scène, filmée en direct et retransmise sur écran géant, laissaient planer peu de doute sur la véritable nature de la soirée : nous nous trouvions bien dans un rassemblement politique.

Certains dans la salle ne cachaient pas qu’ils aimeraient voir le commentateur sauter dans l’arène.

C’est quelqu’un qui sait résister, parfois seul contre tous, contre des pensées de gauche à laquelle la droite est traditionnellement soumise, lançait un de ses partisans.

Depuis des semaines, le polémiste d’extrême droite laisse planer des doutes sur ses intentions. Ira-t-il, n’ira-t-il pas?

Chose certaine, en ouvrant ces jours-ci un journal ou la télévision, on a bien l’impression que l’ancien commentateur est un candidat, voire un des meneurs de la course présidentielle.

Sur les chaînes d’information en continu, ses déclarations font quotidiennement l’objet d’analyses ou de critiques.

Philosophiquement favorable à la peine de mort, tenant un discours contre-féministe : plusieurs positions de l’ancien éditorialiste du Figaro suscitent la controverse.

C’est notamment le cas sur l'immigration, son thème de prédilection. Éric Zemmour, qui a déjà été condamné pour incitation à la haine, n’hésite pas à parler de grand remplacement et du besoin d’assimiler les nouveaux arrivants.

« Moi, j’essaie d’arrêter cette invasion migratoire et ce basculement civilisationnel. »

— Une citation de  Éric Zemmour lors d’une conférence à Versailles
De nombreux journalistes autour d'Éric Zemmour.

Les médias étaient très nombreux à l'événement d'Éric Zemmour à Versailles.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Au coeur de l’attention médiatique

Bien qu’Éric Zemmour soit toujours à l’extérieur de l’arène, son nom est maintenant sur la liste des questions des sondeurs français. Et son appui a récemment augmenté, jusqu’à talonner Marine Le Pen, la candidate du Rassemblement national et participante au deuxième tour des présidentielles de 2017.

En hausse dans les intentions de vote, le polémiste fait donc nécessairement l’objet d’une présence médiatique accrue.

Il y a une dynamique qui s’autoalimente, indique Benjamin Tainturier, doctorant au Médialab de Sciences Po, qui estime que le traitement médiatique reçu par le polémiste soulève des questions.

Il y a tout un tas de façon de parler de lui. Y compris pour des médias qui ne souscrivent pas à son discours. Est-ce qu'on fait du fact-checking systématique sur toutes ces erreurs historiques?, se demande Benjamin Tainturier. Si la réponse est oui, c’est qu’il devient un incontournable.

En plus de ses propos, un geste posé par Éric Zemmour a soulevé un tollé médiatique cette semaine.

Mercredi, en visitant un salon consacré à la sécurité intérieure, Éric Zemmour a pointé une arme vers des journalistes qui l’accompagnaient, affirmant faire une blague, ce qui a été dénoncé par de nombreux élus.

Benjamin Tainturier, du Medialab, y voit un très bel exemple de la façon que ce monsieur a de dicter l’agenda.

« Provoquer le dégoût, la détestation, soit avec les petites phrases de Donald Trump, on connaît très, très bien, soit en braquant une arme vers les journalistes, [c'est] complètement grotesque, parce que assumé, parce que volontairement condamnable. Ça peut paradoxalement vous amener du crédit et vous amener des soutiens. »

— Une citation de  Benjamin Tainturier, du Medialab de Sciences Po

Un Trump français? Pas si vite

Sur Twitter, l’ancien ambassadeur de France aux États-Unis, Gérard Araud, a aussi vu un parallèle entre les deux hommes sur la question de la présence médiatique.

Dans un gazouillis, mercredi, il soulignait que Zemmour utilise la recette qui a contribué à la victoire de Donald Trump en 2016, notamment en polarisant, en créant la controverse et en fédérant les révoltes.

Dans un article publié dans le magazine Le Point, le diplomate soulève tout de même d’importantes différences entre l’ancien président américain et le polémiste français.

Il souligne notamment le style très différent entre les deux hommes.

Trump est une ‘’bête de scène’’, capable d’animer de gigantesques meetings, écrit-il.

Devant son public, Éric Zemmour, assis, répond plutôt longuement aux questions en développant sur ses prises de position.

Éric Zemmour en train de répondre à des questions, lors d'un événement à Versailles.

Éric Zemmour en train de répondre à des questions, lors d'un événement à Versailles.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Puis, les deux hommes n’évoluent pas dans le même système politique. En France, où il faut plus de 50 % des votes au deuxième tour pour remporter le scrutin présidentiel, Donald Trump n’aurait pas été élu. En 2016, Hillary Clinton avait obtenu 3 millions de voix de plus que lui au vote populaire.

Éric Zemmour ne peut pas non plus s’appuyer sur un parti politique, comme Donald Trump a pu le faire avec le Parti républicain, l’une des deux formations majeures des États-Unis.

Le défi de faire campagne sans parti n’est pas impossible : la formation politique d’Emmanuel Macron était encore naissante lors de l’élection présidentielle de 2017.

Enfin, se pose toujours la question de la coalition électorale qu’il pourrait rassembler.

Mardi dernier, son rassemblement se tenait à Versailles, une ville très aisée. En plus des conservateurs plus nantis, Éric Zemmour réussira-t-il à rallier des membres de la classe ouvrière qui ont contribué au socle électoral du Rassemblement national de Marine Le Pen?

Mathieu, un jeune sympathisant du polémiste, croit en tous cas que le Rassemblement national a déçu de nombreux électeurs, en raison d’un discours fluctuant sur certains enjeux importants pour les électeurs d’extrême droite.

Alors, simple polémiste ou aspirant président?

Peu importe le scénario, Éric Zemmour croit avoir déjà laissé sa marque en imposant des thèmes qui lui sont chers, comme l’immigration, dans le discours des autres candidats.

J’ai tout fait pour, ils [ces thèmes] s’imposent dans cette première partie de campagne, a-t-il dit à notre micro.

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